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Pourquoi Hillary Clinton ne sera pas présidente

Barthélémy Courmont le 11 Avril 2008 à 12:45

Par Barthélémy Courmont, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Même si Hillary Clinton est mathématiquement encore en course pour l'investiture démocrate, ses chances de renverser la tendance se réduisent comme peau de chagrin. Voici les principales raisons pour lesquelles elle ne sera pas élue, le 4 novembre prochain, première présidente des Etats-Unis.



Pourquoi Hillary Clinton ne sera pas présidente
Ces derniers temps, les rumeurs vont bon train sur les difficultés rencontrées par l’ancienne First-lady dans les primaires démocrates. Avec plus de 150 délégués de retard sur Barack Obama, et alors qu’il ne reste plus qu’une dizaine d’Etats à s’exprimer, ses chances de renverser la tendance se réduisent jour après jour, même si elle est mathématiquement encore en course, à condition de faire des scores exceptionnels dans les derniers scrutins et de convaincre la grande majorité des super délégués encore indécis, ce qui semble improbable. Le moment semble donc venu de s’interroger, au-delà des primaires, sur les chances d’Hillary Clinton d’accéder à la Maison-Blanche. Et force est de constater que les conditions ne lui sont pas favorables, et que sauf événement majeur, elle ne sera pas élue, le 4 novembre prochain, première présidente des Etats-Unis.

Une campagne commencée trop tôt ?
Hillary Clinton a commencé sa campagne bien avant ses adversaires, en publiant ses Mémoires, et en effectuant un travail de séduction important auprès des cadres du parti démocrate sur plusieurs années. Cela lui permit d’imposer sa présence, mais dans le même temps son acte de candidature n’a surpris personne, et de nombreux électeurs ont rapidement vu en elle une candidate naturelle, presque « sortante » et déjà en bout de course. Or, dans une campagne marquée par le thème du changement, cette image lui fait défaut, que ce soit contre Obama ou contre McCain, tous deux perçus comme des challengers.

L’autre problème de cette campagne commencée trop tôt est d’avoir projeté Hillary Clinton au-delà des primaires, comme si celles-ci étaient acquises. Cette tendance s’est retrouvée de manière très nette dans les collectes de fonds de campagne, la sénatrice de New York amassant un beau pactole en vue du duel décisif, mais plus difficilement pour les primaires, terrain sur lequel Obama s’est montré plus compétitif. En se voyant trop rapidement investie par le parti démocrate, Hillary Clinton a laissé ses concurrents occuper le terrain des primaires, et n’est pas parvenue à reprendre l’avantage perdu dès les premières semaines.

Un réservoir d'électeurs épuisé
La côte de sympathie d’Hillary Clinton chez les Démocrates est importante, notamment en raison du prestige dont bénéficie son époux. Sur ce point, elle disposait au début des primaires d’un avantage conséquent sur Barack Obama, alors quasi inconnu. Mais si près de 45% des Démocrates annonçaient il y a déjà un an soutenir l’ancienne First-lady, les autres semblaient tentés par ce qu’on pourrait qualifier d’Anyone But Hillary, choisissant Obama, Edwards ou Richardson, et se reportant les uns sur les autres au fil des désistements, comme pour mieux contrer la marche triomphale des Clinton. Et comme le nombre de ceux qui rejettent Clinton est légèrement plus important que ceux qui la soutiennent, et n’a pas sensiblement évolué au cours des primaires, c’est aujourd’hui ce décalage qui lui est fatal.

Un discours séduisant mais décalé dans une campagne historique
Le seul moyen pour l’ancienne First-lady d’inverser cette fatalité était de convaincre les indécis. Hillary Clinton a fait une très belle campagne, son programme est solide et répond visiblement aux attentes d’une majorité des Américains. Elle dispose aussi sur ce point d’un avantage sur ses deux adversaires, mais qui dans une campagne très particulière, où l’image prime sur le contenu, s’est avéré être un handicap. En d’autres temps, son succès aurait été assuré, mais pas cette fois. Car le paradoxe d’Hillary Clinton est d’avoir un discours profondément libéral, en comparaison avec Barack Obama, mais d’incarner dans le même temps une image conservatrice. Or, c’est justement l’inverse qui semble payer dans cette campagne, et les succès d’Obama auprès des indécis furent à cet égard décisifs. Et comme la sénatrice de New York rencontre un problème similaire face à John McCain, qui est perçu comme un républicain du centre, et a lui aussi un capital sympathie considérable auprès des indécis, ses chances de vaincre l’un et l’autre sont très minces.

Jeter l'éponge ?
A ce stade, on pourrait se demander pourquoi Hillary Clinton, qui ne peut fermer les yeux sur ses maigres chances de devenir la première présidente des Etats-Unis, reste encore en course. D’une part, pourquoi se retirer maintenant, alors que la situation est compliquée pour elle depuis déjà plusieurs semaines ? Autant attendre le scrutin en Pennsylvanie avant de se prononcer. D’autre part, sa présence à ce stade des primaires génère des débats de fond au sein du parti démocrate, qui s’avèreront utiles en vue de l’élection de novembre, quand il faudra rassembler les forces. Enfin, en restant en course, elle focalise l’attention des médias sur le camp démocrate, tandis que McCain reste à l’écart, et la lutte fratricide qu’elle mène avec Obama pourrait finalement avoir des conséquences positives pour les chances du parti de l’âne face à un candidat républicain qui devra, une fois le nom de son adversaire connu, entrer une nouvelle fois en campagne. Obama l’a compris, et c’est la raison pour laquelle il a récemment invité Hillary Clinton à rester en course.

Initialement paru sur Contre-feux.com

Retrouvez l'IRIS sur son site Internet : www.iris-france.org
Article reproduit dans le cadre du partenariat entre l'IRIS et Ilovepolitics.info - Tous droits réservés




1.Posté par smoby le 11/04/2008 15:00
Sondage IPSOS pour AP, publie le 11 avril

Un sondage AP-Ipsos de février créditait M. Obama de 51% des intentions de vote contre 41% à M. McCain. Désormais les deux prétendants à la Maison Blanche font jeu égal, selon la dernière enquête menée du 7 au 9 avril, avec 45% chacun.

Entre les deux candidats à l'investiture démocrate, les chiffres restent inchangés par rapport à février, M. Obama recueillant 46% et sa rivale Hillary Clinton 43%.

b[Dans l'hypothèse d'un duel Clinton-McCain, la sénatrice de New York garde l'avantage avec 48% contre 45% (48% contre 43% en février]b), mais compte tenu de la marge d'erreur, cette avance n'est pas réellement significative.


2.Posté par smoby le 11/04/2008 15:09
"Hillary Clinton a fait une très belle campagne, son programme est solide et répond visiblement aux attentes d'une majorité des Américains.

Elle dispose aussi sur ce point d'un avantage sur ses deux adversaires, mais qui dans une campagne très particulière, où l'image prime sur le contenu, s'est avéré être un handicap".

Sympa de le dire clairement, il est rare d'avoir le courage de reconnaitre que le programme de Hillary est meilleur que celui d'Obama. Et que c'est l'image qui prime (Geraldine Ferraro a dit autre chose?!;).Dans le cas d'une designation d'Obama, une partie des democrates vont s'apercevoir aussi et voteront avec McCain (tendance lourde depuis des mois!).

Sur les consequences "positives" de la "lutte fratricide" entre les candidats democrates vous etes a peu pres le seul a les voir, sans ironie de ma part. Y compris parmi les leaders du partid democrate l'inquietude est reelle et il y a des efforts pour arreter la confrontation dure entre Hillary Rodham Clinton et Barack Hussein Obama. Les electeurs vont se lasser de ça, c'est classique (demandez a Mme Royal:).

3.Posté par Nicolas le 11/04/2008 16:55
Je me permets de proposer une basique vision de cette election, vivant aux etats unis j'ai un autre point de vue :
Partant du principe que les elections presidentielles americaines se finissent sur des resultats tres proches de 50% / 50% (rappelez vous le re-comptage des voix pour Bush/Gore), on peut simplifier la situation en disant que la moitie des americans votent democrate et l'autre moitie republicain. (C'est ne pas exact mais pas si faux).
Maintenant pour vivre aux USA je sais et constate chaque jour que beaucoup d'americains sont plus ou moins raciste et/ou misogynes, et ce specialement dans les etats du sud.
Par consequent, une large majorite des republicains va voter pour Mc Cain, quand en meme temps une grande partie des democrates ne va pas voter pour un noir ou une femme ...
Au final Mc Cain va gagner les elections. Reflexion tres basique et simpliste, mais assez efficace, non ? ;-)

Tres bon blog, Marjorie

4.Posté par Alexandre Thomas le 11/04/2008 18:05
Totalement d'accord avec cette analyse presque "scientifique". Clinton ne sera pas présidente, du moins cette fois. Et Mac Cain ne passera pas, à cause de son âge, ses positions en Irak et parce que les américains veulent du changement incarné par un seul candidat : OBAMA (n'en déplaise à ses détracteurs) !

5.Posté par natural le 11/04/2008 23:37
Très belle analyse M. Courmont, que je partage évidemment ! Merci
J'aimerais rajouter que cette campagne restera la plus belle de toute l'histoire d'amérique. Grâce à chacun d'eux, commençant par Barack Obama, ce jeune sénateur métis, parti inconnu au départ et qui devint le leader de cette course à l'investiture démocrate. Passant par Hillary (première femme se présentant à la présidence des USA) et enfin Mc Cain qui fut la surprise du côté républicain, personne ne l'avait vu venir. Très belle élection et qui laisse toute le monde en haleine !
To be continued ...

6.Posté par Leon Pongombo le 12/04/2008 08:55
Suis convaincu que Obama sera le premier president Noir des Etats unis d'Amerique car il est l'image meme du reve Americain.

7.Posté par marie gnaka le 12/04/2008 16:11
Qu'on soit misogine ou raciste ce sont les Américains qui votent.Ils ne sont ni aveugles ni sourds; ils connaissent les 3 prétendents en course.OBAMA sera le candidat des Democrates et il sera le président de la premiere puissance mondiale.Par son discours les blancs ont compris qu'ils sont racistes.Et ils souffriront davantage quand Obama deviendra le numéro1 du monde.Car c'est son destin.On n'échappe pas à son destin on le vit on le subit.J'ai une intuition très forte.et je l'ai senti lors de la victoire de Hillary au new-Hemphire.

8.Posté par marius munt le 12/04/2008 17:39
Je comprends le souci de plusieurs de nos amis Français,je leur dit que l'amérique n'est pas la France.Il faut savoir que si Obama est là ou il est aujourd'hui,c'est avant tout la population majoritaire blanche qui vote pour lui.
Je sens dans la plupart de nos amis,quelque chose qui leur fait très mal et difficile
à avaler.Je vous le répète encore une fois,chez l'américain c'est avant tout la compétence qui prime,chez les autres c'est l'inverse,la couleur de la peau d'abord
et ensuite la compétence.A quand la fin de vos discriminations?Pourquoi ne pas réconnaitre que parmi les trois candidats c'est Obama le meilleur?C'est sans doute la peur de voir un métis dirigé le monde.Laissez tombez vos anciennes mentalités s.v.p. L'amérique n'est pas l'europe.Merci

9.Posté par rico le 12/04/2008 18:23
Sur le fait qu'Hillary parte de trop loin, je l'ai déjà dit plusieurs fois. Mais pouvait-il en être autrement ? En tant qu'ex 1ere dame aux ambitions affichées, elle était évidente, et elle avait surtout un énorme travail de préparation à faire pour convaincre que la présidence pouvait être incarnée par une femme. Les propos de Nicolas illustrent bien pourquoi.
Ce travail de préparation, Obama en a bien profité. Lorsque la fumée se sera dissipée et que les historiens se pencheront sur l'ascension d'Obama, ils seront sûrement unanimes à souligner le rôle constructeur déterminant de sa rivale qui a patiemment et contre l'adversité (souvenez vous la violence des républicains à l'élection sénatoriale de 2000, les moyens démesurés qu'ils avaient engagé en rapport de leurs chances de victoire) réussit à ancrer l'idée d'un modèle présidentiel différent, autre que celui de l'homme blanc.
Quelque soit son talent et les atouts de sa personne (noir métis sans l'ascendance afro-américaine), je ne pense pas qu'Obama aurait fait mieux que Jesse Jackson sans elle.
Elle lui a bien mâché le travail et justement permis de se présenter tardivement.
Ses fans trouvent son ascension fulgurante géniale. Moi, il me semble l'avoir ici même comparé à ce que les cyclistes nomment un "suceur de roue" (on pourrait employer un terme moins péjoratif comme "prendre la roue", mais peu importe). Lorsqu'il lui faudra ouvrir la route, il sera comme tous les autres. Beaucoup moins facile. Surtout s'il doit affronter un rouleur patenté comme Mac Cain.


où l'image prime sur le contenu.
C'est tellement vrai...
Quand on voit Hillary se faire traiter d'incapable à cause de l'insignifiant épisode sur la Bosnie, voire même de raciste par des révisionnistes qui ne veulent pas admettre le rôle d'autres personnes que MLK dans la luttre des droits civiques des noirs (une attitude qui plus est contraire aux idéaux de leur idole proclamée).
Viola Liuzzo, Andrew Goodman, Michael Schwerner (etc...) ont pourtant montré que lutter pour l'équité civique n'était pas sans risque non plus pour des blancs à cette époque.
Autre chose: quand je voie des personnes de gauche attaquer la couverture maladie universelle et célébrer une mesure toute droit sortie de Disneyland visant à la réserver aux seuls enfants, je me pose quelques questions...Le jour où ils rencontreront un mannequin faisant la promotion du FN, ils se tatoueront la flamme sur le front.


Je ne suis pas d'accord sur la fin:
-Sur le jugement de qui est le plus libéral, je ne pense pas le terme judicieux: faut-il comprendre libéral au sens strict ou de gauche ? Les américains ne font pas la différence mais ce n'est pas la même chose. Sur la couverture maladie, justement: Hillary est à gauche (interventionnisme égalitaire de l'état) et Obama libéral (laisser faire le marché)
-Hillary qui continue pour protéger Obama, je n'y croie pas. Ce n'est pas une sainte non plus. Ce rôle, elle ne l'a tenu et ne le tient qu'involontairement.

10.Posté par Bowthan le 13/04/2008 00:36
Je suis d'accord Hillary Clinton ne sera pas présidente il y a un peu trop de chose contre elle maintenant. Cependant elle reste jusqu'au bout car c'est ce qui lui permis d'être ce qu'elle est et elle est un symbole a elle toute seule. De plus aux USA ils n'aiment pas ceux qui renoncent qui sont trop prudents trop calculateurs, c'est le contraire de la France. En France si tu perds, si tu n'est plus en haut de l'affiche, tu est mort politiquement (et même dans la vie), si tu renonces par contre ça peut même être salutaire.

En revanche comme le post précédent je ne suis pas d'accord avec la fin de l'article. Car la conclusion semble insinuer que Hillary Clinton œuvrerait pour Obama, et ça me semble faux. Tant qu'elle sera en piste elle œuvrera pour gagner elle. Et je ne suis pas si sur que le durcissement de campagne qu'elle est fait, ai fait beaucoup de bien à la cause démocrate. Je ne suis pas sur non plus que la convention démocrate se passe bien. Et enfin je ne suis pas sur que les électeurs démocrates ne seront pas désorientés au moment de voter.

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