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«Obamanomics»: un penchant à gauche?

Niels Planel le 25 Février 2009 à 21:44

Par Niels Planel consultant établi à Washington, tribune parue dans Libération, mercredi 25 février 2009. Depuis que la crise a éclaté, toute mesure qui aurait été jugée comme «socialiste», il y a à peine quelques mois, sert désormais à redynamiser l’économie et à solidifier la croissance sur le long terme. Les républicains s’y sont opposés pour ce qu’ils ont cru reconnaître en ce plan un cheval de Troie démocrate, avant de se faire rappeler que c’est leur idéologie qui avait conduit l’Amérique vers le gouffre.



«Obamanomics»: un penchant à gauche?
Lors de son investiture Barack Obama est revenu sur sa vision du gouvernement en invoquant une nouvelle ère de la responsabilité : «La question que nous nous posons aujourd’hui, a-t-il déclaré, n’est pas de savoir si le gouvernement est d’une taille trop importante, ou trop petite, mais s’il marche, s’il aide les familles à trouver des emplois à un salaire décent, des soins à un coût raisonnable, une retraite digne. Quand la réponse sera oui, nous irons de l’avant. Quand ce sera non, les programmes prendront fin.» Ce faisant, le président américain a formellement refermé l’ère conservatrice initiée par Ronald Reagan, pour qui le gouvernement n’était pas la solution, mais le problème, mais a aussi dévié de la vision de Bill Clinton, pour qui l’ère du «big government» était finie. Faisant écho à son discours de la Convention démocrate d’août 2008, dans lequel il a le mieux décrit sa philosophie politique, il a exprimé sa volonté de restaurer la confiance des Américains dans leur gouvernement tout en réaffirmant que ce dernier ne peut pas tout faire et que les individus doivent savoir se prendre en main.

Pays des inégalités, l’Amérique l’est devenue car elle a porté en son sein une tornade qui a neutralisé l’action de la gauche durant près de trente ans. Mais «la révolution conservatrice» s’achève sur deux guerres et une crise qui décrédibilisent les républicains. Barack Obama peut espérer favoriser un renouveau démocrate si le programme qu’il met en œuvre donne des résultats concrets, d’autant plus que les jeunes et les minorités - l’avenir de la société américaine - votent à gauche de plus en plus, et que les démocrates peuvent espérer redessiner la carte des circonscriptions électorales en leur faveur en 2010, dans la foulée du recensement qui doit être achevé l’an prochain.

Barack Obama ne peut faire abstraction du fait que les Américains ont évolué ces dernières décennies dans un pays à droite et qu’ils garderont des réflexes en défaveur d’un programme trop à gauche - même si la crise l’autorise à initier des réformes coûteuses. Attaché à sa foi, au patriotisme, bon père, non opposé au port d’arme, ni à la peine de mort, il a beaucoup pour plaire aux conservateurs. Il ne peut non plus se présenter comme un radical quand c’est la frange modérée de l’électorat qui l’a porté au pouvoir.

Mais le libéralisme qu’il incarne, le système méritocratique qu’il défend sont bien de gauche, traduisant une certaine vision de la justice sociale et du progrès. Au plan économique, le Président s’est entouré d’esprits brillants de centre gauche comme Timothy Geithner, Jason Furman, Austan Goolsbee, Peter Orszag qui ont évolué pour la plupart sous Clinton et ses secrétaires au Trésor, Robert Rubin et Larry Summers (lui aussi conseiller). Nombreux sont ceux qui estiment que les effets des politiques de Rubin - budget à l’équilibre, libre-échange et dérégulation financière - sur l’économie américaine sont des facteurs de la prospérité des années 1990. Mais ce sont aussi des éléments qui ont altéré l’identité des démocrates - et qui ne sont pas adaptés aux circonstances présentes. Robert Rubin l’a reconnu dans une tribune coécrite en novembre dernier avec Jared Bernstein, économiste de l’Economic Policy Institute, think tank proche des syndicats, et conseiller du vice-président Joe Biden, et dans laquelle ils expliquaient que l’économie avait désormais besoin d’un stimulus fort, de régulation et d’investissements dans divers domaines - sans trop se soucier du déficit dans l’immédiat.

Ayant vu les excès de l’administration Bush et l’impuissance des démocrates face à la droite, les artisans des «Obamanomics» devraient être soucieux de corriger le tir et de démontrer que leur courant sait gouverner efficacement. S’inspirant en partie des idées du Hamilton Project, groupe fondé par Rubin, cette gauche ne cherche évidemment pas à faire disparaître le capitalisme mais à le sauver de lui-même, ayant intériorisé cette idée que le marché est la source principale de croissance. Conscients du creusement des fractures, ces progressistes entendent armer les individus pour qu’ils puissent faire face à la compétition - plutôt que de les abandonner à eux-mêmes, comme l’a fait la droite depuis Reagan -, les inciter à épargner, les aider à rebondir face aux échecs, et mettre en œuvre une fiscalité progressive pour partager les richesses et lutter contre les disparités. En défendant le concept de sécurité économique - couverture maladie, investissement dans l’éducation, réforme du chômage, lutte contre le réchauffement climatique, etc. -, elle entend permettre aux individus de prendre des risques et de faire face à la mondialisation, et stimuler la croissance. Et, pour cette gauche, c’est l’Etat qui doit intervenir pour réguler et mettre en œuvre ces politiques, et préserver cette idée que n’importe quel individu peut gravir toujours plus haut les marches de la société. Barack Obama estime que l’on doit pouvoir offrir aux individus la possibilité d’avoir une vie décente et un destin dont ils restent les maîtres en échange de leur labeur.

Le plan de relance est un moyen de mettre en œuvre ces politiques. Depuis que la crise a éclaté, toute mesure qui aurait été jugée comme «socialiste», il y a à peine quelques mois, sert désormais à redynamiser l’économie et à solidifier la croissance sur le long terme. Les républicains s’y sont opposés pour ce qu’ils ont cru reconnaître en ce plan un cheval de Troie démocrate, avant de se faire rappeler que c’est leur idéologie qui avait conduit l’Amérique vers le gouffre. Ce plan se présente comme le premier pas vers d’autres réformes clés présentées cette semaine, et en précède un qui aura la rude tâche de stabiliser le secteur financier, alors que tant d’indicateurs économiques sont au rouge. Celui qui est aussi le premier président zen des Etats-Unis a beaucoup de travail devant lui. Mais il en va de la crédibilité de la gauche qu’il entend incarner, et de celle de son pays.

Dernier ouvrage paru : Sur les pas d’Obama : le renouveau de la gauche américaine, Hachette Littératures.

Source: Liberation




1.Posté par phil le 26/02/2009 17:41
Franchement quel intérêt. La news du jour c'est la race du chien des Obama voyons!

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