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Primaires démocrates : La vraie phrase à retenir du débat d’Austin

Barthélémy Courmont le 25 Février 2008 à 10:25

Par Barthélémy Courmont, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Les débats politiques sont l'occasion pour les candidats d'affiner leurs démonstrations politiques, et de faire usage de petites formules pour faire passer un message devant un large auditoire.



Primaires démocrates : La vraie phrase à retenir du débat d’Austin
Le débat assez courtois auquel se sont prêtés Barack Obama et Hillary Clinton à Austin (Texas) le 21 février, en vue de la primaire qui se tiendra dans cet Etat le 4 mars, ne fait pas exception. Et dans le contexte politique actuel (11 victoires d'affilée pour Obama depuis le Super Tuesday), ce débat à vocation « texane » prenait une importance toute particulière.

De nombreux analystes se sont focalisés sur l'attitude d'Hillary Clinton, qui avait annoncé avant le débat qu'elle attaquerait son rival sur la profondeur de son programme (s'inspirant ainsi de l'exemple de Mondale face à Hart en 1984), et sur la formule pleine d'espoir qu'elle lâcha en fin de débat, pour se réjouir de l'honneur de débattre avec Barack Obama, et sur la nécessité de retrouver un parti uni face aux Républicains. Une belle leçon d'humilité de la part de l'ancienne First Lady, qui replaçait ainsi cette primaire très acharnée dans un contexte plus large. L'important pour les électeurs n'est finalement pas de savoir qui, d'Obama ou de Clinton, va remporter l'investiture, mais si les Démocrates ont vraiment une chance contre John McCain.

Mais si cette prestation de la sénatrice de New York est à mettre à son actif, la phrase qui pourrait le plus marquer l'avenir de la confrontation entre Démocrates et Républicains, sur la question de la politique étrangère (par définition le thème qui intéresse le plus hors des Etats-Unis, nettement moins à l'intérieur), est au crédit de Barack Obama. Cela est d'autant plus remarquable que le sénateur de l'Illinois est souvent critiqué pour son inexpérience, et l'absence de réalisme dans la manière qu'il a d'aborder la politique étrangère de la première puissance mondiale.

C'est sur la question cubaine qu'une petite phrase de Barack Obama, sur la politique étrangère américaine, a fait mouche. Alors qu'il s'exprimait en faveur d'un dialogue avec La Havane, consécutivement au retrait du pouvoir de Fidel Castro, et après plus de 45 ans d'embargo américain (soit à peu près son âge !), le sénateur de l'Illinois a expliqué, avant d'être applaudi par l'audience, que « les Etats-Unis doivent dialoguer avec leurs alliés, mais également avec leurs adversaires ». Après une première administration Bush (2001-2005) qui ignora magistralement ses alliés, une seconde (2005-aujourd'hui) qui a rétabli ce dialogue sous l'impulsion de Condoleezza Rice, mais se refuse encore à s'ouvrir aux ennemis de Washington, à l'exception de la Corée du Nord (par nécessité plus que par choix), ce type de message est particulièrement important, car il pourrait augurer de ce que serait la politique étrangère américaine à partir de 2009, et ce quel que soit le vainqueur.

Certes, d'aucuns y verront une forme d'angélisme assez peu crédible. On imagine en effet assez mal l'hypothétique futur président des Etats-Unis recevoir à Washington Mahmood Ahmadinejad et Kim Jong-il ! Quoique. Il y a un précédent assez notable. En 2000, dans le cadre d'une détente du dossier nord-coréen, Madeleine Albright, alors Secrétaire d'Etat, avait fait le déplacement à Pyongyang, et des officiels nord-coréens avaient été reçus dans le Bureau ovale à la Maison-Blanche. Il fut même un moment évoqué une possible visite de Bill Clinton à Pyongyang ! A la même époque, le Département d'Etat étudiait la possibilité de lever certaines sanctions, adoptées en 1996 dans le cadre de l'ILSA, contre Téhéran. Tout cela semble loin désormais. Le discours sur l'axe du mal de George W. Bush a remis en question toute forme de dialogue avec les Etats considérés comme hostiles à Washington, et le Sénat renouvela l'ILSA par 98 contre 1 (et une abstention) en 2001… Mais avec un nouvel occupant à la Maison-Blanche à partir de janvier 2009, on peut imaginer du nouveau dans la diplomatie américaine.

Certes également, Hillary Clinton et John McCain sont tous deux opposés à ce principe de tendre la main aux adversaires avoués de Washington, et estiment au contraire qu'il faut faire preuve de fermeté. Mais derrière ces discours, des impératifs demeurent, et ils pourraient faciliter un dialogue, ferme et sans concession, mais un dialogue malgré tout. Le bon vieux dicton « Apprendre à connaître et comprendre ses ennemis pour mieux les combattre » pourrait ainsi être une sorte de slogan de campagne de politique étrangère pour Obama, et le signe d'un réel changement dans la manière dont Washington orienterait sa politique étrangère. On imagine en effet difficilement, après les déboires de l'aventure irakienne, un nouveau chef de l'Exécutif s'engager dans une aventure comparable (sauf bien entendu si cela est totalement justifié, comprendre et dialoguer ne signifiant pas baisser la garde). Reste à savoir si la politique étrangère de la future administration se traduira par une forme de repli sur soi ou au contraire sur une acceptation assumée du multilatéralisme (et donc d'un dialogue actif). Sur cette question, rendez-vous lors des débats qui opposeront Républicains et Démocrates, et en particulier l'affrontement entre les deux candidats investis par leurs partis respectifs.

Retrouvez l'IRIS sur son site Internet : www.iris-france.org
Article reproduit dans le cadre du partenariat entre l'IRIS et Ilovepolitics.info - Tous droits réservés




1.Posté par hadya le 25/02/2008 10:48
C'est en parlant qu'on avance, pas en s'ignorant.
Bravo Barack!

2.Posté par Darthvaderiste le 25/02/2008 14:12
On a vu qu'en France, qu'un candidat avait affirmé qu'il ne recevrait jamais les "ennemis" de la France s'il était élu, et qu'il a déroulé le tapis rouge à Khadafi avec tous les honneurs. Je préfère quelqu'un (comme l'avait dit Ségolène Royal avant de se faire museller par les bien pensants du PS) qui dit qu'il rencontrera ses ennemis plutôt que quelqu'un qui dit que neni avant de faire tout le contraire une fois élu.
Voilà un homme à qui on reproche son manque de statut présidentiel (soit disant) alors que c'est celui, et de loin, qui est le plus lucide sur les réalités de la fonction. On dénotera ce qui est pour moi une différence fondamentale entre Clinton et Obama : la 1ère rencontrera le leader cubain sous certaines conditions, le 2nd le rencontrera après une intense préparation. Plutôt que de se rapprocher de la vision de Clinton, Obama s'en est singulièrement différencié. Préparer une rencontre n'inclu pas de hiérarchisation des relations, alors que la définition de conditions établit une hiérarchie.
Enfin, si on veut vraiment apporter un progrès et aider les peuples à s'émanciper, il faut entretenir des relations avec ce peuple.

Je pense qu'Obama a l'une des plus grandes qualités qui soit pour un politique : il maitrise l'importance du symbolisme.

3.Posté par Cecile le 25/02/2008 15:05
Ca fait quatre débats qu'il dit ça. J'ai trouvé que cette fois ci, il a un peu pataté d'ailleurs, comme s'il n'osait pas aller jusqu'au bout de son idée.

Dans la même veine, j'aime beaucoup "il ne faut pas seulement arrêter la guerre en Irak, il faut arrêter l'état d'esprit qui a conduit la guerre en Irak".


4.Posté par vintimille le 27/02/2008 04:02
Je pensais que l'esprit d'objectivité et de recul qui caractérise habituellement le travail d'un scientifique nous aurait épargné ce genre de parti pris.Dommage. Un précédent article s'était montré plus fin et retenu.
Attention Mr Courmont ,vous vous "Durpaire-isez" à toute vitesse !.Que va en penser André Kaspi ???

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