Ilovepolitics.info - la communication politique américaine vue de France
Analyses & Interviews

Retour sur le facteur racial chez les candidats démocrates

Barthélémy Courmont et Colin Geraghty le 21 Janvier 2008 à 16:13

par Barthélémy Courmont, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), et Colin Geraghty



Retour sur le facteur racial chez les candidats démocrates
Dans la semaine qui a précédé les caucus du Nevada, remportés par Hillary Clinton (bien que Barack Obama se soit refusé à concéder la défaite), les partisans démocrates ont cru voir se réaliser l’une de leur pires craintes, si ce n’est la pire : une campagne négative, acharnée et incontrôlable entre les deux principaux candidats sur fond de question raciale.

Tout a commencé lorsque Madame Clinton a déclaré à propos de Martin Luther King Jr., qui reste une icône noire à part aux Etats-Unis, qu’il avait fallu un président blanc, Lyndon Johnson, pour transformer le rêve de MLK en une réalité via la législation. Des soutiens parmi le camp Obama sont alors immédiatement montés au créneau, accusant la campagne Clinton d’insensibilité envers la population noire, de mépris même – alors que le duo Bill-Hillary a toujours bénéficié d’un soutien particulièrement fort auprès de cette minorité. A partir de là s’est développé une spirale d’attaques et contre-attaques par soutiens interposés – Robert Johnson, multimilliardaire noir et soutien visible de Madame Clinton, semblant faire une référence à peine voilée au passé d’Obama concernant son usage de drogues, épisode qu’il a publiquement reconnu et même mentionné dans ses mémoires. Les propos de Robert Johnson ont sonné comme une vulgaire tentative d’attaque ad hominem. Il a répondu à la vague de protestations de la même façon que sa candidate, à ses côtés lors de cette déclaration : ses propos auraient été mal interprétés et volontairement déformés par le camp Obama. Néanmoins, on retient de cet épisode, auquel Obama le premier a dit vouloir mettre fin, suivi par Hillary Clinton dans un second temps, que la maladresse semble désormais récurrente dans le camp de Madame Clinton. On attendait pourtant de sa part une campagne superbe, et elle nous livre une campagne certes bonne, très bonne même, mais qui n’arrive pas à sortir de conceptions classiques de la politique et reste engluée dans des critiques parfois déplacées à l’encontre de son principal adversaire. De fait, dès le débat organisé dans le Nevada le 15 janvier entre Clinton, Obama et John Edwards, resté silencieux tout au long de cette polémique, les deux premiers ont redit leur volonté de clore l’épisode, blâmant des aides trop zélés pour l’emportement verbal.

Mais le mal semble fait. La question raciale s’est, malgré elle, invitée dans la campagne des Démocrates, et si les effets pourraient décider du sort des Primaires, ils pourraient également aller nettement au-delà, et placer le parti de l’âne dans une position inconfortable face aux Républicains, une fois les Primaires terminées. On pense bien sûr à Barack Obama, dont la force fut jusqu’à présent de dépasser la question raciale, et ne pas se présenter comme un candidat issu d’une minorité. De plus souvent étiqueté, malgré lui, comme un candidat « noir », il bénéficie d’un soutien de plus en plus net de la population afro-américaine, longtemps réticente à son égard, mais pourrait dans le même temps voir certains de ces soutiens hors de cette communauté lui tourner le dos.

Alors, quelle leçon tirer de ce premier accrochage à vif entre les Démocrates ? Cet épisode illustre les maladresses de la campagne d’Hillary Clinton, dont on attendait beaucoup plus et qui déçoit quelque peu sur ce point – victime peut-être d’une vision ou d’une dynamique trop classique dans une campagne qui est tout sauf conventionnelle, de l’avis de la quasi unanimité des observateurs. Dans sa précipitation pour dépasser ce qu’il faut bien appeler sa maladresse initiale (surtout à un moment où la Caroline du Sud et le Nevada se préparaient à voter, deux Etats dans lesquels les minorités ethniques représentent une part importante de l’électorat et où New York apparaît de plus en plus disputé dans certains quartiers - elle a été huée dans son propre Etat !), elle en commet une deuxième plus symptomatique de sa campagne : elle ne semble pas percevoir une nouvelle fois (suite par exemple à son commentaire « now the fun part begins ») les aspirations auxquelles répond la candidature d’Obama, et les raisons pour lesquelles un nombre important d’électeurs démocrates sont décidés à lui accorder leur confiance.

Mais cette « maladresse » du camp Clinton pourrait également être une stratégie de campagne. En difficulté depuis plusieurs semaines face au phénomène Obama, la sénatrice de New York, qui reste malgré tout légèrement en tête dans les sondages au niveau national (même si ceux-ci ne signifient pas grand chose) a tout intérêt à « étiqueter » son adversaire, quitte à perdre le soutien de l’électorat afro-américain. Comme nous l’avons dit plus haut, le plus grand succès de Barack Obama jusqu’à présent a été de dépasser l’électorat afro-américain, comme sa victoire dans l’Iowa, Etat très majoritairement blanc, l’a prouvé. Mais s’il se retrouvait confiné dans une communauté, fut-elle influente, il verrait du même coup ses chances de succès se réduire considérablement. D’où la nécessité pour lui de calmer le jeu, et de revenir à des thèmes de campagne qui ont assuré ses premiers succès, l’espoir et le changement. Des terrains sur lesquels il s’est montré plus habile que son adversaire. D’ici quelques semaines, peut-être pourrons-nous dire que la stratégie a priori maladroite de Madame Clinton était en fait un tournant dans la campagne. Pour éviter cela, le sénateur de l’Illinois doit réaffirmer les valeurs qui ont été les siennes depuis le début des primaires, sans quoi il verra son audience se réduire.

Mais sur le long terme, la stratégie, volontaire ou non, de Madame Clinton est périlleuse. A ce stade des Primaires, il est en effet utile de commencer à regarder au-delà de la convention de l’été prochain, et déjà avoir un œil sur la lutte qui s’annonce face au vainqueur des Primaires du camp républicain. Or, en divisant les électeurs démocrates, elle pourrait faire le jeu des républicains, qui n’en demandent pas tant, vu les conditions difficiles dans lesquelles se déroulent les primaires dans le Grand Old Party. Bref, gagner les Primaires est une chose, mais il ne faut pas oublier qu’il ne s’agit que de la première manche d’un match dans lequel un seul vainqueur compte vraiment, celui de novembre !

Retrouvez l'IRIS sur son site Internet : www.iris-france.org
Article reproduit dans le cadre du partenariat entre l'IRIS et Ilovepolitics.info - Tous droits réservés




1.Posté par augustin le 22/01/2008 03:34
je trouve votre analyse de la campagne democrate américaine pertinente ,car jouer avec des questions raciales ne sert pas madame clinton à moins qu'elle soit si obnubilée par le pouvoir et raciste sur les bord.On a vu hillary posser obama dans les cordes sur la question raciale alors que les noirs meme ne reconnaissait pas obama comme un des leurs.Et au final meme si elle gagne mes primaire je pense qu'elle aura du mal a faire croire aux americains qu'elle transcende la question raciale.Elle se victimise,dit quelle est une femme rapelle qu'elle est ci et ca il reste seulement qu'elle dise que mais voyons "je suis une blanche ne le voyez vous pas comment pouvez vous choisir un noir alors que je suis la"obama n'a jamais dit qu'il etait noir ca se voit au conttraire de clinton.Je pense qu'obama devrait jouer sur la corde sensible en faisant intervenir sa mere dans la campagen je ne sais pas si elle vit ou ses grand parent car on a vu que les americains sont sensible rt les emotions peuvent jouer.courage pour cet espace je commence à y prendre gout

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter




L'équipe Ilovepolitics






Les Dossiers d'Ilovepolitics



Les Archives d'anciennes campagnes
Sites et ressources sur les précédentes campagnes présidentielles américaines



La Présidence Obama

Les Sondages en temps réel
Les sites des instituts de sondage les plus importants aux Etats-Unis

Les Institutions et partis américains



Les Grands médias américains
Les plus grands journaux et networks américains