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Retour sur le soutien de Powell à Obama

B. Courmont le 31 Octobre 2008 à 12:47

Par Barthélémy Courmont, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). La date de l’élection américaine avance à grands pas, et les dernières grandes manœuvres s’organisent dans les deux camps, avec un avantage qui semble désormais quasi décisif pour Barack Obama. Au-delà des thèmes de campagne et de l’actualité politique, qui profitèrent au candidat démocrate, et au-delà de son profil atypique, certains soutiens jouèrent un rôle considérable dans sa campagne.



Retour sur le soutien de Powell à Obama
On se souviendra ainsi de l’appui précoce du sénateur Edward Kennedy, quand les grands cadres du parti hésitaient encore à se prononcer pour Barack Obama ou Hillary Clinton, et de l’importance de ce soutien. On se souviendra aussi de l’appui de l’ancien président Bill Clinton, reparti en campagne en Floride pour son candidat. Mais la particularité de cette fin de campagne est venue du soutien de l’ancien Secrétaire d’Etat de Bush de 2001 à 2005 : Colin Powell.

Le 21 octobre, Barack Obama a ainsi reçu un soutien de poids lorsque Colin Powell, général quatre étoiles respecté de tous et conseiller des trois derniers présidents républicains, a pris ouvertement position dans cette campagne après avoir été discrètement courtisé par les deux camps durant des mois, qualifiant Obama de « transformational figure », dont l’élection pourrait « électriser le monde » lors d’une émission télévisée nationale. Cette annonce est survenue à point nommé pour le candidat démocrate qui se trouvait alors en Caroline du Nord, Etat qui abrite une importante population militaire, et permet de neutraliser dans une certaine mesure l’avantage supposé ou réel de McCain en politique étrangère – comme l’a reconnu le très conservateur Newt Gingrich, ancien porte-parole de la Chambre des représentants lors du deuxième mandat de Clinton, « cela a permis d’éliminer d’un coup le facteur expérience ». Conseiller à la sécurité nationale sous Ronald Reagan, chef d’état-major interarmées (le plus haut poste militaire des Etats-Unis) de George Bush père et premier Secrétaire d’Etat du président actuel, Colin Powell fut même fortement pressenti pour être le candidat du Grand Old Party (parti républicain) en 1996 avant d’annoncer à la surprise générale qu’il ne se présenterait pas à cause de la nature personnelle et vicieuse des attaques inévitables dans une campagne politique. Son choix en faveur d’Obama peut donc paraître à première vue surprenant, et en aucun cas négligeable, même si certains analystes (notamment Rush Limbaugh, présentateur radio conservateur très influent) imputent cette décision au seul facteur racial (Colin Powell est un Afro-américain). Les raisons mises en avant par l’intéressé, qui reconnaît ne s’être décidé qu’au cours des derniers mois, s’apparentent en fait à un véritable rejet en ordre des choix récents de McCain (à qui il a donné l’an dernier 2.300 dollars, le montant maximal autorisé) d’orientation de plus en plus conservatrice, et semblent représentatives d’un certain type de républicanisme, proche des centristes.

Obama, figure unificatrice et source d’inspiration
Lors de son entretien télévisé, le général Powell a insisté à plusieurs reprises sur les qualités propres du candidat démocrate, dont l’élection constituerait un « événement historique » et source de fierté pour tous les Américains, susceptible d’électriser la nation mais aussi le monde entier – des propos qui suggèrent implicitement que Barack Obama serait le plus à même de restaurer le leadership international américain, dont l’érosion récente constitue une source de hantise pour nombre d’Américains. De fait, Obama aurait selon Powell le potentiel d’être « un président exceptionnel », grâce à « sa capacité à inspirer [les autres], à cause de la nature inclusive de sa campagne et parce qu’il étend la main à tous à travers l’Amérique […] il possède à la fois le fond et la forme ». Par ailleurs, Colin Powell a fait part de sa préoccupation à l’idée de voir deux juges conservateurs de plus sur le banc de la Cour Suprême ; la thématique du conservatisme est revenue à plusieurs reprises lors de l’interview, au cours de laquelle Colin Powell s’est dit « troublé » à plusieurs reprises par certaines orientations récentes au sein de son propre parti et au sein de la campagne de McCain.

Une critique du « jugement » de McCain et des dérives conservatrices
Colin Powell a eu en effet des mots très durs pour plusieurs aspects de la campagne de McCain, y compris des thèmes inabordables pour les démocrates. Il a paru déçu, pour ne pas dire écœuré, par la tactique au centre des efforts de l’entourage du candidat républicain qui consiste à essayer de lier Obama au terrorisme , à travers son association avec Bill Ayers, l’un des membres fondateurs d’un groupe terroriste domestique actif dans les années 1960, et actuellement professeur en université à Chicago – « je trouve que cela fait apparaître la campagne de McCain comme étroite d’esprit ». De même, les rumeurs qui circulent affirmant qu’Obama serait un musulman (rumeurs que McCain a personnellement réfuté, sans être imité par tous dans son parti). « J’ai entendu plusieurs membres haut placés de mon parti suggérer "il est musulman et pourrait être associé avec des terroristes". Cela ne devrait pas être la façon de procéder aux Etats-Unis ».

Deux épisodes surtout ont paru ébranler la confiance de Colin Powell dans le jugement du sénateur de l’Arizona : son attitude face à la crise financière, et surtout son choix de Sarah Palin comme colistière, emblématique des dérives conservatrices du parti républicain à ses yeux. De façon significative, parlant de la crise économique, Powell a évoqué l’attitude très incertaine de McCain (« presque tous les jours, il y avait une approche nouvelle du problème, et cela m’a inquiété, de sentir qu’il n’avait pas une maîtrise complète des problèmes économiques »), mais n’a fait référence à aucune action particulière d’Obama, dont il a juste mentionné la « constance ».

Un point de vue emblématique d’une partie de l’électorat ?
Mais c’est peut-être les réactions de Powell face à la désignation de Sarah Palin, et les propos tenus par celle-ci depuis, qui pourraient avoir le plus grand impact le 4 novembre, et ce pour plusieurs raisons : il s’agit là d’un thème que les Démocrates n’osent pas aborder, et qui pourrait avoir une résonance particulière auprès des centristes ou des indépendants, vus à l’origine comme un atout de McCain. « Je suis inquiet par la sélection de Gouverneur Palin. […] maintenant que nous avons pu l’observer pour environ sept semaines, je ne pense pas qu’elle soit prête à être présidente, ce qui est le rôle du vice-président. Et donc cela m’a conduit à questionner en partie le discernement dont a fait preuve Sénateur McCain ». « Le parti s’est déplacé plus encore vers la droite, et la gouverneure Palin a indiqué un décalage plus loin encore dans cette direction ». Pouvant parler ouvertement de tels sujets sans être accusé de mener une guerre partisane, incarnant pour beaucoup une aile modérée du parti républicain, proche des centristes, Colin Powell a peut-être apporté avec ces déclarations un soutien capital pour capter les indécis, à l’heure où la campagne de McCain, derrière dans les sondages, peine à mobiliser un électorat autre que la base du parti.

Les réactions des partisans de McCain
Si certains républicains ont reconnu la portée très grande de cette intervention, d’autres ont cherché à en minimiser l’impact, de plusieurs façons. Peu ont retenu l’approche de Rush Limbaugh visant à discréditer directement Colin Powell, que ne peut se permettre aucune personnalité politique (bien qu’il ait réitéré son opposition à tout calendrier pour le retrait des troupes d’Irak, peu en phase avec la situation actuelle) ; Rudy Giuliani a contesté l’affirmation qu’Obama était « transformational », le qualifiant au contraire de « Démocrate libéral très traditionnel, un retour au passé », accusant Obama de vouloir orchestrer une prise en main par le gouvernement de nombreux sujets sur un mode presque socialiste. Cela reprend implicitement les propos récents du sénateur de l’Illinois répondant à un plombier de l’Ohio, Joe, en expliquant qu’il fallait « redistribuer la richesse » (dont la critique a joué un rôle central dans les dernières semaines de la campagne de McCain). Par ailleurs, « Joe le plombier » a servi de fil conducteur pour Roy Blunt, représentant du Missouri et House Minority Whip, qui a déclaré que « Joe » avait plus d’importance que l’association d’Obama avec Ayers ou le soutien de Powell. En fait, personne parmi le camp McCain n’a cherché à contester la dérive vers la droite, ni les errements de leur candidat face à l’économie, que Powell a stigmatisés et qui sont peut-être les arguments les plus dévastateurs mis en avant lors de cette interview, et les plus susceptibles d’attirer à Obama un électorat indécis, mal à l’aise avec non seulement les idées défendues par McCain et Palin, mais aussi le ton général de leur campagne, très négatif contre la personne même d’Obama au lieu de se concentrer sur les enjeux économiques.

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1.Posté par W. le 31/10/2008 20:16
voici des conséquences de l'endorsement de Powell :

1 D'autres soutiens publics d'éminents acteurs de l'ère Reagan-Bush :

tel Duberstein

http://politicalticker.blogs.cnn.com/2008/10/31/former-reagan-adviser-endorses-obama/

et une fouletitude d'intellectuels néoconservateurs : Buckley, Fukuyama, etc...

2 De supposés "soutiens" de McCain tels un ancien Secrétaire d'Etat affirment aujourd'hui que Palin n'est pas à la hauteur et même si avec le temps elle peut faire quelque chose, ça ne sera pas brillant. En gros il faut prier que rien de grave (72 ans) n'arrive à McCain s'il est élu.

http://news.yahoo.com/s/ap/20081031/ap_on_el_pr/palin_eagleburger;_ylt=ArTYMAalf7.VBCuIYWy7oa5snwcF




2.Posté par rico le 31/10/2008 22:07
Colin Powell essaie surtout de se racheter une virginité en s'alignant sur la coqueluche médiatique du moment.
Fustiger la dérive droitière d'un modéré comme Mac Cain alors que lui a menti sciemment à l'ONU pour satisfaire une administration aussi radicale que celle de Bush, il fallait l'oser.

Et il fait ça en se ralliant à celui qui s'est fait un nom en dénonçant la guerre en Irak. Ma foi, plus c'est gros...

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