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Obama, la France et l’Otan : des visions divergentes sur des intérêts communs

Charlotte Lepri le 3 Avril 2009 à 11:25

Par Charlotte Lepri, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). L’anniversaire de l’Otan ne pouvait pas tomber mieux – ou plus mal, c’est selon.



Obama, la France et l’Otan : des visions divergentes sur des intérêts communs
Alors que nous allons fêter les 60 ans de l’Alliance atlantique, l’heure des bilans approche, et avec elle celle des interrogations sur l’avenir, voire même sur la pertinence de l’Alliance. Et qu’elle soit vue de Paris ou vue de Washington, la question otanienne ne se pose pas de la même manière.

A Washington, la question de la réintégration de la France dans le commandement militaire intégré de l’Otan est un non-sujet. Pour beaucoup, ce retour est considéré comme acquis depuis déjà quelques temps : la réintégration avait été évoquée par Nicolas Sarkozy durant sa campagne électorale puis implicitement confirmée lors de son intervention à la Conférence des Ambassadeurs le 27 août 2007. Barack Obama, s’il a salué dans un communiqué du 21 mars 2009 ce retour, ne s’est toutefois exprimé que plusieurs jours après l’annonce de Nicolas Sarkozy et le vote au Parlement, montrant peut-être ainsi que ce retour avait une importance symbolique mais pas forcément stratégique. Certains chercheurs aux Etats-Unis soulignent en effet que, « étant donné le rôle actif de la France dans l’Otan, le gouvernement de Nicolas Sarkozy aurait décidé de faire correspondre le statut officiel de la France avec ses véritables contributions ». Au demeurant, le symbole est fort : rompant avec la traditionnelle politique étrangère française, le Président Sarkozy tente de mettre fin aux doutes largement présents en Europe d’une attitude anti-Otan en France et de rendre plus audible la voix de la France dans les futurs choix stratégiques de l’Alliance. C’est aussi un geste en direction des Etats-Unis, largement apprécié de l’autre côté de l’Atlantique.

En France, cette question a conduit à l’ouverture d’un vrai débat, bien que tardif, ou de nombreux hommes et femmes politiques ont échangé leurs arguments plaidant soit en faveur du retour de la France dans le commandement militaire intégré, soit pour le maintien du statu quo. Toutefois, aux Etats-Unis, ce débat a principalement été perçu comme une question de politique intérieure française, malgré le fait que les enjeux dépassent largement le cadre purement national : Europe de la défense, transformation de l’Otan, réforme des institutions otaniennes, etc.

Le prochain Sommet de l’Otan à Strasbourg-Kehl ne revêt pas non plus la même dimension des deux côtés de l’Atlantique. Ce Sommet ne sera pas le sommet de la réintégration de la France dans le commandement militaire intégré, comme on aurait tendance à le penser en France, mais un sommet avant tout consacré à l’Afghanistan. En effet, le plus gros défi – pour l’heure inextricable – de l’Alliance est bien celui de l’Afghanistan alors que la pleine intégration de la France dans l’Otan n’aura éventuellement des conséquences que sur le long terme.

Pour le moment, l’important pour les Américains est plutôt la hauteur de la contribution française à l’Otan, contribution à la fois financière et humaine. La question autour de la contribution « intellectuelle » de la France à la transformation de l’Otan reste pour l’heure ouverte – certes, la France pourrait renforcer son rôle à ce niveau, puisqu’elle devrait obtenir le commandement d’ACT, mais il est peu probable qu’elle impose sa voix aux Etats-Unis.

Sur la question du rôle de l’Otan dans la relation transatlantique, les avis divergent, entre Français et Américains, mais également entre Américains, selon l’importance qu’ils accordent à l’Alliance atlantique.
Pour certains responsables américains, l’Otan est un bon moyen pour renforcer les liens transatlantiques (1) car c’est une structure qui permet aux Américains de travailler concrètement, dans le cadre d’une organisation internationale, avec les alliés européens – même si elle n’est pas exempte de problèmes. Le Général James Jones, le nouveau National Security Advisor du Président Obama, mais surtout ancien SACEUR (Commandant suprême des forces alliées en Europe) et président de l’Atlantic Council of the United States, est sur cette ligne : l’Otan est au moins utile pour qu’Américains et Européens travaillent ensemble sur des enjeux de sécurité. D’autres, peu nombreux dans la nouvelle administration Obama, remettent en cause l’intérêt même de l’Otan, alliance qui a montré toutes ses limites et tous ses défauts lors de l’opération en Afghanistan.

La crise géorgienne, mais également la nouvelle approche des Américains vis-à-vis de la défense anti-missile depuis l’arrivée au pouvoir d’Obama, ont conduit les Américains à considérer de plus en plus que les garanties de sécurité en Europe, notamment en Europe centrale et orientale, ne peuvent pas reposer sur une action unilatérale américaine mais passent plutôt par un renforcement du rôle des Européens sur la scène internationale et, par ricochet, dans l’Otan. L’idée que, de toute façon, les Américains ne peuvent plus tout faire tous seuls est largement répandue à Washington – même s’il n’est pas improbable que cette attitude ne résiste pas à l’épreuve des faits, si une crise stratégique vient toucher directement les intérêts américains ou si simplement l’Otan se retrouve en échec. A ce niveau l’Afghanistan sera le test.

Durant la campagne électorale américaine, l’Otan, et l’Europe en général, avaient été pratiquement absents du débat – le Moyen-Orient et la crise financière ayant éclipsé la plupart des autres sujets. Toutefois, une nouvelle approche des relations internationales semblait déjà se dessiner.
La nouvelle Administration adopte ainsi aujourd’hui une attitude qui rompt avec l’unilatéralisme de Bush, qui a fait énormément de mal à l’image des Etats-Unis dans le monde : la coopération internationale au travers des organisations internationales est privilégiée. On constate de la part de la nouvelle administration un regain d’intérêt pour les institutions telles que l’Otan ou l’ONU. Certes, in fine, ce regain d’intérêt est présent parce qu’il est aujourd’hui dans l’intérêt des Etats-Unis de se comporter de la sorte ; toutefois cela constitue un véritable tournant par rapport à la politique de la précédente administration. La plupart des think tanks américains (notamment à tendance démocrate ou centriste) avaient d’ailleurs écrit des rapports dans ce sens : le contexte international actuel impose aux Etats-Unis d’abandonner le postulat selon lequel ils doivent être au centre de chaque initiative (2).

Lors de la Conférence de Munich, Joe Biden avait insisté sur la nécessité de coopérer dans un cadre international pour résoudre la question afghane.

Ce changement de méthode a des implications à deux niveaux. D’une part, les Etats-Unis entendent associer, au moins de manière formelle, les Européens à la redéfinition du rôle et des missions de l’Otan. D’autre part, les Etats-Unis reconnaissent le rôle que l’Union européenne a à jouer sur différents dossiers, tels que la sécurité internationale, la sécurité énergétique, les enjeux environnementaux, la sécurité en Afrique, etc.

Pour les Américains, la France sera avant tout jugée sur les faits. Ils souhaitent qu’elle prenne une part plus active en Afghanistan : renforcement de l’engagement français en hommes, la participation à la formation des cadres de sécurité, mais aussi la contribution à la lutte armée contre Al-Qaïda.

Les débats entre Français et Américains se focaliseront également sur le futur rôle de l’Otan, la France s’opposant à la vision « globale » de l’Otan développée par les Américains, mais également sur la nécessaire réforme de l’institution. Reste à voir dans quelle mesure la réintégration de la France dans l’Otan permettra à la France de faire entendre sa voix sur ces sujets.

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(1) Voir à ce sujet le rapport commun à quatre think-tanks américains sur l’Otan. A noter que certains des auteurs de ce rapport, comme Julianne Smith ou Jim Townsend, sont aujourd’hui dans l’administration Obama.
(2) Par exemple, la Brookings Institution ; le Center for American Progress : ou encore la Carnegie

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Article reproduit dans le cadre du partenariat entre l'IRIS et Ilovepolitics.info - Tous droits réservés



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