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Analyses & Interviews
Un discours sur l’état de l’Union annonciateur des thèmes de campagne d'Obama?Niels Planel le 25 Janvier 2012 à 08:50
Par Niels Planel, consultant basé à Washington, auteur de "Obamanomics, Comment Barack Obama a réformé l’Amérique". En cette année d’élection, c’est un Barack Obama au ton résolument plus optimiste que l’on a retrouvé face au Congrès. Certes, l’orateur n’a plus la verve des années 2007-2008, celles du changement et de l’espoir qui ont séduit l’Amérique entière, si ce n’est le monde ; mais son verbe ne semble plus grevé par la crise, une crise dont l’Amérique semble s’extraire lentement, et juste à temps pour l’élection de novembre.
De cette soirée, l’Histoire ne retiendra peut-être pas grand chose, comme c’est souvent le cas des discours sur l’état de l’Union. Et celle-ci sert des intérêts plus immédiats : présenter un bilan aux Américains, et dévoiler des pistes pour le futur. Les idées neuves ou les projets pour un second mandat n’étaient guère au rendez-vous, mais le président américain a annoncé les couleurs d’une campagne qui devrait, de son côté tout au moins, se jouer sur les inégalités et la nature du capitalisme. Un credo qui devrait raviver la base démocrate, dont il a absolument besoin en novembre, et qui est dans l’ère du temps, entre Occupy Wall Street et la colère anti-establishment du désormais célèbre Tea Party.
Car c’est bien sur un éloge – convenu, diront certains – du vieux rêve américain et de la classe moyenne que s’est vraiment ouvert ce discours. Certes, la fin de la guerre en Irak ou la mort d’Oussama Ben Laden en ont marqué l’introduction. Mais une élection américaine se joue rarement sur la question des affaires étrangères. Or, faire revivre cette promesse ancienne de mobilité sociale pour la classe moyenne, c’est, aux yeux du dirigeant démocrate, le grand défi de l’Amérique contemporaine, un pays abîmé par la crise et en proie au doute. Les « valeurs américaines » de justice et de responsabilité doivent transcender les clivages politiques, a estimé celui qui faisait naguère campagne sur une Amérique réconciliée, un thème qu’il a également besoin de se réapproprier pour séduire les électeurs indépendants, ceux-là qui se méfient des querelles idéologiques. Au reste, Barack Obama n’a pas manqué de rappeler que l’économie dont il avait hérité était en déliquescence avant même son arrivée – une manière de se délester un rien de la responsabilité du marasme dans lequel a été plongé le pays. Mais depuis – sous-entendez grâce à lui –, création d’emploi, croissance et réglementations plus solides ont redonné des couleurs à l’économie américaine. Pourtant, avec un taux de chômage encore fort élevé et une économie susceptible d’être affectée par des troubles extérieurs, le président en exercice sait qu’il aurait tort de s’enorgueillir trop rapidement de ses succès. C’est donc bien un projet pour aider la classe moyenne que le locataire de la Maison Blanche a décidé de mettre au centre de son discours. Renouveau industriel, lutte contre les délocalisations, doublement des exportations, cette stratégie vise bien à renforcer le « made in America ». Et sur l’un des rares sujets sur lesquels l’un de ses adversaires potentiels, Mitt Romney, le domine dans les sondages, à savoir la question de la fermeté avec la Chine, Obama n’a pas hésité à prendre un ton combattif, allant même jusqu’à proposer la création d’une entité en charge de lutter contre les contrefaçons et les produits de mauvaise qualité que la Chine manufacture. Nul doute que l’empire du milieu, également l’un des premiers créanciers des Etats-Unis, appréciera.
Certaines des idées présentées ce soir étaient également beaucoup plus anciennes, en ligne avec la philosophie du Hamilton Project de laquelle Obama s’inspire pour adapter les Etats-Unis à la mondialisation. Ainsi du projet de proposer de nouvelles formations à deux millions de travailleurs qui ont perdu leurs emplois dans le secteur secondaire, afin de faciliter leur reconversion, ou de celui de créer un « système de réemploi ».
Mais en cette année d’élection, le président a également dressé un premier bilan de son temps à la Maison Blanche. Education (avec le programme Race to the top), défense des acquis de la réforme de la santé, lutte contre les abus et les fraudes de l’industrie financière, rôle clé du gouvernement, ce sont là autant d’éléments qu’Obama semble prêt à présenter à l’électorat américain pour qu’il juge sur pièce. Dans d’autres domaines où il a échoué ou n’a pas fait assez (immigration et environnement, notamment), l’intéressé ne s’avoue pas vaincu, et a enjoint un Congrès rétif à tout effort commun à faire bien davantage. Y compris dans le domaine des infrastructures, ou pour soulager les propriétaires qui continuent à payer de lourdes dettes héritées de la crise des subprimes, ou encore, pour que les Américains les plus aisés contribuent davantage à investir dans le futur du pays et à réduire les déficits. Les oreilles de Mitt Romney, cité à aucun moment, ont d’ailleurs dû sonner très fort, lui qui a rendu publiques la veille des feuilles d’imposition révélant qu’il paie moins de 15% d’impôts sur ses millions de revenus. « Fair play et responsabilité partagée » : à une époque où les inégalités se sont cruellement creusées, ce thème que s’emploie à imposer Obama risque de poser sérieusement problème à son adversaire républicain, qui qu’il soit. C’était aussi, on l’a vu, l’occasion pour Obama de reprendre ses accents de conciliateur face à un Washington farouchement divisé entre démocrates et républicains. Dénonçant l’influence de l’argent sur le système politique – là encore en phase avec son temps, l’Amérique ordinaire n’éprouvant plus que dégoût pour un système qui se vend aux plus offrants –, le président a proposé des réformes assez innovantes. Mais qui n’ont guère de chance d’être adoptées en 2012. Enfin, plongeant dans les questions internationales, rappelant que les intérêts des Etats-Unis se déplacent du Moyen-Orient vers l’Asie, Obama n’a pas hésité à déclarer qu’« America is back ». Et d’aller jusqu’à affirmer que « l’Amérique demeure la nation indispensable dans les affaires mondiales », comme en un écho à cette « nation indispensable » à laquelle se référait la démocrate Madeleine Albright, voire peut-être, à cette « destinée manifeste » de l’Amérique évoquée au 19e siècle. Achevant d’ailleurs son discours par une description précise du raid qui a mis fin aux jours d’Oussama Ben Laden en 2011, évoquant cette rare institution, l’armée, en laquelle les Américains ont encore confiance, l’homme a montré qu’il était décidément confortable dans cet habit de chef des armées qui a obtenu des victoires qui échappaient à son prédécesseur républicain. Sa stature présidentielle n’en ressort que renforcée, et puis, il est vrai qu’aux Etats-Unis comme ailleurs, l’on ne change pas une équipe qui gagne. A bon entendeur… ____________ Consultant basé à Washington, Niels Planel est l’auteur d’Obamanomics – Comment Barack Obama a réformé l’Amérique (Bord de l’eau, janvier 2012).
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