A la Une
Julien Landfried le 30 Septembre 2008 à 18:38
La crise financière ? La faute aux démocrates au Congrès prétend cette nouvelle publicité négative de McCain qui convoque l'ancien président Bill Clinton comme témoin de moralité. Clinton y indique que les démocrates ont insuffisamment régulé le système financier, en dépit des initiatives prises par les Républicains et lui-même en ce sens...
Le script de la publicité :
ANNCR: John McCain fought to rein in Fannie and Freddie.
The Post says: McCain "pushed for stronger regulation"..."while Mr. Obama was notably silent."
But, Democrats blocked the reforms.
Loans soared.
Then, the bubble burst.
And, taxpayers are on the hook for billions.
Bill Clinton knows who is responsible.
PRESIDENT BILL CLINTON: "I think the responsibility that the Democrats have may rest more in resisting any efforts by Republicans in the Congress or by me when I was President to put some standards and tighten up a little on Fannie Mae and Freddie Mac."
ANNCR: You're right, Mr. President. It didn't have to happen.
JOHN MCCAIN: I'm John McCain and I approve this message.
Buzz
Julien Landfried le 30 Septembre 2008 à 18:23
Alors que sort sur les écrans américains le film d'Oliver Stone, W, consacré à la vie de George W. Bush, Barely Political vous propose la bande annonce d'un film imaginaire mais haut en couleurs : "Don't cry for me Alaska" sur la vie de la colistière de John McCain, Sarah Palin. Dans le rôle titre, vous l'aurez reconnue : la célèbre Obama Girl :-)
Analyses & Interviews
B. Courmont le 30 Septembre 2008 à 15:57
Par Barthélémy Courmont, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et en partenariat avec contre-feux.com. Avec le grand retour de l’économie dans la campagne présidentielle, Barack Obama prend ses distances avec John McCain, peut-être de manière décisive. En cas de victoire, l'euphorie sera cependant de courte durée tant les défis à relever sont importants.
L’enthousiasme des conventions passées, et "l’effet Sarah Palin" rapidement retombé, on voit désormais difficilement, sauf évènement majeur, ce qui pourrait empêcher le sénateur de l’Illinois de remporter la victoire le 4 novembre. Bill Clinton a même prédit une victoire haut la main pour le candidat démocrate. Un souhait partisan plus qu’une conviction profonde, sans doute, mais qui s’appuie malgré tout sur l’avance assez nette dont dispose Obama dans les Etats dits "clefs", et sur la dynamique de campagne qui semble désormais le porter. Car, pour la moitié des électeurs au moins, c’est l’économie qui compte dans cette campagne, loin devant l’Irak, le terrorisme, ou la question du leadership, terrains sur lesquels McCain semble plus à l’aise.
Zoom sur l’économie
Ce n’est pas une nouveauté, quand l’Amérique fait face à une crise économique et sociale, le candidat démocrate a généralement l’avantage. Cette tendance est d’autant plus marquée dans cette élection que Barack Obama en a fait, dès les Primaires, son principal objectif, tandis que John McCain avouait dans le même temps ne pas être un grand expert de l’économie, avant de commettre des erreurs de communication, comme quand il expliquait que la crise est "dans la tête des Américains". Avec le discours sombre de George W. Bush du 24 septembre, de tels propos sont à nouveau mis en avant par ses détracteurs, et font bien sûr le jeu du camp démocrate, qui peut sans peine railler l’inexpérience du sénateur de l’Arizona sur ce qui constitue, à n’en pas douter, la priorité de la future administration.
Après le 4 novembre
On pourrait presque, dans ce contexte, se risquer à prévoir la victoire du candidat démocrate, à quelques semaines du scrutin. Mais l’essentiel n’est finalement pas là. Qu’Obama remporte l’élection le 4 novembre ou non, la future administration aura de grandes difficultés à inverser une tendance qui semble pousser irrémédiablement les Etats-Unis vers une crise profonde et longue, comme l’a évoqué Bush. Et si Obama remporte effectivement l’élection, il n’aura pas le temps de célébrer la victoire, tant la tâche est immense.
Certains analystes évoquent même, à juste titre, une nécessaire nouvelle révolution américaine, après celles de Roosevelt et de Reagan. Une révolution économique et sociale, avec des mesures qui devront impliquer un soutien de l’ensemble de la classe politique. Fini donc le temps des luttes partisanes, fini les luttes de clans qui pourrirent la vie politique américaine ces dernières années : la future présidence américaine sera, par nécessité plus que par choix, celle d’un consensus national. Et Barack Obama semble incarner au mieux ce consensus.
Quels changements ?
Le candidat démocrate a fait du changement son principal slogan de campagne, et c’est incontestablement le qualificatif qui restera de cette élection. Mais les changements à venir devront être profonds. Car la crise de l’économie américaine n’est pas le simple résultat des deux mandats de George W. Bush. Elle est structurelle, et s’est lentement imposée depuis la fin de la Guerre froide, à l’exception notable de la parenthèse des années 90, et des illusions passagères de la nouvelle économie. Les chiffres du budget et de la balance commerciale ont atteint un niveau critique, mais plus grave, c’est l’évolution de la société américaine, avec la disparition de plus en plus marquée d’une classe moyenne, qui impose de profonds changements.
Au-delà des effets d’annonce, une présidence de Barack Obama devra proposer un véritable nouveau contrat pour l’Amérique, et des mesures rapides, sans quoi ses électeurs pourraient rapidement lui reprocher de les avoir trahi. Plus que face à une opposition en ordre serré (comme c’était le cas lors de la présidence de Bill Clinton), un président Obama devra rendre des comptes aux Américains. La révolution tant attendue est peut-être celle-ci. Mais avec quels résultats ?
La politique étrangère : priorité ou slogan ?
Sur la scène internationale, Barack Obama a promis d’offrir un meilleur visage de l’Amérique, et l’a encore rappelé à l’occasion du premier débat qui l’opposait à John McCain. Vœu pieu après huit ans de dégradation très nette de l’image de Washington à l’extérieur. Mais un vœu qu’il sera difficile de respecter rapidement, d’abord parce que les impératifs sont sur la scène intérieure, et ensuite parce que le changement, bien que nécessaire, ne pourra être trop précipité. Les admirateurs d’Obama à l’extérieur, notamment en Europe, pourraient ainsi se montrer déçus. Dès lors, ne nous y trompons pas, la possibilité d’une victoire de Barack Obama semble de plus en plus crédible, mais l’euphorie sera de courte durée. Car les attentes sont, plus que jamais, grandes, et les défis majeurs. A mesurer l’ampleur de la crise, et ses effets qui commencent à se faire sentir à l’extérieur, souhaitons-lui de réussir.
En partenariat avec contre-feux.com
A la Une
Marjorie Paillon le 30 Septembre 2008 à 10:04
C'est ce que sous-entend cette (longue) vidéo qui circule depuis quelques jours sur les blogs conservateurs. On y voit les membres de la Chambre des représentants auditionner en 2004 les patrons des G.S.E., entreprises sponsorisées par le gouvernement, les dirigeants de Fannie Mae et Freddy Mac bille en tête. Mais les députés les plus virulents ne sont pas ceux que l'on croit. Les Républicains attaquent vertement la gestion de ces institutions de crédit hypothécaires. Les Démocrates réfutent ces accusations et nient tout début de crise.
A la Une
Marjorie Paillon le 29 Septembre 2008 à 22:42
La chambre des représentants a rejeté ce soir le plan de sauvetage de l'économie américaine par 228 voix contre 205. Les parlementaires républicains jettent la pierre à Nancy Pelosi, la très médiatique présidente de la dite chambre. La politicienne californienne aurait eu un ton trop "partisan" à leur goût. Pourtant, John McCain avait suspendu sa campagne la semaine dernière pour venir en personne mettre de l'ordre dans les rangs républicains. Le candidat du G.O.P. aurait-il si peu d'autorité dans sa propre famille politique qu'il n'arrive pas à lui faire entendre raison ?
George W. Bush est intervenu en personne ce matin depuis la Maison Blanche pour demander aux parlementaires d'entendre sa requête et de voter en faveur du plan de sauvetage de l'économie cet après-midi au Congrès. Le président n'aura donc pas été entendu. Ce soir, il se dit "extrêmement déçu" par le résultat du vote.
Barack Obama a réagi depuis Denver où il tenait un meeting aujourd'hui. Le candidat reste confiant quant à l'adoption d'une prochaine résolution, mais insiste sur le fait qu'il ne reste "aucune bonne option" dans la mesure où "la stabilité de l'économie américaine entière est menacée."
A la Une
Marjorie Paillon le 29 Septembre 2008 à 21:05
Nicolas Sarkozy vient de déclarer la chasse ouverte aux parachutes dorés. Barack Obama aussi. Et le premier à en faire les frais, c'est John McCain. La nouvelle publicité de campagne d'Obama intitulée "Parachute" prend pour cible Carly Fiorina, conseillère en économie du candidat républicain, et également l'ancienne patronne d'HP. Elle avait défrayé la chronique en 2005 en partant de son entreprise avec quelques 42 millions de dollars en poche.
Buzz
Marjorie Paillon le 29 Septembre 2008 à 20:28
Qui a dit que l'élection présidentielle n'était un concours de beauté ? Ah oui. C'est John McCain. Les internautes, eux, ont retrouvé les images du fameux concours de Miss Alaska Pageant auquel participait la colistière républicaine en 1984. A l'époque Sarah Palin s'appelait Sarah Heath et préparait un diplôme en journalisme télévisé et sciences politiques. Reste à savoir si elle apparaîtra en maillot de bain rose lors de son face-à-face avec Joe Biden jeudi prochain.
Voici ce que dit la voix off : "Sarah dit qu'elle souhaite se préparer à une carrière à la télévision grâce à ses études en communication et sciences politiques. Pas de hasard à ce qu'elle soit dans le "Who's Who", puisqu'elle a su s'imposer dans tous les domaines, de ses études, à la politique en passant par le sport. Messieurs, Mesdames, voici notre compétitrice numéro 8, Sarah Heath."
Analyses & Interviews
B. Courmont le 29 Septembre 2008 à 10:50
Par Barthélémy Courmont, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Le premier débat télévisé opposant John McCain à Barack Obama, un temps menacé d’être reporté par le candidat républicain, au prétexte de l’urgence de parvenir à un accord au Congrès sur le plan de sauvetage du secteur financier américain, a finalement eu lieu comme prévu. Retour sur ce face-à-face, à quatre jours du débat vice-présidentiel Biden-Palin.
Un débat portant sur la politique étrangère et de sécurité, très suivi hors des Etats-Unis, et qui permit aux deux candidats de rappeler les grandes lignes de leurs programmes respectifs. L’occasion nous est donnée de tirer les premiers enseignements de cet événement incontournable de la vie politique américaine.
Sur la forme :
Les deux candidats ont livré une prestation de qualité. Le débat fut cordial mais animé, et si aucun des deux candidats ne semble avoir « marqué de points », aucun n’en a visiblement perdu non plus. A cet égard, nous pouvons considérer que le débat est à l’avantage de Barack Obama, car il portait sur des questions sur lesquelles il est a priori moins à l’aise que les deux autres, et que de nombreux analystes « l’attendaient au tournant » sur la politique étrangère. C’est pourquoi les différents sondages donnent Obama « vainqueur » de ce débat, McCain n’étant pas parvenu à le déstabiliser. Mais ce jugement reste discutable, et ne se traduit pas forcément en avance dans les sondages (on se souvient ainsi que Kerry avait été donné « vainqueur » des débats l’opposant à Bush en 2004).
McCain est paru plus offensif qu’Obama. Le sénateur de l’Arizona a attaqué son adversaire à plusieurs reprises, citant ses propos, et raillant son inexpérience. De son côté, Obama est paru plus mesuré, commençant souvent ses interventions en saluant les propos de son adversaire, avant de pousser la réflexion, et de finalement se démarquer totalement de McCain. Certains commentateurs reprochèrent au sénateur de l’Illinois de ne pas avoir été suffisamment incisif, et il est possible qu’il corrige le tir lors des prochains débats.
En matière de politique étrangère, les électeurs ont visiblement le choix entre l’expérience et le changement. John McCain a continuellement fait mention de son expérience sur les grands dossiers, faisant état de ses nombreux déplacements, de ses rencontres avec des officiels du monde entier, et des décisions qu’il a assumé au cours des trois dernières décennies en tant que sénateur. De son côté, Barack Obama a fustigé la politique étrangère de l’administration sortante, et appelé à un changement d’attitude radical, à la fois dans la relation avec les alliés de Washington, mais aussi dans le dialogue avec les Etats voyous.
Un détail : Obama s’adressait aux Américains et à son adversaire, McCain parlait à Jim Lehrer, qui menait le débat. Différence très nette dans le style entre les deux hommes. D’une certaine manière, sans mauvaise comparaison, la prestation de John McCain sur cet aspect ressemblait à celle de John Kerry en 2004, tandis que celle de Barack Obama ressemblait à celle de George W. Bush la même année. Certains attribuèrent cette différence à l’aisance d’Obama en public.
Sur le fond :
La crise économique a occupé plus d’un tiers du temps des débats. Et pourtant, ce premier débat devait porter sur les questions de politique étrangère et de sécurité, les programmes économiques et sociaux des deux candidats devant être abordés lors des deux autres débats. De quoi confirmer une fois encore que si la politique étrangère est un dossier important, il reste secondaire, en particulier dans un contexte économique difficile.
Sur les Etats voyous, l’Iran est montrée du doigt par les deux candidats, mais les solutions proposées sont radicalement différentes. John McCain prône la fermeté, tandis que Barack Obama privilégie la diplomatie. Plusieurs analystes américains comparèrent l’attitude du candidat républicain à la première administration Bush, et celle du candidat démocrate à la seconde.
La guerre en Irak reste l’une des principales préoccupations. Parmi les différents dossiers de politique étrangère, l’Irak continue de s’imposer, et les deux candidats présentant sur ce terrain des différences notables, le débat leur offrit l’occasion de mettre une nouvelle fois en avant leurs divergences.
L’Afghanistan met les deux candidats d’accord sur la nécessité de renforcer la présence militaire américaine. La seule divergence vient de ce que John McCain estime qu’il faut d’abord terminer le travail en Irak, tandis que Barack Obama juge qu’il faut faire de l’Afghanistan la priorité absolue, priorité que l’Irak a injustement détourné.
La Russie s’impose, au point de devenir une obsession. A cet égard, on remarquera que si l’Irak est considérée par les deux candidats comme une question devant être réglée rapidement, la Russie semble être perçue comme le principal défi qui se posera à la politique étrangère de la future administration. Afghanistan et Russie seront les deux pays sur lesquels la nouvelle équipe présidentielle portera son attention.
Et la Chine ? Un mois après la fin des Jeux Olympiques de Pékin, et devant les enjeux que soulève la montée en puissance de la Chine, on aurait pu s’attendre à ce que ce pays occupe une place importante dans le débat de politique étrangère. Il n’en fut rien. Pas de question sur le sujet, et seul Barack Obama a cité la Chine, pour rappeler que pendant que les Etats-Unis s’obstinaient en Irak, Pékin renforçait son influence dans des régions comme l’Amérique du Sud, l’Asie du Sud-Est ou l’Afrique.
Dans l’ensemble, les deux candidats se sont clairement démarqués de l’administration Bush. Cela est particulièrement notable pour John McCain, qui n’a jamais fait référence au président actuel. Ce n’est pas une surprise, et ce débat n’a fait que le confirmer : quel que soit le vainqueur le 4 novembre prochain, la politique étrangère des Etats-Unis s’inscrira dans la rupture. Mais au-delà des slogans, reste à s’interroger sur la nature de cette rupture, et sur quels dossiers elle portera vraiment. Cela est valable à la fois pour John McCain et pour Barack Obama.
Retrouvez l'IRIS sur son site Internet : www.iris-france.org
Article reproduit dans le cadre du partenariat entre l'IRIS et Ilovepolitics.info - Tous droits réservés
Analyses & Interviews
Niels Planel le 29 Septembre 2008 à 07:58
Lecture de «The Revolution Will Not Be Televised» de Joe Trippi (William Morrow, 2004). «La révolution ne sera pas télévisée» est le témoignage unique de l’ancien manager de Dean for America, la campagne du candidat démocrate qui avait porté un coup fatal à sa propre quête en 2004 en poussant un «cri» surmédiatisé. Cet incident a trop vite fait d’occulter le bouleversement qu’Howard Dean a introduit dans la démocratie américaine : l’usage, de manière expérimentale et embryonnaire, d’Internet. Quatre ans plus tard, la campagne de Barack Obama lui doit au moins deux choses : la mise en œuvre de la « stratégie des cinquante Etats », visant à pousser les démocrates à livrer dans tous les Etats du pays. Mais, surtout, son succès sur Internet.
Il serait presque au nombre de ces livres susceptibles de circuler sous le manteau en Iran, en Corée du Nord ou en Chine. Ou même dans les démocraties les plus modernes.
En février dernier, The Nation relevait d’ailleurs que l’ouvrage était chaudement recommandé dans les cours que dispense, à la Northwestern University de Chicago, David Axelrod, le gourou de la campagne de Barack Obama, ce candidat à la présidentielle qui est en train de marquer l’histoire de son pays à bien des égards.
Joe Trippi est bien le père spirituel de cette révolution, qu’il décrit en détails dans son ouvrage,«The Revolution Will Not Be Televised», dans une prose regorgeant également de bordées de jurons innombrables. Ce dernier s’ouvre d’ailleurs sur une confession assez extraordinaire d’Howard Dean, puisque celui-ci ne voulait pas remporter la nomination de son parti en 2004, mais souhaitait alors simplement, en tant que gouverneur de l’un des Etats les plus petits de son pays, le Vermont, acquérir davantage de notoriété, ancrer l’enjeu de la couverture maladie dans le débat national et remuer son parti. En réalité, sa propre campagne aura tôt fait de dépasser le candidat, ainsi que le révèle Joe Trippi au fil des pages.
Dans une Amérique où l’élection présidentielle en était venue au point de faire gagner le candidat à même d’obtenir les contributions du quart du 1% le plus riche des Américains et où le politicien idéal était devenu un pur agrégat de résultats d’enquêtes d’opinion, vendu grâce à un bon marketing politique, la révolution de Joe Trippi a consisté à faire de son patron, alors un illustre inconnu à l’échelle de l’Amérique, un candidat ultra compétitif à même de rivaliser avec les plus riches des présidentiables, cela, grâce à l’usage exclusif d’Internet, qui a attiré à une campagne débutée avec quelques centaines de soutiens, plus de 600 000 supporters et des dizaines de millions de dollars en contributions. Il faut rappeler que, par contraste, en 2000, la moitié des fonds récoltés par George W. Bush provenait de 59 279 dons de 1 000 $ (p. 166). Et certaines estimations semblent indiquer qu’entre 1998 et mai 2003, un tiers – si ce n’est la moitié – des 296.3 millions de dollars qu’avait reçus Bush provenaient de 631 donateurs (p. 167) : moins de sept cent personnes ont pu, ce faisant, offrir à un individu de devenir le président de la nation la plus puissante de l’histoire, pour dire le moins.
Or, 2004 a marqué une rupture décisive avec un cycle né en 1956, année au cours de laquelle le cap des 75% de foyers américains équipés d’une télévision a été franchi et qu’une descente lente dans les plus bas degrés de la politique a alors été initiée aux Etats-Unis, avec l’apparition de campagnes publicitaires négatives et destructrices, la domination des enquêtes d’opinion sur la vie politique et la naissance de l’apathie politique de l’électeur passif, assis devant son écran (cf. p.31 et 36). De fait, la télévision est rapidement devenue cet outil qui a servi à expliquer pourquoi il ne fallait pas voter pour tel candidat plutôt qu’autre chose. Or, en 1956, en moyenne, un Américain ne regardait la télévision « que » quatre heures par jour, quand cela est passé à plus de sept heures quotidiennes en 2000, l’année où la Fox a tant contribué à la victoire de George W. Bush.
Mais pour Joe Trippi, avec Internet, nous ne sommes pas tant entrés dans l’Âge de l’information que dans l’Âge de la prise de pouvoir citoyenne (« the empowerment age »), une prise de pouvoir qui est en train de mettre à genoux les industries du disque, de l’édition, des médias ou du cinéma, tout autant qu’elle révolutionne, d’eBay à Amazon en passant par Expedia et tant d’autres, la manière de commercer et d’échanger à l’échelle du globe terrestre. L’étape suivante est presque logique : se réapproprier l’espace politique, devenu depuis trop longtemps le monopole d’une classe de politiciens œuvrant de concert avec un monde de journalistes de moins en moins attachés à l’éthique de leur profession, y compris et surtout à la télévision.
Joe Trippi, vétéran des campagnes politiques, dans lesquelles il est investi depuis ses vingt ans, a une particularité qui devait le rendre plus sensible au potentiel de l’Internet : c’est également un expert et un amateur de technologies dernier cri qui estime, sans doute à bon droit, avoir été parmi les premiers à utiliser un ordinateur dans une campagne politique, en 1981, et qui est demeuré persuadé que la politique devait avant tout avoir pour objet de changer le monde. Cette sensibilité, Joe Trippi l’exprime en quelques mots. Pour lui, Internet est « une chance pour les gens de ne pas simplement voter, mais d’être engagés à nouveau, de rédiger l’agenda [politique] et de contribuer à l’organisation, d’influencer davantage que quelques chiffres » (p. 20).
Pour lui, Internet a le pouvoir de reproduire ce que Gary Hart nommait en son temps la « politique des cercles concentriques » (p. 30), qui visait à toucher une personne dans une ville, puis dix autres autour d’elles, et ainsi de suite, jusqu’à remporter des circonscriptions entières. Or, Dean for America ou, quatre ans plus, tard, Obama for America, ce sont des campagnes virales, qui ont touché 600 000 personnes en 2004, et déjà deux millions en 2008 !
Ironiquement, de l’aveu de Joe Trippi, la première campagne à avoir initié l’usage de l’Internet n’est autre que celle de John McCain… en 2000. L’outsider républicain toucha alors jusqu’à 40 000 personnes, quand huit ans plus tard, on le retrouve paradoxalement à confier qu’il apprend à se servir d’«un Google», alors que son rival démocrate est devenu un professionnel d’Internet, allant jusqu’à employer l’un des fondateurs du site Facebook.
Mais la plus grande découverte de Joe Trippi est que la campagne de Dean s’est animée d’elle-même, sans qu’aucun manager n’ait réellement à coordonner ou à organiser les efforts de campagne, les bénévoles se décidant d’eux-mêmes, via des blogs, ou Meetup.com, à toquer aux portes, à organiser des meetings de campagne ou à récolter des fonds pour Howard Dean, ce, aux quatre coins du pays. Et telle est bien la notion «d’empowerment» défendue par Trippi. Décentraliser de la sorte la campagne est, en réalité, une nécessité pour les petits candidats aux fonds modestes, à l’instar du gouverneur du Vermont ou de Barack Obama, sénateur de l’Illinois inconnu il y a encore quatre ans.
Cette prise de pouvoir par le biais d’Internet illustre également un conflit de générations de plus en plus accentué : les baby-boomers, cette génération qui a grandi avec la télévision, a estimé être la seule à pouvoir «changer le monde», échaudant les rêves des plus jeunes. Or ceux-ci ont commencé à retrouver goût à la vie politique avec la campagne d’Howard Dean, dans laquelle ils ont pu s’investir plutôt que de rester assis passivement devant la télévision (p. 87-88).
Au vrai, ainsi que l’écrit Trippi, « Internet est fait sur-mesure pour un mouvement populiste, un mouvement d’insurgés. Ses racines qui plongent dans les sources ouvertes ARPAnet, sa culture de hacker, et son architecture décentralisée, éparpillée rendent son contrôle difficile pour les grands candidats de l’establishment, pour les gros médias et les grandes compagnies. Et l’establishment hait ce qu’il ne peut contrôler. La communauté Internet aime se distancier du flot lent et homogène de la culture et du consumérisme américains » (p. 102).
Voilà le secret de la campagne de Barack Obama. Il faut imaginer le succès de celle d’Howard Dean multiplié par dix. Au reste, l’avantage d’Obama en termes de délégués accumulés lors des primaires démocrates du premier semestre 2008 a tout simplement découlé de sa stratégie de n’occulter à aucun prix les caucus, où ses bénévoles ont énormément travaillé pour faire pencher le vote des populations locales en faveur du politicien métis, comme sur le modèle de la politique des cercles concentriques. Et comment ces bénévoles se sont-ils enflammés pour la cause du sénateur de l’Illinois, puis organisés pour gérer sa campagne aux quatre coins du pays ? Par le biais du site de campagne d’Obama ! Et qui sont-ils ? Des jeunes qui ne veulent plus regarder la télévision mais faire l’histoire. Hillary Clinton, la candidate des baby-boomers, a réellement négligé les caucus en décidant d’avoir une campagne traditionnelle, axée sur le soutien des pontes du Parti démocrate dans les grands Etats. Il était déjà trop tard quand elle a compris son erreur. John McCain a mis beaucoup de temps à comprendre les vertus d’Internet cette année, et le design de son site laisse comprendre qu’il ne sera pas le candidat de la Toile pour cette élection.
Enfin, les centaines de millions de dollars accumulés pour élire Obama sont également venus en grande partie de simples citoyens contribuant de petites sommes via son site, de quoi bloquer l’influence des puissants et des nantis sur la vie politique des Etats-Unis.
Reste cette question de fond : pourquoi 2008 ? Ce n’est sans doute pas une coïncidence si en 2004, 75% des Américains avaient déjà accès à Internet. La campagne d’Howard Dean fut avant tout celle d’un pionnier. Celle d’Obama en a tiré les leçons.
Joe Trippi prédit non seulement – avec succès – dans son ouvrage que, de 600 000 soutiens, ils passeront à deux millions (p. 187) en 2008. Ou quatre. Ou dix. Et qu’ils prendront goût à cette résurgence de la démocratie. Mais aussi que ce mouvement n’aura bientôt plus de frontières et que l’espace politique national risque lui aussi de voler en éclat. Et en réalité, cela a déjà commencé, puisque ils étaient déjà quelques étrangers à faire du bénévolat pour la campagne de Barack Obama en 2008. Et Internet ne s’arrêtera pas aux campagnes politiques : les dirigeants politiques pourront bientôt rendre des comptes directement aux citoyens ( ainsi que le faisait l’ancien premier ministre japonais Koizumi, dont la newsletter hebdomadaire a eu, au cours de sa primature, jusqu’à deux millions d’abonnés qui se voyaient expliquer directement le sens des réformes).
Joe Trippi n’ignore bien sûr pas les problèmes que génère déjà Internet : les fraudes, l’intensité de la pornographie, les fausses rumeurs, les virus, la violation de copyright. Mais il reste persuadé qu’Internet saura trouver des solutions aux problèmes de la Toile. En refermant l’ouvrage, le sentiment que nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère est bien là. Et ceux qui en douteraient n’auraient plus qu’à voir comment Barack Obama, un politicien encore dans l’ombre il y a quelques ans, est aujourd’hui en mesure de devenir le 44e président de la démocratie américaine.
Vous pouvez vous procurer «The Revolution Will Not Be Televised» en cliquant sur la vignette ci-dessous ou en vous rendant dans la librairie en ligne d'Ilovepolitics.
The Revolution will not be Televised.pdf
(91.74 Ko)
Buzz
Marjorie Paillon le 28 Septembre 2008 à 17:32
En tout cas, c'est de cette façon que le débat présidentiel se serait déroulé si l'équipe du Saturday Night Live l'avait réalisé ! Une parodie irrésistible entre un Obama fidèle à ses réponses nuancées et un McCain tentant de détourner la conversation. A regarder jusqu'au bout... Une visite surprise attend les inconditionnels du Saturday Night Live à la fin du sketch.
|
L'équipe Ilovepolitics
25/01/2012
- Niels Planel
Les Derniers Commentaires
-
Ce blog est une pure merveille. Cela faisait longtemps que je cherchais un site pertinent qu...
04/02/2012 17:03 - Blue Beam
-
le fait que l'an dernier vous écriviez "c'est la troisième fois qu'il se prête à l'exercice...
25/01/2012 11:02 - tistou
-
@Tistou : Ce discours sur l'état de l'Union est bien le 3ème du mandat de Barack Obama....
25/01/2012 10:12 - marjorie paillon
Les Dossiers d'Ilovepolitics
Les Candidats républicains
La Communication politique
Les Archives d'anciennes campagnes
Sites et ressources sur les précédentes campagnes présidentielles américaines
Le renouveau de l'affiche de propagande
Les Blogs des correspondants
Ceux qui ont un blogroll :-)
Les Sondages en temps réel
Les sites des instituts de sondage les plus importants aux Etats-Unis
Les Institutions et partis américains
Les Meilleurs sites d'actualité politique
Les Meilleurs sites d'humour politique
Les sites où l'on traite la politique... avec humour
Les Grands médias américains
Les plus grands journaux et networks américains
Ils agissent contre la guerre en Irak et pour une Amérique plus égalitaire.
|