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Analyses & Interviews

Que doit faire Obama avec l’Iran ?

B. Courmont le 21 Juin 2009 à 09:53

Par Barthélémy Courmont, chercheur à l'IRIS, en partenariat avec contre-feux.com. Alors que l'Iran traverse des troubles suite à des élections contestées, Barack Obama, largement attendu, a préféré s'exprimer de manière mesurée sur les résultats. Les raisons d'une intervention politique sensible.



Official White House Photostream, Flickr, Licence CC
Official White House Photostream, Flickr, Licence CC
S’exprimant sur les troubles consécutifs au résultat officiel du scrutin présidentiel en Iran, Barack Obama a affirmé qu’il ne servirait à rien que les Etats-Unis soient perçus par le monde comme se mêlant de ce problème, rejetant ainsi toute volonté d’ingérence. Cette phrase semble résumer à elle seule la situation délicate dans laquelle se trouve le président américain, qui a tendu la main à Téhéran il y a quelques semaines, et pourrait avoir face à lui un président iranien réélu dans des conditions discutables, et plus marqué que jamais par une attitude intransigeante face à son opposition.

Le choix de la concertation
Le président américain a attendu plus longtemps que la plupart des autres dirigeants occidentaux. A Washington, même le président Biden s’est exprimé avant lui, émettant dès dimanche des doutes sur l’ampleur de la victoire des conservateurs iraniens, et s’inquiétant des troubles déjà perceptibles alors à Téhéran.
Alors pourquoi avoir attendu si longtemps ? Barack Obama privilégie un style collégial en matière de gouvernement, et l’ensemble des décisions qu’il prend et des orientations qu’il donne sont le résultat de discussions avec ses collaborateurs. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il a souvent nommé des personnalités très expérimentées à différents postes clefs. Ainsi, même si les grandes décisions sont sous son autorité, il consulte avant de s’exprimer. C’est le cas sur les questions économiques et sociales, ça l’est encore plus nettement en matière de politique étrangère. Dès lors, plutôt que de porter un jugement hâtif et aux conséquences incertaines sur la situation en Iran, il a préféré prendre un peu de recul.

Pourquoi Obama doit faire quelque chose ?
Il n’en demeure pas moins que la Maison-Blanche ne peut rester sans réagir. Depuis l’arrivée au pouvoir de Barack Obama, les Etats-Unis se sont engagés dans une vaste redéfinition de leur politique étrangère, avec pour objectif de restaurer l’image de Washington sur la scène internationale.
Obama incarne par ailleurs un idéal de démocratie et de liberté, et se voit dans l’obligation de s’inquiéter de la violence relevée à Téhéran, même si cela ne doit pas se traduire par une volonté d’ingérence. Le président américain a ainsi estimé que "le processus démocratique, la liberté d’expression, la capacité des peuples à s’opposer pacifiquement, toutes ces valeurs sont universelles et doivent être respectées". Des propos qui ne sont pas sans rappeler ses prises de position à l’occasion des troubles au Tibet au printemps 2008, tandis qu’il briguait l’investiture démocrate et invitait le président Bush à réfléchir à assister ou non à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin.
Par ailleurs, Obama sait mieux que quiconque que la situation actuelle en Iran et le maintien au pouvoir d’Ahmadinejad apporte plus de crédibilité aux positions du premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à l’encontre de Téhéran, et fait donc le jeu des faucons dans une région hautement sensible. Le président américain ne peut se permettre de voir son option diplomatique ainsi réduite à néant. Dans ces conditions, il est dans l’obligation de faire preuve de pragmatisme, mais ne peut rester inactif.

La question nucléaire à la source d’une attitude pragmatique
Le pragmatisme d’Obama s’explique en grande partie par le difficile dossier nucléaire iranien, et la nécessité de ne pas porter un coup fatal aux tentatives de dialogue dont il est lui-même l’un des principaux artisans. Le président américain sait qu’avec Moussavi ou Ahmadinejad, la question de la prolifération restera de toute façon au cœur des discussions avec Téhéran.
A cet égard, il convient de rappeler que si le président actuel s’est illustré par ses sorties hautement critiquables sur l’existence de l’Etat d’Israël, ce n’est pas lui qui a lancé l’Iran sur la voie de la prolifération nucléaire. Il n’est que l’héritier d’une tendance plus ancienne, et dont le soutien populaire dépasse très largement son électorat. Pas sûr donc qu’avec le réformateur Moussavi, Téhéran démantèlerait sans condition l’ensemble de ses installations nucléaires. Dans ces conditions, nul n’est besoin de s’enthousiasmer de façon excessive pour l’un des candidats, au risque de perdre toute crédibilité à la fois dans le cas d’une victoire de l’autre, mais également si les attentes ne sont pas suivies d’effet.

Une marge de manœuvre limitée
Pour l’heure, Obama préfère donc attendre que le guide suprême de la révolution, l’ayatollah Ali Khamenei, rende son verdict quant au résultat de cette élection. Selon le président américain, la décision d’Ali Khamenei d’ordonner une enquête "montre qu’il comprend que le peuple iranien est profondément inquiet". Il faut dire que la marge de manœuvre du président américain est limitée. En cas de confirmation de la victoire d’Ahmadinejad, sa politique de main tendue vers Téhéran pourrait être fortement critiquée, notamment au Congrès.

Mais Obama ne peut pas non plus rompre les relations, déjà difficiles, avec l’Iran sans trahir ses objectifs. Pour rester crédible, il doit donc à la fois s’assurer que la porte des négociations sur le dossier nucléaire et le rétablissement des liens diplomatique reste ouverte, tout en marquant sa désapprobation à l’égard des méthodes du gouvernement iranien, au risque d’être critiqué pour cynisme. Une valse pour le moins difficile dont il se serait en tout cas bien passé.

En partenariat avec contre-feux.com.





1.Posté par Berger Arnaud le 29/06/2009 10:56
très belle photo!!

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