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Vers une «révolution iranienne» à Washington ?

B. Courmont le 22 Janvier 2009 à 16:41

Par Barthélémy Courmont, chercheur à l'IRIS, en partenariat avec contre-feux.com. Après les succès obtenus avec la Corée du Nord, Les Etats-Unis envisagent de nouvelles relations diplomatiques avec Téhéran. Si Obama désire transformer l'axe du mal en axe du dialogue, Hillary Clinton et le Congrès ne vont pas forcément lui faciliter la tâche...



Vers une «révolution iranienne» à Washington ?
A quelques jours de sa très probable confirmation au poste de nouveau Secrétaire d’Etat, Hillary Clinton s’est fait remarquer lors de son audition à la commission des Affaires internationales du Sénat, en annonçant que Washington engagerait le dialogue avec Téhéran. Avant de le faire avec d’autres Etats dits voyous, en cas de succès. Une annonce importante, presque révolutionnaire, qui donne des indications précises de ce que pourrait être la diplomatie de l’administration Obama. Mais quel est le sens de cette révolution, et dans quelle mesure est-elle susceptible de réussir ?

Les promesses de campagne à l’épreuve
L’annonce d’Hillary Clinton n’est pas une grande surprise quand on regarde les promesses de campagne de Barack Obama. Le candidat démocrate avait proposé de dialoguer avec les amis et alliés, mais également les ennemis de Washington, se distinguant ainsi très nettement de ses adversaires. Devant l’impossibilité d’une telle stratégie avec le Hamas, comme la future Secrétaire d’Etat l’a elle-même rappelé, et compte-tenu des avancées déjà constatées avec la Corée du Nord, l’Iran est le choix le plus logique. D’autant que les alliés européens de Washington pressent les Etats-Unis de dialoguer avec Téhéran. Avec comme objectif de trouver un accord permettant d’éviter de voir l’Iran devenir une puissance nucléaire, avec les conséquences très graves que cela pourrait avoir dans la région, mais également dans la lutte contre la prolifération.

Des luttes d’influence à Washington en perspective ?
Hillary Clinton respectera les choix de son président, et reprendra en main le dossier iranien. Mais elle avait également fortement critiqué Obama lors de la campagne sur ce sujet, et si les rencontres devraient reprendre, il semble peu probable qu’elle accepte à brève échéance de rencontrer Ahmadinejad. Il pourrait donc y avoir quelques luttes d’influence à Washington, et les sympathisants de la Secrétaire d’Etat ne manqueront pas de s’opposer à un raprochement trop spectaculaire.

Mais c’est surtout du côté du Congrès qu’un front anti-Téhéran pourrait se composer. Les précédents ne manquent pas. En juin 2001, l’Iran-Libya Sanction Act (ILSA, loi de sanction amércaine contr Téhéran et Tripoli) avait été reconduite au Sénat par une majorité sans appel de 98 votes contre 1, et une abstention. Et pourtant, le contexte était plutôt favorable à une levée partielle des sanctions. L’Iran avait fait des efforts, certes insuffisants, mais remarqués par l’administration Clinton, qui avait avant de quitter Washington recommandé une plus grande souplesse. De même, on ne parlait pas encore d’axe du mal ou de prolifération nucléaire, et le président iranien n’était pas Ahmadinejad ! Il n’empêche que les sénateurs des deux bords n’avaient pas hésité à sanctionner à nouveau Téhéran. Sur ce sujet comme sur tant d’autres, la Maison-Blanche devra avant tout convaincre les parlementaires.

L’Iran acceptera-t-il le dialogue ?
Côté iranien, il est probable qu’une tentative de reprise du dialogue de Washington soit accueillie avec statisfaction, et que Téhéran y réponde favorablement. On se souvient de la lettre de félicitations qu’Ahmadinejad a envoyée à Obama après son élection (à laquelle le président américain ne pouvait répondre, même si c’est un geste inédit de la part de l’Iran depuis la révolution islamique). Ahmadinejad est sans aucun doute l’un des dirigeants les plus méprisables à l’heure actuelle, mais il est moins fou que rationnel, et il a prouvé par le passé (notamment en répondant à une invitation de l’université Columbia à New York) que le dialogue ne l’effraie pas. Par ailleurs, les dirigeants iraniens savent que l’opportunité d’une négociation avec les Etats-Unis ne se représentera pas de sitôt, et ils seraient mal avisés de ne pas la saisir.

Devant les succès de la diplomatie nord-coréenne, engagée dans les pourparlers à six, Téhéran sait que la reprise du dialogue avec Washington est dans son intérêt, et il y a donc fort à parier que les dirigeants iraniens ne se feront pas prier. Reste juste à savoir quelles seront, de chaque côté, les exigences. Mais le simple fait de se retrouver autour d’une table sera déjà un progrès considérable.

Un "axe du dialogue" après l’axe du mal de Bush
Dans le cas d’un succès de cette nouvelle approche diplomatique, c’est une nouvelle ère dans la diplomatie américaine qui s’ouvrirait. Après une présidence Bush marquée par le refus du dialogue avec les Etats voyous, et l’identification dès 2002 d’une axe du mal (regroupant Irak, Iran et Corée du Nord), c’est un "axe du dialogue" qui pourrait être proposé. Hillary Clinton estime ainsi que l’Iran pourrait servir de test grandeur nature à cette nouvelle stratégie, et en cas de succès, la possibilité de l’appliquer à d’autres Etats serait considérée. On pense à Cuba ou à la Syrie, mais aussi à la poursuite des négociations avec Pyongyang. Ou comment la "révolution iranienne" de Washington pourrait déterminer la diplomatie de la première puissance mondiale dans les prochaines années.

En partenariat avec contre-feux.com.




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