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Un an d'Obama : « c'est une chose de faire campagne et une autre de gouverner »

Marjorie Paillon le 4 Novembre 2009 à 16:59

Un an après son élection, le candidat Barack est-il en accord avec les décisions du Président Obama ? Irak, Afghanistan, système de santé... George W. Bush lui a laissé de très nombreux dossiers en souffrance sur le bureau ovale. David E. Sanger, auteur de "L'héritage" (ed. Belin) répond aux questions d'Ilovepolitics.info.



ILovePolitics : Il y a un an, l'Amérique élisait Barack Obama. Qu'es-ce que le candidat d'hier penserait du Président d'aujourd'hui ?

David E. Sanger : Que c'est une chose de faire campagne et une tout autre de gouverner. Sur des dossiers tels que Guantanamo et l'Iran par exemple, sa politique de dialogue a fait place à une position plus conflictuelle.

Et puis, il y a eu l'attribution du Prix Nobel de la Paix. Une récompense qui arrive beaucoup trop tôt à mon avis, et qui met une pression encore plus forte sur les épaules d'Obama. Le Comité Nobel pensait-il qu'avec ce prix, il empêcherait Obama d'envoyer plus de troupes en Afghanistan ? Je n'y crois pas une seconde. Lorsque les présidents Wilson et Carter ont reçu le prix Nobel de la paix, ils avaient fini leurs mandats respectifs et accompli de véritables actions en faveur de la paix. Ce n'est pas encore le cas pour le Président Obama. C'est aussi un argument idéal que les Républicains utilisent à souhait pour affaiblir cette administration.

Les Républicains célèbrent justement aujourd'hui deux victoires symboliques : l'élection de deux gouverneurs du GOP dans le New Jersey et en Virginie. A quelques mois des élections de mi-mandat, es-ce de mauvaise augure pour les Démocrates ?

Il est certain que ces victoires le jour anniversaire de l'élection de Barack Obama est une mauvaise publicité pour le Parti Démocrate. Mais va falloir plus que cela aux Républicains pour remettre la main sur Washington.

La réforme du système de santé leur permet de tester l'électorat américain sur sa résistance au "Big Governement", l'Etat souverain qui veut investir et réguler leur vie quotidienne. Les Républicains jouent à domicile sur ce terrain là.

Un an d'Obama : « c'est une chose de faire campagne et une autre de gouverner »
Il y a ensuite la question de l'Afghanistan. Les débats sont rudes, mais Obama ne pourra pas maintenir le cap sur deux fronts à la fois : la santé et l'Afghanistan. Bien que des pas importants aient été accomplis au Congrès, il va devoir attendre jusqu'à la trêve parlementaire de Noël pour remettre le sujet sur le tapis du Sénat. C'est aussi un défi sémantique : Barack Obama essaye de persuader son électorat (et peut-être lui-même) qu'il s'agit d'une guerre de "nécessité". Pari à moitié-gagné : son adversaire d'hier, John McCain, parle maintenant lui aussi de l'Afghanistan comme une guerre de "nécessité".

Mais en fin de compte, le problème dans cette région n'est pas l'Afghanistan. A terme, c'est un pays perdu pour les Afghans comme pour la communauté internationale. La vraie question, c'est le Pakistan. Il peut être votre allié le lundi et votre ennemi le vendredi. La réussite diplomatique de Barack Obama sera d'arriver à manoeuvrer avec le Pakistan.

Revenons aux "mid-terms". L'argument qui peut-être décisif pour le Parti Républicain, c'est celui de l'équilibre des pouvoirs. Actuellement, le Parti Démocrate détient la Maison Blanche, le Sénat et la Chambre de Représentants. Cela présente un certain avantage à court terme, mais à long terme ce n'est pas bon pour l'opinion. Une administration sortira toujours grandie d'une réforme obtenue dans un Congrès où elle n'a pas la majorité. Prenez l'administration Bush sur son premier mandat, l'équilibre des pouvoirs n'était pas respecté. Les électeurs s'en sont souvenus et ont rétabli les choses lors de son second mandat.

Mais finalement, si vous voulez prévoir le score des élections de mi-mandat en 2010, il suffit de scruter le taux de chômage. Vous saurez vite qui va gagner.

Lorsqu'on aborde votre livre, "L'héritage", on pense que ses deux protagonistes sont George W. Bush et Barack Obama. Mais après lecture, on se demande si votre véritable héros n'est pas Robert Gates, le secrétaire à la Défense...

Touché ! Robert Gates est de loin la personne la plus fascinante de cette administration. Je devrai même dire de ces deux dernières administration. Entre 2006 (son entrée en fonction au Pentagone) et septembre 2008, il est arrivé à engager George W. Bush sur une autre voie, sans qu'il ait l'impression de changer de cap. Les gouffres creusés au cours du premier mandat étaient bien trop profonds pour que Bush puisse s'en extirper lors du deuxième. Gates a donc dû manoeuvrer en douceur pour faire accepter à son président de siffler la fin de partie en Irak.

Barack Obama ne pouvait faire autrement que de le reconduire dans ses fonctions. D'ailleurs, les deux hommes sont plus liés philosophiquement qu'on ne pouvait le penser.

S'il y a un an, on vous avait dit qu'un Républicain, Robert Gates, une ex-meilleur ennemie, Hillary Clinton, et un Président noir, Barack Obama, présideraient aux destinées de Etats-Unis, personne ne vous aurait cru.

David E. Sanger est le correspondant en chef du New York Times à la Maison Blanche. Après avoir couvert pendant huit ans le mandat de George W. Bush, il suit pas à pas l'Administration Obama. David E. Sanger a obtenu le prix Pulitzer à deux reprises.

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Retrouvez "L'Héritage" de David E Sanger paru aux Editions Belin dans la boutique en ligne Amazon d'Ilovepolitics





1.Posté par Supersonic le 05/11/2009 22:41
Il était sûr que Barack Obama aurait plus de difficulté à réaliser son projet présidentielle qu'à faire de beaux discours ! Il fallait vraiment être naïf pour croire que tout changerai vraiment avec une élection.

Ensuite, plusieurs éléments ont été salué par l'opinion dans un premier temps, puis considérés comme des actes de naïveté de la part d'Obama : cette main tendu à l'Iran par une vidéo sur YouTube ne risquait en effet pas de changer grand chose (soyons sérieux svp), ou encore, de simple réformettes, symboliques soient-elles, ne suffiraient pas non plus.

Obama lui même avait dit le soir de son élection qu'il y aurait des déçus !
D'où le très bon titre de l'article : "c'est une chose de faire campagne et une autre de gouverner".

De manière général, lorsque par ses discours un candidat fait autant de promesses, il est difficile de tenir parole.

Cependant, malgré les critiques qui lui sont adressées, je préfère les personnalités ambitieuses plutôt qu'un projet médiocre ! Et c'est en ce sens qu'il faut laisser le temps à Obama, il a été élu, les américains jugeront dans trois ans.

La croissance économique va repartir aux USA dans les deux prochaines années, Obama devrait donc le mettre à son crédit et esquiver ainsi les critiques républicaines sur l'endettement grâce aux chômage qui diminuera alors.

Seul petit bémol : il semblerait qu'une part de plus en plus importante considère Obama comme "naïf" sur la plupart des sujets, ce qui n'est pas vraiment bon pour une réélection (cf. Jimmy Carter)..

2.Posté par Julien Landfried le 06/11/2009 15:53
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Idem avec Facebook Connect :-)

3.Posté par Mathieu Poset le 06/11/2009 16:16
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Yep, c'est cool, dès lundi sur Marianne2.fr :)

4.Posté par Kristen le 12/12/2009 17:15
Robert Gates le héro? Certes trés peu de voix s'opposent à ce champion de la quantité vs. qualité, du BIG is better au discours de bon gros nounours. Il me fait penser à Palpatine, mais encore plus discret... Il a engagé l'Afghanistan et le Pakistan sur une autre voie, pas de doute. L'Irak? C'est pas la "surge" qui a amélioré quoi que ce soit. Quand à Al Qaida dans le monde, ils les a engagé sur une autre voie aussi... Depuis son arrivé, la seule chose chose positive, c'est que l'opinion publique fut contente du départ de Rumsfeld. Sans son support, Obama n'est plus rien.

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