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Plongez au coeur de la stratégie de campagne de John McCain

Julien Landfried le 8 Juin 2008 à 11:13

Voici un document d'une richesse exceptionnelle. Le directeur de campagne de John McCain, Rick Davis, prend 15 minutes, cartes et graphiques à l'appui, pour présenter l'environnement politique de la campagne (un parti républicain affaibli comme jamais et un candidat McCain qui bénéficie en revanche d'une image très bonne auprès des Américains) ; travailler la carte électorale (les Etats stratégiques ; où sont les Indépendants et les Démocrates qui peuvent voter pour McCain ?) ; présenter comment l'organisation de campagne peut gagner (décentralisée en 11 grandes régions et concentrée sur les points stratégiques), et enfin parler de levées de fonds.
A noter : pour Rick Davis, c'est sur l'économie que la différence se fera entre McCain et Obama.



Voir les milliers de commentaires que cette présentation suscite sur le blog de John McCain.

A quand le même document de la part du directeur de campagne d'Obama, David Axelrod ?



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Vendredi 2 Novembre 2012 - 11:40 Carte électorale 2008 vs 2012 : let's do the math



1.Posté par Le Passant le 08/06/2008 12:39
Cette présentation est effectivement très intéressante. Une véritable étude de marché, où le produit à positionner est un candidat présidentiel. Tous les contextes sont abordés, sans qu'on sache cependant avec exactitude, à quelle époque cette présentation a été réalisée. En tenant compte de ce qui est dit, nous avons là quelque chose qui a du être réalisé vers la fin de l'investiture démocrate, mais avant la nomination officielle. Un contexte dans lequel toute la partie consacrée aux intentions de votes vers le parti démocrate sont cependant "électriquement" parasitées par la passion du sprint final démocrate. La première conséquence est l'expression dans les sondages d'une potentielle volatilité du vote démocrate, que le directeur de campagne républicain traduit un peu hâtivement en potentiel de délitage du vote démocrate ; une démarche qui me paraît un peu trop relever de l'auto-conviction, les 20% dont il est question dans certains états étant fortement explicables par le climat passionnel qui a marqué les primaires démocrates ces derniers mois, et dont l'effet présenté ici comme positif devrait peu à peu se résorber.

Abordant la question de la levée de fonds, il est effectivement très intéressant de noter que l'absence totale de suspens dans les primaires républicaines ont permis à ce parti d'amasser un trésor de guerre, alors que les démocrates semble presque ne pas avoir travaillé la question. Pour autant, une donnée semble manquer. Depuis quand, en combien de temps, et selon quelle courbe de croissance ? Si l'on considère que le parti démocrate ne s'est pas réellement mis au boulot de ce coté là, l'analyse présentée me paraît là encore, d'un optimisme relatif. Le système de Barak Obama, dans sa dynamique, pose un socle nettement plus efficace que celui dont dispose actuellement John McCain...

L'économie semble donc être le nerf de la guerre pour le parti républicain. Le "contexte" présenté comme un passif qui n'aurait pas été celui du parti républicain pendant 8 ans (à l'image de ce qui s'est passé en terme de communication lors des dernières élections françaises) donnerait théoriquement (à ce qu'on entend dans cette présentation) un avantage à McCain, perçu ici comme plus compétent qu'Obama sur le dossier. Là où le bas blesse à mon sens, c'est précisément le fait que McCain n'a pas le quart de la moitié du tiers du charisme électoral d'un Sarkozy. Pour faire oublier les couleurs qui ont habité la maison blanche durant deux mandats, il serait fortement nécessaire que la campagne soit focalisée sur l'homme, un homme, presque un "électron libre", capable de faire oublier un parti tout entier. A ce niveau, le travail préparatif qu'avait effectué Sarkozy en France (un an avant de se raser le matin devant sa glace) ne semble pas posséder la même force dans ce qu'a pu faire ou dire McCain pour installer son image dans l'esprit des électeurs. Il est même à ce niveau directement déstabilisé par la puissance charismatique de son adversaire, qui réduit de facto ses marges de manœuvre à ce niveau. McCain ne pourra donc s'installer dans cette perspective qu'en installant auprès de l'opinion l'image d'un père de la nation, celle du soldat "qui en a vu, qui ne racontera pas tout ce qu'il a vu tant c'était affreux, mais auquel la nation devra faire confiance car il est le gage du sérieux, de la sobriété et de la stabilité donc les Etats-Unis ont besoin".

Il est donc clair que le parti républicain a choisi de nier totalement la nouvelle donne politique qu'Obama est en train de dérouler, et le directeur de campagne de John McCain nous présente donc ici une vision très "Microsoft", là où Obama serait quelque par une sorte d' "Apple". Pour les républicains, les ressorts électoraux de cette élection doivent impérativement être strictement les mêmes que ceux des élections précédentes, sans quoi la défaite les attend au tournant. Face à ce challenge, la stratégie adoptée est donc celle qui tend à dire "si nous n'en parlons pas, si nous ne répondons pas des axes politiques nouveaux empruntés par l'adversaire, ces axes n'existerons pas dans l'esprit des électeurs ce qui nous amènera à gagner sur notre propre terrain : celui d'une élection traditionnelle, où l'expérience primera à coup sur dans l'esprit d'électeurs qui n'ont QUE le besoin d'être rassurés".

Nous avons là le talon d'Achille de cette campagne républicaine : elle mise sur l'immobilisme, là où Obama crée des dynamiques, qui seront capables de parler d'ici quelques paires de semaines pour démontrer toute leur efficacité en changeant radicalement le contexte politique ce cette élection. McCain mise sur une avancée en père tranquille, qui relèguerait Obama au rang de simple agitateur, presque juvénile. En face, Obama plante des "graines" civiques de politique, dont la floraison se traduira par l'apparition d'une force électorale extrêmement autonome et flexible à a rentrée, parfaitement encline à faire passer le message sur le terrain avec une rapidité déconcertante, presque à l'image d'un réseau "Peer to Peer" politique.

Pour résumer, nous assistons là à la traduction littérale de ce qu'est exactement l'élection présidentielle 2008 aux Etats-Unis : l'affrontement d'un ancien système politique avec une politique moderne, presque à l'image d'un tournant constitutionnel. Et ce qu'il y a d'étrange, c'est que c'est justement Obama qui a installé cette idée, ce contexte, comme nécessaire décor du changement. En entrant dans la danse de cette idée, l'orientation donnée par le directeur de campagne de John McCain s'insère donc dans un univers dessiné par Obama, idée qui pourrait bien à elle seule suffire à envisager le possible résultat de l'élection 2008.

;o)))

2.Posté par jm le 08/06/2008 13:01
I'm not sur but "this info" is weird. How don't beleve that it's just an influanted analyse. An analyse trying to simply derigate the vesus on a good way for McCain.

3.Posté par DagO le 08/06/2008 20:13
Tu dis que pour que la campagne de McCain fonctionne, McCain devra se vendre comme étant un électron libre, et que pour ce faire, au lieu de faire campagne sur l'image du parti, ça devrait plutôt se faire sur l'homme. Excessivement d'accord avec toi!

Effectivement, on voit qu'il essaie de se positionner comme un candidat du changement, d'ou le fameux "that's not change we can believe in....". Mais est-ce que le manque de charisme est un problème?

Je ne crois pas, ou plutôt je croit que McCain dispose d'atouts, bien particuliers qui peuvent compenser ses attributs, disons... gériatriques. Premièrement, ayant fait des appartitions répétées au bulletins de nouvelles au cours des dernières décennies, on peut dire qu'il est dans une position très enviable dans l'esprit de l'électorat américain - Il est à la fois familier, et perçu comme faisant partie de la périphérie du parti républicain. On se rappelle que durant la dernière élection, on le voyait pratiquement devenir le colistier de John Kerry.

C'est le genre d'image qui joue énormément en sa faveur présentement et il pourrait avoir besoin de fort moins de prestance pour défendre son image de républicain réformateur que ce fut le cas pour Sarkozy qui, tout de même, ne partait pas avec le même capital de sympathie que l'ami McCain.

Très intéressant comme video et ça montre que l'équipe de Obama va probablement avoir du fil à retordre lors des générales.

O.

4.Posté par Laurent le 09/06/2008 03:44
Présentation très intéressante. Mais j'avoue que le directeur de campagne de McCain ne m'emballe pas.

- il passe beaucoup de temps à analyser les sondages pris des mois avant l'élection en novembre. C'est bien beau mais les sondages ca change. Il y a 6 mois personne ne donnait 2 sous de la candidature de McCain.

- il se base sur ce que les électeurs disent être leur priorité. S'il y a une chose qui n'est pas fiable c'est bien cela. Comme tout marketeur vous le dira, il y a ce que les gens disent et ce qu'ils font.

- quasiment rien sur le message même. Il dit que cette élection se jouera sur l'économie, mais rien qui ne laisse sous-entendre que McCain doit changer son message.

5.Posté par RenUS le 09/06/2008 11:34
Le problème dans tout ça c'est ce que fais actuellement McCain.
Les républicains ont compris que l'élection se jouera sur le tableau économique, ne faisant pas la même erreur qu'en 92.
Mais cela ne se traduit pas dans les faits, McCain mettant clairement en avant la polutique étrangère, comme George H.Bush en 92.

Certaines idées économiques de McCain sont très intéressantes et serait une excellente nouvelle pour les américains s'il était élu, comme multiplier par 2 les déductions fiscales par enfant à charge, la pérennisation des baisses d'impôts données en 2008 pour faire face à la crise des subprimes...etc...
Il doit mettre l'accent là-dessus s'il veut gagner des Etats clés comme l'Ohio.

6.Posté par WalterS. le 09/06/2008 12:42
Si telle est la stratégie de McCain, on peut être sûr qu'il a perdu d'avance. En effet nous avons là une stratégie "statique" où les équipes se préparent à une guerre de position. J'avance là, je me replie là, je met des barricades par ici, etc...Hillary a choisi la même méthode et s'est ramassé totalement et dès le début avant qu'elle change de logiciel notamment avec les renforts de sa fille Chelsea et sa nouvelle équipe de campagne.

Je l'avais déjà dit, ce n'est pas Obama qui fait le changement du monde (dont l'Amérique). C'est le changement de notre monde qui a fait Obama. Un monde où la notion de "réalité virtuelle" ou de "logique floue" sont des éléments essentiels pour venir à bout des problèmes les plus complexes dans un environnement global dont la majorité des données sont inconnues.

Le premier intervenant (Le Passant) a raison de parler de modèle Microsoft versus modèle Apple (Google, etc...). La stratégie d'Obama est très simple et elle est plus adaptée, car elle par du principe que personne ne sait sur quoi se jouera la campagne. En France on a bien vu comment des actes de vandalismes dans le métro parisien à la veille des élections ont mis en arrière tous les sujets socio-économiques sur lesquels tablaient le PS et tous les experts.

La stratégie d'Obama fait appel à des "symboles", à des "codes" et à des "vecteurs'. Quelques derniers éléments récents de cette stratégie sont le fameux discours de l'AIPAC (on connaissait dèjà celui de Philadelphie) et le choix Caroline Kennedy (fille de John et surtout Jacqueline) comme recruteuse en chef du VP d'Obama. D'autres éléments apparaîtront dans les prochains mois et on peut déjà tabler sur le rôle majeur que jouera Al Gore dans la campagne d'Obama.

Obama est une histoire (une aventure) dont les principaux acteurs sont plutôt mythiques : Kennedy, Oprah Winfrey, Jimmy Carter (...) et bientôt Al Gore. McCain comme Hillary ou même le Rev Wright ne sont perçus comme des éléments négatifs se mettant en travers du sens de l'histoire.

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