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Quel ticket pour les Républicains ? (2ème partie)

Barthélémy Courmont et Colin Geraghty le 15 Avril 2008 à 14:00

Par Barthélémy Courmont et Colin Geraghty, chercheurs à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Après cette clarification des enjeux entourant le choix d’un colistier, et les enjeux propres à John McCain dans cette campagne, on peut passer en revue une courte liste (loin des 20 candidats retenus officiellement par McCain) des noms ayant les plus de chances de se retrouver sur le ticket républicain cette année.



Quel ticket pour les Républicains ? (2ème partie)
Mitt Romney (ancien gouverneur du Massachusetts ; candidat à la candidature du parti Républicain en 2008 ; 61 ans)
Mitt Romney est peut-être le candidat idéal pour McCain, du moins sur le papier. Avant que ce dernier ne se détache clairement lors du Super Tuesday, Romney était son rival le plus sérieux. Cette campagne lui a permis de se faire connaître sur la scène nationale, et a fait de lui une figure crédible dans le rôle d’un éventuel président, avec un profil national. Multimillionnaire, il apporte un savoir-faire et une expérience de l’économie qui font cruellement défaut au sénateur de l’Arizona, surtout dans le difficile contexte actuel. En outre, sa fortune personnelle est un atout non négligeable, de même que ses bonnes prestations en termes de récoltes de fonds. Son passé de gouverneur lui confère un statut d’homme d’action, capable de diriger une administration grâce à son expérience du pouvoir exécutif que n’a pas McCain. Depuis qu’il s’est retiré de la course à l’investiture républicaine, il n’est pas demeuré inactif, restant en contact avec de nombreux soutiens, se déplaçant pour les soutenir à son tour (rappelons que 2008 est également une année électorale législative), bref conservant et renforçant son réseau dans tout le pays. Agé de 61 ans, il paraît relativement jeune mais pas au point d’exposer McCain à une critique sur le thème : vous prônez l’expérience mais choisissez quelqu’un qui n’en a aucune. Enfin, il s’est publiquement déclaré en faveur de McCain, qu’il a accompagné dans l’Utah, où il est né, pour le soutenir dans sa campagne. Or, étant donné le poids relativement faible de l’Utah, on peut penser que cette invitation de la part de McCain ne visait pas simplement à s’assurer les 4 voix de grands électeurs dans l’élection générale. Enfin, atout peut-être le plus évident, il peut parler aux conservateurs, même si tous ne l’aiment pas (certains parce qu’il est mormon, d’autres parce que sa conversion aux thèmes conservateurs est relativement récente). Il faut rappeler que ce penchant conservateur et la campagne agressive qu’il a menée contre McCain rendent les deux personnalités presque incompatibles, mais que Romney est personnellement un homme plutôt modéré, très proche du profil de McCain, et qu’il a adopté cette posture plus radicale à des fins électorales. Mais il est vrai que ce calcul renforce pour beaucoup l’impression qu’il s’agit là d’un homme prêt à dire tout et son contraire pour séduire l’électorat (voir la question de l’avortement). Enfin, les deux hommes ne paraissent guère abriter de tendres sentiments pour l’autre ; or l’absence de complicité peut jouer un rôle important, comme en atteste l’attitude de John Edwards en 2004.

Tim Pawlenty (gouverneur du Minnesota, co-président national de la campagne de McCain et soutien très actif depuis décembre 2006 sans discontinuer ; 47 ans).
Tim Pawlenty est un fidèle de McCain (ils se connaissent depuis les années 1980) et ne l’a jamais déserté depuis le début de cette campagne ; s’il est vrai que la loyauté ne suffit généralement pas en politique, Pawlenty dispose d’autres atouts à faire valoir que sa seule constance. Comme Romney, il est gouverneur ; mais contrairement à ce dernier, il serait utile pour remporter le Minnesota (seul Etat ayant voté démocrate dans les huit dernières élections présidentielles) voire même la région environnante – et historiquement, celui qui remporte la vallée du Mississippi remporte souvent la Maison-Blanche. Son histoire personnelle fait partie du « rêve américain », dans la mesure où il est parti de pas grand-chose (premier de sa famille à être allé à l’université, élevé avec ses quatre frères et sœurs par son père chauffeur de camion, il a perdu sa mère des suites d’un cancer alors qu’il avait 16 ans) et a réussi à se faire élire gouverneur. De ses origines, il conserve certains accents de populisme, mais dans l’ensemble il a été plutôt conservateur dans sa gestion de l’Etat : de son opposition à l’avortement à son soutien actif au deuxième amendement (à la grande joie des Républicains de son Etat, il a fait passer une loi autorisant le port d’armes dissimulées), il présente un profil séduisant sur le plan des valeurs sociales, et va à l’église tous les dimanches avec sa femme. S’il peut sembler trop sensible aux questions environnementales pour certains, et « impur » en matière fiscale (comme McCain), il s’est généralement retenu d’augmenter les impôts, et au fur et à mesure que son mandat avançait (et que McCain progressait dans les Primaires) il a renforcé son côté conservateur. Enfin, son attitude lors de l’effondrement du pont sur la route 35W l’été dernier a frappé nombre d’observateurs : contrairement à Bush après Katrina, il s’est rendu sur place (où il a pu faire la preuve de son charisme et de son don pour les relations interpersonnelles, un peu comme Bill Clinton ou Barack Obama) et s’est investi pour gérer au mieux cet incident dramatique et très médiatisé. Par ailleurs, il a résisté à cette occasion à des appels pour augmenter les impôts, un choix très apprécié par la base républicaine locale. Cependant, il ne peut se vanter d’aucune expérience en sécurité nationale, et n’est pas bien connu hors du Minnesota et des Etats environnant. Mais il reste malgré tout un candidat de poids, voire même l’un des mieux placés.

Charlie Crist (gouverneur de Floride ; 51 ans)
Gouverneur populaire (63%) d’un Etat clef dans l’élection générale (faut-il rappeler 2000 et l’importance décisive des 27 voix de la Floride ?), jamais acquis à l’un ou l’autre des deux partis, sa décision de soutenir McCain intervint à un moment crucial, juste avant les Primaires du « Sunshine State », que McCain remporta. Cette victoire ayant permis à McCain de regagner une certaine crédibilité et d’aborder le Super Tuesday en position de force, on peut penser que Crist a joué un rôle décisif dans le succès du sénateur de l’Arizona. Or ce dernier, ancien militaire issu d’une famille à tradition militaire, ne prend pas la loyauté à la légère. Crist est un conservateur sans grands handicaps mais sans grandes qualités non plus, et peu connu de l’électorat, même s’il s’est fait un petit nom lorsqu’il s’est déclaré en faveur de McCain (il est légèrement mieux connu que Pawlenty grâce à cet épisode). Il n’a aucune expérience en matière de sécurité nationale, et relativement peu en économie (hormis son expérience de gouverneur). Même si la Floride se trouve dans le Sud, c’est un Sud particulier, qui ne fait pas de Crist un « sudiste » capable de garantir cette vaste région à McCain. Dans tous les cas, il ne paraît pas devoir nuire à McCain en figurant sur le ticket avec lui : même si de nombreux conservateurs ne le portent pas dans leur cœur, il n’est pas moins aimé que McCain, dont il n’affecterait pas la relation tendue avec certaines franges radicales du GOP.

D’autres possibilités existent, mais ces personnes ont des inconvénients/handicaps plus importants que les trois profils ci-dessus :

Joe Lieberman (sénateur du Connecticut)
Le soutien de Lieberman fut important en termes de dynamisme à un moment où McCain peinait à se détacher des autres candidats à l’investiture du parti républicain ; il est proche du candidat républicain, qu’il accompagne presque à chaque déplacement. Il est bien connu de l’électorat sur le plan national (colistier d’Al Gore en 2000) ; partisan de la guerre en Irak depuis le début, il peut se vanter d’une grande expérience sur les questions de politique étrangère. Il a par ailleurs réussi à se faire réélire comme indépendant, et correspond à l’image de droiture morale de McCain grâce à son profil éthique. Néanmoins, toute aide qu’il pourrait apporter pour convaincre les électeurs indépendants serait contrebalancée par les pertes au niveau de la base républicaine, qui ne pardonnerait pas le choix d’un homme pro-avortement et plutôt libéral sur les questions économiques et sociales. Lieberman sera capable de jouer un rôle tout aussi grand au service de McCain sans être sur le ticket, et il semble plutôt destiné à occuper un poste important dans une administration McCain, par exemple celui de secrétaire d’Etat.

Rob Portman (52 ans)
Un choix justifié d’un point de vue théorique, mais qui résiste mal à des considérations plus réalistes. L’ancien représentant de l’Ohio a occupé des postes variés, lui apportant une expérience au niveau législatif (représentant de l’Ohio et directeur du parti Républicain de 1993-1997, il a permis au GOP de remporter la majorité à la Chambre des Représentants pour la première fois depuis 40 ans), mais aussi exécutif ou du moins administratif (membre du Cabinet comme directeur du « Bureau de Gestion et du Budget » de la Maison-Blanche de 2006 à 2007). Il a en outre une connaissance des questions économiques, comme en atteste son poste le plus récent de représentant commercial des Etats-Unis. Cependant, il n’est pas connu sur la scène nationale, et n’a jamais fait l’expérience des médias, ce qui est un handicap majeur et une source d’incertitudes. Il présente de surcroît l’inconvénient d’être lié à l’administration Bush. Il n’est donc pas sûr qu’il soit en mesure d’apporter quelque chose à McCain, mais sa présence sur le ticket permettrait à l’inverse aux Démocrates de fustiger le « troisième mandat » de la politique de Bush.

Kailey Bay Hutchinson (sénatrice du Texas ; 64 ans)
Le choix de Kailey Bay Hutchinson permettrait aux Républicains de présenter un ticket plus équilibré face à la nature historique du futur candidat démocrate, que ce soit un homme noir ou une femme. Conservatrice traditionnelle, elle rassurerait la base du parti, sans pour autant susciter un enthousiasme quelconque ni engendrer de dynamisme débordant. Par ailleurs, elle ne permettrait pas à McCain de gagner de nouveaux Etats, tant le Texas lui paraît solidement acquis quoi qu’il arrive. Enfin, son manque d’expérience en matière de sécurité nationale et son long passé dans le législatif ne forment pas les ingrédients d’un profil rassurant et convaincant, d’autant plus qu’elle est pratiquement inconnue de la plupart des Américains, et qu’elle n’incarne pas une relève dynamique dans le cas où il arriverait quelque chose à McCain, ou pour lui succéder à la fin de son mandat.

Mark Sanford (gouverneur de Caroline du Sud ; 47 ans)
C’est indéniablement un conservateur sur les questions sociales et fiscales, avec un relent de populisme. Gouverneur charismatique, il avait (et a encore) la préférence de nombre de Républicains, mais sa décision de ne pas soutenir McCain alors qu’il l’avait soutenu en 2000 a été mal vécue par ce dernier, qui aurait du mal à lui pardonner cette « trahison », puis le ralliement tardif. Il présente le même profil que Pawlenty ou Crist, moins l’atout de la loyauté.

Condoleezza Rice (secrétaire d’Etat ; 53 ans)
A bien des égards, Condoleeza Rice représente une possibilité attrayante. Elle permettrait à McCain de renforcer son profil en sécurité nationale et ajouterait une jeune femme noire au ticket, originaire de Californie qui plus est. Républicaine modérée, elle ne fait guère partie des faucons néoconservateurs mais privilégie une approche plus réaliste, qu’elle a mieux réussi à imposer lors du second mandat de Bush. Elle est incontestablement expérimentée et une figure nationale, mais liée à l’administration Bush, et directement impliquée dans la guerre d’Irak, que McCain soutient mais qui demeure très impopulaire aux Etats-Unis. Comme McCain, elle est plutôt faible sur les questions économiques et de politique intérieure, même si elle a récemment fait un discours devant plusieurs groupes pro-républicains influents sur ces questions. Ce sont justement ces initiatives qui sont à l’origine des spéculations quant à sa présence sur le ticket. Bien qu’elle ait déclaré ne pas envisager cette situation (son poste idéal, dans l’absolu, serait présidente de la NFL, la ligue nationale de football américain, a-t-elle déclaré !, et à défaut, elle dit vouloir retourner dans le monde académique à Stanford), elle n’a jamais fermé la porte définitivement à une possible candidature. Les bonnes relations qu’elle entretient avec des groupes présents à Washington qui disposent de moyens considérables, relations qui font défaut au sénateur de l’Arizona, sont certes un atout, mais la présence d’une femme noire célibataire et modérée risque fort d’aliéner nombre de militants républicains de la base du parti.

Pour finir, notons quelques hypothèses plus fantaisistes qui circulent : Bobby Jindal, 36 ans, le très jeune gouverneur du Missouri et premier gouverneur originaire de l’Inde. Il permettrait au parti de contrebalancer son image anti-immigration, renforçant sur ce point la position de McCain, qui est critiquée par une grande partie de la base conservatrice. Catholique, il serait un atout auprès de cet électorat important car jamais acquis à l’un ou l’autre des deux partis, mais son âge, son manque d’expérience et sa réputation limitée sur le plan national en font un colistier presque fantaisiste pour 2008, mais qui n’est pas à exclure dans les scrutins futurs.

Jeb Bush, le frère du président actuel et ancien gouverneur de Floride. Au début du premier mandat de Bush, lorsqu’il était encore populaire, beaucoup considéraient Jeb, dont on admet généralement qu’il est plus intelligent et plus ouvert que George W. (par exemple, il a voulu s’informer sur la recherche génétique sur les cellules souches afin d’en comprendre les enjeux et le potentiel, que son frère rejette en bloc pour des questions de croyance personnelle) comme un candidat presque « naturel » pour 2008. Cependant, il semble avoir pris une année sabbatique sur le plan politique, demeurant extrêmement passif dans cette campagne, peut-être pour attendre que son frère peu apprécié se retire de la vie politique, et lui laisse le champ libre.

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1.Posté par smoby le 15/04/2008 15:45
Je penche vers le choix d'un vice-president soit catholique, soit tres proche des positions dures de l'Eglise catholique sur l'avortement/homosexualite (cela peut satisfaire aussi les evangelique "ultras") et qui est connu et apprecie parmi les hispaniques (en general une communaute assez conservatrice sur ces questions et en pleine expansion). Ensuite, il doit/peut coller aussi au critere de l'experience.

McCain a averti recemment qu'il ira se "battre" directement pour gagner le vote des minorites percues comme pro-democrates. Il a une popularite de pres de 80% parmi les electeurs republicains et de plus de 60% parmi les centristes non-inscrits. Il doit stabiliser ces gains et aller a la conquete des hispaniques avec son nouveau vice-president.

Parmi ceux que vous nominez, juste 1 a une chance reelle, Tim Pawlenty (sauf grosse suprise hors liste:).

Rice a trop des liens avec l'administration Bush, elle n'est pas particulierement rassurante pour les hispaniques ou les catholiques "pro-life", elle n'est pas une "bete politique" capable de se battre dans une campagne directe. Les feministes s'en mefient et une partie des durs republicains la supconent d'etre une "liberale" de droite:). Si elle est choisie, le gain est maigre et seules qqs. rares electeurs noirs pourraient trouver leur compte!

Jeff Bush va attendre 4 ans au moins, le temps de faire oublier son frere, mais il reviendra, il a les soutiens, la carrure, l'experience et l'intelligence!

Romney a beaucoup d'avantages "techniques", mais il n'est pas du tout populaire parmi les catholiques ou les evangeliques et il n'a aucune assise parmi les minorites.

Tim Pawlenty est ne catholique, baptise protestant et il est connu parmi les hispaniques pour etre pro-immigration. Il est jeune, il a l'experience administrative et l'avantage d'etre populaire dans un etat-clef, qui peut basculer. Pour l'instant, a mon avis, c'est l'atout gagnant!

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