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Que retenir du premier débat McCain-Obama ?

B. Courmont le 29 Septembre 2008 à 10:50

Par Barthélémy Courmont, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Le premier débat télévisé opposant John McCain à Barack Obama, un temps menacé d’être reporté par le candidat républicain, au prétexte de l’urgence de parvenir à un accord au Congrès sur le plan de sauvetage du secteur financier américain, a finalement eu lieu comme prévu. Retour sur ce face-à-face, à quatre jours du débat vice-présidentiel Biden-Palin.



Que retenir du premier débat McCain-Obama ?
Un débat portant sur la politique étrangère et de sécurité, très suivi hors des Etats-Unis, et qui permit aux deux candidats de rappeler les grandes lignes de leurs programmes respectifs. L’occasion nous est donnée de tirer les premiers enseignements de cet événement incontournable de la vie politique américaine.

Sur la forme :
Les deux candidats ont livré une prestation de qualité. Le débat fut cordial mais animé, et si aucun des deux candidats ne semble avoir « marqué de points », aucun n’en a visiblement perdu non plus. A cet égard, nous pouvons considérer que le débat est à l’avantage de Barack Obama, car il portait sur des questions sur lesquelles il est a priori moins à l’aise que les deux autres, et que de nombreux analystes « l’attendaient au tournant » sur la politique étrangère. C’est pourquoi les différents sondages donnent Obama « vainqueur » de ce débat, McCain n’étant pas parvenu à le déstabiliser. Mais ce jugement reste discutable, et ne se traduit pas forcément en avance dans les sondages (on se souvient ainsi que Kerry avait été donné « vainqueur » des débats l’opposant à Bush en 2004).

McCain est paru plus offensif qu’Obama. Le sénateur de l’Arizona a attaqué son adversaire à plusieurs reprises, citant ses propos, et raillant son inexpérience. De son côté, Obama est paru plus mesuré, commençant souvent ses interventions en saluant les propos de son adversaire, avant de pousser la réflexion, et de finalement se démarquer totalement de McCain. Certains commentateurs reprochèrent au sénateur de l’Illinois de ne pas avoir été suffisamment incisif, et il est possible qu’il corrige le tir lors des prochains débats.

En matière de politique étrangère, les électeurs ont visiblement le choix entre l’expérience et le changement. John McCain a continuellement fait mention de son expérience sur les grands dossiers, faisant état de ses nombreux déplacements, de ses rencontres avec des officiels du monde entier, et des décisions qu’il a assumé au cours des trois dernières décennies en tant que sénateur. De son côté, Barack Obama a fustigé la politique étrangère de l’administration sortante, et appelé à un changement d’attitude radical, à la fois dans la relation avec les alliés de Washington, mais aussi dans le dialogue avec les Etats voyous.

Un détail : Obama s’adressait aux Américains et à son adversaire, McCain parlait à Jim Lehrer, qui menait le débat. Différence très nette dans le style entre les deux hommes. D’une certaine manière, sans mauvaise comparaison, la prestation de John McCain sur cet aspect ressemblait à celle de John Kerry en 2004, tandis que celle de Barack Obama ressemblait à celle de George W. Bush la même année. Certains attribuèrent cette différence à l’aisance d’Obama en public.

Sur le fond :
La crise économique a occupé plus d’un tiers du temps des débats. Et pourtant, ce premier débat devait porter sur les questions de politique étrangère et de sécurité, les programmes économiques et sociaux des deux candidats devant être abordés lors des deux autres débats. De quoi confirmer une fois encore que si la politique étrangère est un dossier important, il reste secondaire, en particulier dans un contexte économique difficile.

Sur les Etats voyous, l’Iran est montrée du doigt par les deux candidats, mais les solutions proposées sont radicalement différentes. John McCain prône la fermeté, tandis que Barack Obama privilégie la diplomatie. Plusieurs analystes américains comparèrent l’attitude du candidat républicain à la première administration Bush, et celle du candidat démocrate à la seconde.

La guerre en Irak reste l’une des principales préoccupations. Parmi les différents dossiers de politique étrangère, l’Irak continue de s’imposer, et les deux candidats présentant sur ce terrain des différences notables, le débat leur offrit l’occasion de mettre une nouvelle fois en avant leurs divergences.

L’Afghanistan met les deux candidats d’accord sur la nécessité de renforcer la présence militaire américaine. La seule divergence vient de ce que John McCain estime qu’il faut d’abord terminer le travail en Irak, tandis que Barack Obama juge qu’il faut faire de l’Afghanistan la priorité absolue, priorité que l’Irak a injustement détourné.

La Russie s’impose, au point de devenir une obsession. A cet égard, on remarquera que si l’Irak est considérée par les deux candidats comme une question devant être réglée rapidement, la Russie semble être perçue comme le principal défi qui se posera à la politique étrangère de la future administration. Afghanistan et Russie seront les deux pays sur lesquels la nouvelle équipe présidentielle portera son attention.

Et la Chine ? Un mois après la fin des Jeux Olympiques de Pékin, et devant les enjeux que soulève la montée en puissance de la Chine, on aurait pu s’attendre à ce que ce pays occupe une place importante dans le débat de politique étrangère. Il n’en fut rien. Pas de question sur le sujet, et seul Barack Obama a cité la Chine, pour rappeler que pendant que les Etats-Unis s’obstinaient en Irak, Pékin renforçait son influence dans des régions comme l’Amérique du Sud, l’Asie du Sud-Est ou l’Afrique.

Dans l’ensemble, les deux candidats se sont clairement démarqués de l’administration Bush. Cela est particulièrement notable pour John McCain, qui n’a jamais fait référence au président actuel. Ce n’est pas une surprise, et ce débat n’a fait que le confirmer : quel que soit le vainqueur le 4 novembre prochain, la politique étrangère des Etats-Unis s’inscrira dans la rupture. Mais au-delà des slogans, reste à s’interroger sur la nature de cette rupture, et sur quels dossiers elle portera vraiment. Cela est valable à la fois pour John McCain et pour Barack Obama.

Retrouvez l'IRIS sur son site Internet : www.iris-france.org
Article reproduit dans le cadre du partenariat entre l'IRIS et Ilovepolitics.info - Tous droits réservés




1.Posté par pili pili le 30/09/2008 01:38
Yes! Enfinnnn un article plus détaillé, et analysant plus en profondeur le phénomène. Mais ce que j'aimerais bien savoir est pourquoi Mac Cain et Obama tournent leurs regards vers la Russie essentiellement, ainsi que sur l'Afghanistan?

Obama ne fera certes pas de miracles... Ils parlent encore d'assurer la suprématie des USA :-s La lutte pour la suprématie est mortelle!!! Avec ce réchauffement climatique, on a vraiment plus le temps pour ces petits conflits bas et mesquins...

Le style de Obama me plaît tout de même, plus respectueux de son adversaire, plus posé, plus réfléchi, bref, plus intelligent.


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