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Analyses & Interviews

Pourquoi Obama va l'emporter le 4 novembre

B. Courmont le 7 Octobre 2008 à 14:40

Par Barthélémy Courmont, chercheur à l'IRIS, en partenariat avec contre-feux.com. Retour sur le débat : "Obama sera-t-il le prochain président des Etats-Unis ?". La réponse positive semble peu à peu se confirmer.



Erica Joy, licence CC, Flickr
Erica Joy, licence CC, Flickr
A un mois de l’élection qui désignera le 44ème président des Etats-Unis, Barack Obama semble se détacher inexorablement de John McCain, et se rapproche jour après jour d’une victoire historique, celle qui verrait un métis occuper la fonction suprême. Certes, tout est encore possible, mais sauf événement majeur, Barack Obama sera le futur occupant de la Maison-Blanche. Les raisons en sont multiples.

L’économie au cœur du scrutin
On ne le répétera jamais assez, quand l’économie est la priorité dans la campagne, les Démocrates ont généralement l’avantage. C’est encore plus net quand l’administration sortante est républicaine, et qu’elle présente un bilan catastrophique dans ce domaine. Après Roosevelt, Carter et Clinton, qui surfèrent sur les difficiles résultats de l’économie pour s’imposer, Obama sait que la crise économique et la chute de confiance des consommateurs et des industriels lui est favorable. Plus de la moitié des électeurs font de l’économie l’élément central de leur choix, et Obama est perçu comme plus compétent que McCain (dont ce n’est pas le point fort) sur ces questions. Comme la crise actuelle ne sera pas résorbée d’ici le 4 novembre, Obama dispose d’un avantage décisif.

Les Etats clefs donnent l’avantage aux Démocrates
Pour remporter la présidentielle, il ne suffit pas d’obtenir la majorité du vote populaire (Al Gore en a fait les frais en 2000), mais d’atteindre le seuil critique des 270 délégués, en arrivant en tête dans les Etats, et remportant les délégués qui y sont en jeu. C’est donc un par un qu’il faut suivre les 50 Etats de l’Union, et si certains semblent d’ores et déjà acquis à l’un ou l’autre des deux candidats, une dizaine d’Etats clefs restent incertains. C’est là que se jouera le scrutin. L’Ohio (20 délégués) est suivi de près, cet Etat étant presque systématiquement remporté par le vainqueur de l’élection présidentielle. Obama distance de plus en plus son rival, fait campagne de manière très active, et bénéficie d’un contexte politique particulier (les électeurs de l’Ohio ont commencé à voter, or les Démocrates sont généralement plus difficiles à mobiliser sur une seule journée que les Républicains).

Mais l’Ohio n’est pas le seul Etat clef qui penche désormais pour Obama. La Pennsylvanie (21 délégués) lui est favorable, et même la Floride commence à pencher du côté démocrate, ce qui n’est jamais arrivé depuis 1996 et la réélection de Bill Clinton. L’ancien président démocrate est d’ailleurs considéré comme l’homme qui peut faire gagner Obama dans cet Etat clef, notamment auprès de la communauté juive, et des indépendants, très nombreux au centre de l’Etat, dans la région d’Orlando. Les Démocrates savent que la Floride sera, avec ses 27 délégués, encore une fois au centre de toutes les attentions, et que si la victoire y est difficile, elle est à portée de main. Quand on sait que le vainqueur devra l’emporter dans deux des trois Etats cités (les autres Etats clefs délivrant moins de délégués), Obama dispose aujourd’hui d’un avantage numérique conséquent, et McCain aura toutes les difficultés à inverser la tendance.

McCain a raté le pari Sarah Palin
John McCain n’est pas un mauvais candidat, loin s’en faut. Son parcours dans les Primaires républicaines fut exemplaire, et dans un contexte politique difficile (de vive opposition anti-républicaine), il est parvenu à s’imposer comme un candidat atypique, et ne revendiquant pas l’héritage de George W. Bush. Sa capacité à séduire les électeurs indépendants lui a été profitable. C’est donc dans ses choix que le candidat républicain a commis une erreur fatale. En pariant sur Sarah Palin pour récupérer les soutiens des conservateurs, McCain a pris un grand risque, qui est en train de se solder par un échec. Passé l’effet d’annonce et la convention de St Paul, Sarah Palin est devenue un handicap pour McCain plus qu’un atout.

La gouverneure de l’Alaska ne fait même pas l’unanimité au sein de son propre parti, et de nombreux stratèges républicains reprochent désormais à McCain d’avoir choisi une colistière si inexpérimentée. Rappelons que Sarah Palin a obtenu son premier passeport l’an dernier… ce qui est notable quand on sait que l’axe de l’attaque de McCain contre Obama a porté sur l’inexpérience du sénateur de l’Illinois ! Sarah Palin n’a pas besoin de parler pour faire parler d’elle ! D’ailleurs, elle ne parle pas beaucoup, réservant ses interviews pour sortir quelques perles, du type "j’envisage des frappes contre la Russie", ou "les hommes et les dinosaures cohabitaient sur terre il y a 6000 ans". Chacune de ses sorties médiatiques fait grincer les dents des stratèges républicains, qui ne savent même plus comment justifier les propos de celle qui serait vice-présidente des Etats-Unis en cas de victoire de John McCain, et première femme présidente des Etats-Unis en cas d’incapacité à gouverner de celui-ci (ce que personne ne lui souhaite, mais la question ne manque pas d’être posée, le candidat républicain ayant récemment fêté ses 72 ans).

Pour toutes ces raisons, auxquelles s’ajoute le fait que les Américains sont prêts à élire un métis, Barack Obama sera, sauf grosse surprise, le prochain président des Etats-Unis.

En partenariat avec contre-feux.com





1.Posté par Sekitodyo le 07/10/2008 16:22
Quelle belle analyse! Vraiment je suis persuadé que Obama va gagner. Please dites ceci à McCain: "Nul ne commande sans danger s'il n'a pas appris à obéir". Or Mccain n'a pas d'obéissance et d'intelligence lorsqu'il dit des faux témoignages contre Obama. Dites lui aussi que la reussite ne reside pas à critiquer négativement en son adversaire; c'est la vieille théorie de même age que McCain. La victoire consiste plutôt à montrer positivement ce que vous pouvez faire de manière efficace: c'est la nouvelle théorie jeune que Obama

2.Posté par Thomas le 07/10/2008 21:22
Parfaitement d'accord avec cette analyse. Je crois en la victoire d'Obama depuis 2004.

3.Posté par Loy Binze le 07/10/2008 22:03
Combien sommes-nous à travers le monde qui croyons en la victoire de l'intelligence sur la brutalité! Oh oui; j'ai l'intime conviction qu'Obama est providentiel pour l'Amérique d'abord et le monde ensuite.Puisse l'électorat américain transcender le clivage démocrate/républicain et saisir la providence Obama pour le changement à visage humain de l'Amérique pour le bien de nous tous américains et non-américains. Sinon qu'est-ce qui expliquerait l'engouement et l'implication de nombreuses et diverses couches humaines toutes origines confondues dans une campagne américaine comme si campagnes électorales jadis n'eussent eu lieu en Amérique?

4.Posté par bowthan le 07/10/2008 23:47
vu enterrez McCain bien vite. Vu carricaturez bien vite. Mais par exemple sur l'économie le soit disant sujet coeur de la campagne désolé mais il n'y a pas tant de différences que ça. Aucun n'a de réelles solutions et aucun n'aura de réelles marges de manoeuvres. Ca semble se jouer juste sur l'image "positive" qu'auraient les démocrates dans ce domaine (ça se discute mais bon) et le fait qu'il y a déja un républicain à la maison blanche.

Quant à Sarah Palin, le pari est analysé comme raté mais pourtant le débat des vices présidents aurait d'après ce que j'ai lu, été plus suivit que le 1er débat Obama-McCain. De plus elle semble attirer plus les foules que McCain lui même. Bref je ne sais pas si on peut dire "pari raté" mais il y aura eu des effets importants, peut être plus important que si ça avait été n'importe quel autre candidat.

Et pour le reste ça ne sont que des sondages. Un mois avant le scrutin ça me semble pas encore assez fiable. Il peut s'en passer des choses. Sinon on ne parle pas assez des autres candidats, Nader, Barr & cie. Quel sera leur influence sur le résultat ? que peuvent ils espérer ?

5.Posté par annegc1 le 08/10/2008 09:34
@ bowthan: le pari Palin est râté pour plusieurs raisons. D'abord parce que si elle parvient à attirer des foules qui avaient déserté McCain, ce sont des foules de conservateurs, l'électorat traditionnel des Républicains. Or, depuis pas mal de temps, les élections se jouent sur la capacité des candidats à séduire les indécis. Et sur ce point, il semble qu'elle les fasse fuir. Après, McCain devait donner des gages à la frange conservatrice qui menaçait de lui faire défaut en n'allant tout simplement pas voter.

Ensuite, certes, le débat des vice présidentiels a été bien plus suivi que le premier débat des présidentiels. Mais à voir l'ensemble des commentaires et des sondages post-débats, on se rend compte qu'elle a beaucoup moins convaincu que Biden.

Enfin, on ne parle pas beaucoup des autres candidats, parce que malheureusement le système américain est ainsi fait qu'ils ne peuvent pas vraiment jouer un quelconque jeu. Là où ils peuvent éventuellement jouer les trouble fêtes, c'est si la victoire est serrée pour l'un ou l'autre et que cela se joue à quelques voix près dans un ou deux Etats. Pour le moment, cela ne semble pas être le cas. Même si comme vous, je persiste à penser qu'il reste un peu moins de 4 semaines et qu'il peut s'en passer des choses d'ici le 4 novembre...

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