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Un douloureux héritage des années Bush : les subprime (2ème partie)

Barthélémy Courmont et Colin Geraghty le 26 Mai 2008 à 10:43

par Barthélémy Courmont, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), et Colin Geraghty. Deuxième partie de notre série consacrée à la crise des subprime, et à ses conséquences sur l’économie américaine.



Un douloureux héritage des années Bush : les subprime (2ème partie)
(1ère partie de l'article)

De la crise financière à la récession, mécanique infernale ou situation inédite ?

Dans un premier temps, de nombreux analystes financiers vantèrent les bienfaits de la crise financière, estimant que ce coup de chaud passager pouvait tempérer les excès du crédit et restaurer un équilibre, mais il ne fit qu’en inverser l’orientation : les investisseurs puis les banques passèrent d’un extrême à l’autre.

A l’optimisme aveugle (aussi bien des agences de notation que des investisseurs) succède rapidement une vague de défiance tout aussi irrationnelle, qui s’étend à l’ensemble des transactions financières, dont elle fait chuter les prix : loin de constituer le moyen d’un retour à la normale, la crise spéculative déstabilise les réseaux fondamentaux de la croissance économique, malgré le plan de relance (stimulus package) de 168 milliards de dollars voté par le Congrès sous le nom « Economic Stimulus Act of 2008 ».

La Réserve fédérale a beau multiplier les mesures de grande envergure (parfois imprévues), ses interventions répétées ne parviennent pas à enrayer la contagion de la crise qui gagne rapidement l’économie. Malgré sept baisses de son taux directeur sensiblement réduit (entre le 18 septembre 2007 et le 1er mai 2008, le loyer de l’argent passe de 5,25% à 2%, avec notamment une diminution record de 0,75 points le 22 janvier 2008), et les injections massives de liquidités, le coût effectif du crédit ne cesse d’augmenter. De fait la prime de risque exigée par le marché augmente fortement, à court terme comme à long terme, affectant même les opérations d’une institution comme le Museum of Modern Art de New York ! Selon Le Figaro, la raréfaction du crédit oblige le Port de New York et du New Jersey à payer 20% pour des ressources à très court terme, contre 4% auparavant, et l’Etat du Wisconsin 10% au lieu de 5,2 . La banque centrale se préoccupe essentiellement d’amortir les effets de la crise de liquidités sur le secteur financier, bien que cela signifie aider des firmes directement responsables au moins en partie du déclenchement initial de la crise ; elle invoque la nécessité d’éviter des dégâts plus importants au niveau de l’économie réelle – même si sa capacité à influencer les acteurs bancaires demeure limitée.

Le 2 avril 2008, témoignant devant le Joint Economic Committee du Congrès, Ben Bernanke justifie par cet argument le rôle de la Fed dans le rachat de Bear Stearns le 16 mars. La maison de courtage est rachetée par JPMorgan Chase pour seulement 2 dollars par action, soit 93% de moins que leur valeur sur le marché ; pour faciliter la transaction, la Réserve fédérale accepte d’assumer jusqu’à 30 milliards de dollars d’actifs complexes plus risqués (leur valeur n’a pas encore été évaluée), dont JPMorgan ne veut pas. Or c’est Bear Stearns qui le 16 juillet 2007 a provoqué la première crise financière en déclarant la faillite de deux fonds d’investissement très actifs sur le marché des produits comportant des crédits subprime. En mars 2008, le temps est clairement à la nécessité économique plus qu’aux principes moraux ; il faut secourir les coupables plutôt que les accabler. L’effondrement brutal de cette firme est déclenché par un manque de confiance des investisseurs, face à une direction qui dément longtemps avoir des problèmes financiers graves. Le 11 mars 2008, l’affirmation par des sociétés rivales que Bear Stearns serait incapable de faire face à toutes ses obligations déclenche un vent de panique des investisseurs tel que deux jours plus tard la somme de la valeur des actions et des bénéfices de la firme fond de 17 milliards à 2 milliards de dollars ! Aucune institution n’accepte alors de faire affaires avec Bear Stearns qui, privée de prêts, se dirige vers la banqueroute. Pour éviter la crise systémique qu’induirait une généralisation de ce mouvement de panique, la Réserve fédérale intervient pour organiser le rachat en urgence de Bear Stearns. Elle accompagne cette opération par l’offre sans précédent d’accorder des prêts courte durée en Bons du Trésor à vingt firmes de Wall Street, afin de contrer les effets de la raréfaction du crédit et éviter une réédition du cas de Bear Stearns. Surtout, elle accepte de prendre des actifs hypothécaires comme garantie. Si la Fed semble avoir évité un credit crunch, son intervention spectaculaire ne suffit pourtant pas à épargner l’économie réelle, gagnée par la crise qui a emprunté d’autres voies.

Le ralentissement général de l’activité qui se propage de secteur en secteur se traduit par des pertes d’emploi dont l’ampleur s’accroît progressivement. Or, de la résilience du marché du travail et de la dynamique des salaires dépend la possibilité d’une reprise rapide de la croissance économique. La crise gagne en premier les activités se situant dans le voisinage immédiat des deux bulles, qui représentent à elles deux 78% des richesses produites aux Etats-Unis (à titre de comparaison, lorsque les dépenses d’investissement des entreprises s’effondrent en 2000 et déclenchent la récession, elles ne constituent que 13% du PIB, soit six fois moins). A partir de janvier 2008, le nombre total d’employés décline ; les pertes sont particulièrement importantes dans le bâtiment et l’industrie. Même les services, force traditionnelle des Etats-Unis, sont touchés et en premier lieu la finance, où les licenciements se multiplient par dizaines de milliers. Les licenciements et la crainte d’être licencié incitent les ménages à réduire leurs dépenses en 2008, entraînant des pertes d’emploi dans le commerce de détail par exemple. Par cet enchaînement, qui lie le niveau d’activité et le rythme de consommation, la crise se propage à de nouveaux secteurs.

Cependant, la crise n’affecte pas seulement les activités selon une logique sectorielle : le credit squeeze menace également de façon structurelle l’économie américaine. Les banques se réfugiant dans des postures conservatrices d’une prudence extrême posent des conditions de plus en plus restrictives pour l’octroi d’un nouveau prêt. Cette évolution n’affecte guère les plus grandes entreprises, qui s’assurent des crédits à long terme et échappent donc largement à la hausse du coût du crédit (puisqu’ils continuent à bénéficier de taux avantageux accordés lors de la période de croissance), et disposent en outre de capitaux suffisants pour maintenir un certain rythme d’investissement. Cependant, le tissu des petites entreprises se trouve directement menacé, en raison des incertitudes inhérentes à leur existence plus précaire ; elles sont très exposées aux évolutions locales et contraintes d’investir pour ne pas décliner. Le refus des banques de leur octroyer un crédit supplémentaire oblige de nombreux petits patrons à mettre au placard leurs projets, et à adopter une attitude passive en attendant de voir comment la situation évolue. De ce fait, ils ne sont guère disposés à embaucher davantage de personnel, et dans le même temps, pour se préparer à un avenir incertain bien que sérieusement assombri, ils commencent parfois à licencier. En resserrant la ceinture, les PME deviennent moins attractives aux banques, et cessent donc d’investir, prises dans un cercle vicieux. La baisse de la consommation qui se produit à partir de 2008 influe bien plus sur leur chiffre d’affaires que sur celui des plus grandes firmes ; le coup d’arrêt apporté à leur expansion entraîne un fort ralentissement de la hausse des salaires, une pause même si l’on tient compte de l’inflation. En temps normal, une baisse des dépenses à la consommation entraîne celle de l’inflation, mais l’injection massive de liquidités par la banque centrale qui favorise la consommation aux dépens de la lutte contre l’inflation et la faiblesse antérieure du dollar la maintiennent à un niveau élevé. Cette situation s’explique par le rôle moteur du consumérisme dans la croissance, et par conséquent dans le ralentissement économique. Or la dernière baisse des dépenses à la consommation sur un an remonte à 1980 ; si cette évolution ne parait pas inédite, beaucoup la croyaient disparue, et craignent désormais une contraction prolongée de ces dépenses de plus que quelques mois, de même que le niveau d’investissements des entreprises est resté faible pendant longtemps après la récession de 2001. Ainsi, les deux déterminants fondamentaux d’une reprise rapide sont affectés par la crise : qu’il y ait récession ou non d’un point de vue technique, la croissance sera donc longue à revenir, bien plus qu’après 2001.

Dans l’immédiat, ce coup d’arrêt dans la hausse des salaires modifie les habitudes des consommateurs en les rendant plus sensibles à la diminution du pouvoir d’achat. La hausse des salaires accompagnait auparavant l’inflation des prix due à la dévalorisation du dollar ; désormais, seules les augmentations des prix et du cours du pétrole se font sentir, sans contrepoids. Ainsi, lorsque les ménages se remettent à acheter des voitures, en 2008, ils sont nombreux à privilégier les modèles plus petits, car moins gourmands en essence ; les firmes de Détroit en fabriquent nettement moins que les sociétés asiatiques comme Toyota ou Honda, qui ressortent comme les grands bénéficiaires de cet ajustement. Dans le même temps, les banques se détournent des secteurs en perte de vitesse, comme l’automobile, qui semblent pris dans le même cercle vicieux que les PME, pour courtiser intensément les secteurs exportateurs qui profitent de la chute du dollar pour se maintenir à l’abri de la crise économique, en particulier l’agriculture. Cette réorientation confirme ce que la crise a révélé, à savoir l’existence de limites internes à l’endettement américain.

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Article reproduit dans le cadre du partenariat entre l'IRIS et Ilovepolitics.info - Tous droits réservés




1.Posté par drzz le 26/05/2008 16:02
Etrange économiste que voilà... Les "subprimes" sont le résultats des années de folie économique, soit la deuxième moitié des années 1990, et pas les années Bush. Votre vision très idéologique de ce débat vous égare.

Entretien avec Norman PODHORETZ, père fondateur du néoconservatisme
"Obama ne gagnera pas la Maison-Blanche" :
http://leblogdrzz.over-blog.com/article-19638099.html

2.Posté par mike le 26/05/2008 17:07
"drzz" tu ne peux pas comprendre une analyse comme qui trop progressiste pour toi une petite tète de linote qui refuse d'évoluer, d'ou ton racisme invétéré, il est normal qu'un néoconservateru voit la défaite en Obama, c'est un utopiste comme toi, quand à ton blag, c'est le plus pourri qui soit sur le net et je ne m'aviserai jamais à le réouvrir.. pouah il est tellement infesté.....

3.Posté par Edouard le 26/05/2008 21:29
Très franchement je ne crois pas que la crise des subprimes soit réellement l'héritage malheureux de la dynastie Bush (ni des deux mandats de Bill Clinton d'ailleurs comme semblait l'affirmer "drzz"...). Elle est simplement la conséquence d'un monde qui vit sa plus grave crise économique depuis 1929...Et le prochain Président des USA devra avant tout gérer cette conjoncture économique très défavorable à l'Occident.

4.Posté par Peterbrux le 27/05/2008 10:34
Bien vu Edouard, j'adore les gens qui analyse avec du sang froid, sans affrontement stéril comme les deux précedents.

5.Posté par smoby le 27/05/2008 18:43
La crise des sous-primes n'a rien a voir avec une politique gouvernamentale, qu'elle soit de Bush ou de Clinton. C'est le resultat immediat et visible d'une competiton (trop) acharnee entre les banques et d'une opacite entre les compagnies d'assurances. C'est pas Bill Clinton ou Bush qui decident du taux d'interet, de celui d'emprunt ou de rescompte. Trop ideologique et "franchouillarde" votre vision de la crise des subprimes.

Il y a eu 7 anees de croissance forte sous Bill Clinton (moyenne de 3,5%) et 7 annees de croissance forte sous mandat Bush (superieure a la moyenne europeenne), ce qui fait qu'ajourd'hui le revenu par tete d'habitant en Europe est inferieur de presque 50% par rapport aux USA, en dollars constants!

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