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Obama l’espoir contre Clinton l’expérience

Marjorie Paillon le 7 Janvier 2008 à 11:04

par Barthélémy Courmont, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Les stratégies de campagne des deux principaux candidats démocrates sont radicalement opposées.



Obama l’espoir contre Clinton l’expérience
A la veille d’un résultat qui pourrait s’avérer crucial dans le New Hampshire, deuxième Etat à se prononcer dans les primaires démocrates, ces divergences sont d’autant plus importantes qu’elles semblent déterminer les choix des électeurs. Et d’autant qu’elles portent sur l’exercice du pouvoir, un élément clef dans le choix des électeurs entre des programmes qui ne présentent pas de différences fondamentales. Ces dernières viendront le temps de l’élection générale, les Primaires permettant de désigner le candidat le mieux placé pour avoir une chance d’emporter la course à la Maison-Blanche. En attendant, les Démocrates devront choisir entre l’expérience proposée par Hillary Clinton, et l’espoir suscité par Barack Obama, et que sa brillante victoire dans l’Iowa n’a fait que confirmer.

Barack Obama est, de l’avis de la grande majorité des analystes politiques américains, le candidat de l’espoir. De par son profil bien sûr, mais aussi et surtout par sa capacité à attirer les foules autour d’un véritable projet pour l’Amérique. Or, c’est justement sur cet aspect que les Démocrates sont rarement parvenus à s’imposer depuis John Fitzgerald Kennedy, à l’exception de Bill Clinton. Les autres candidats démocrates, le plus souvent battus par des Républicains en novembre, apportaient des idées, mais pêchaient à proposer un véritable projet pour la première puissance mondiale. Sur ce point, Obama se distingue très nettement des autres candidats, et c’est ce qui explique en grande partie sa montée en puissance aussi remarquable que remarquée.

Le sénateur de l’Illinois a placé le rêve américain au cœur de son programme économique et social. Il estime que ce rêve s’effrite pour une grande majorité de la population, forcée selon ses propos de « travailler plus pour gagner moins », de payer plus pour l’éducation, la couverture sociale ou les assurances maladies. Sur ces différentes questions, son diagnostic est proche de celui de John Edwards (dont nous parlons peu ici, malgré sa deuxième place dans l’Iowa, mais compte tenu du fait que sa victoire dans les Primaires est très incertaine). Mais Obama insiste sur la nécessité de relancer le rêve américain, en offrant aux classes sociales les plus défavorisées, ainsi qu’aux jeunes, l’espoir qui leur manquerait. Sur la politique étrangère, thème traditionnellement très suivi à l’extérieur mais peu influent au niveau des votes, Obama suscite également l’espoir : celui d’une Amérique qui se réhabiliterait aux yeux du monde, et redeviendrait un exemple pour les démocraties. Des slogans politiques, bien sûr, mais un projet, très certainement.

Sur ces différentes questions, Hillary Clinton est sur la défensive. Pour elle, le changement n’est pas simplement une question de promesses, mais doit se vérifier dans les faits. Et pour étayer cette position, elle s’appuie sur son expérience sur le terrain, avant de conclure que le plus important étant de désigner un président capable d’apporter du changement, elle est la mieux qualifiée, pour l’avoir déjà prouvé par le passé. Elle fait ainsi en particulier référence à ses huit années passées à la Maison-Blanche en tant que First Lady, et son bilan de sept ans de sénatrice de l’Etat de New York. Avant ces activités qui l’avaient placée sous les feux de la rampe, Madame Clinton était dans l’Arkansas avec son époux, quand celui-ci y était gouverneur, et avocate réputée. Elle a également, lors des auditions pour le scandale du Watergate, épaulé les magistrats démocrates, avant d’être proche de la présidence de Jimmy Carter.

Hillary Clinton a, indiscutablement, plus d’expérience en politique que Barack Obama, dont elle est l’aînée de quatorze ans, et ne manque pas de le rappeler à l’occasion de chacune de ses apparitions. Mais cela ne semble pas suffire dans un pays où l’expérience s’efface souvent derrière les convictions et le charisme, deux points sur lesquels le sénateur de l’Illinois (qui n’est pas non plus, faut-il le rappeler, totalement inexpérimenté, même s’il est célèbre depuis peu) est maître du terrain. L’Iowa a apporté la preuve que si la stratégie d’Obama fonctionne à merveille, comme en témoigne la forte mobilisation des sympathisants démocrates (et la mobilisation de nouveaux électeurs), les Américains ne prêtent que peu d’importance au discours sur l’expérience d’Hillary Clinton. Au lendemain de sa décevante troisième place, il aurait été opportun pour l’ancienne First Lady de changer de cap. Or, le débat télévisé qui l’a opposé à Obama le 5 janvier au soir n’a fait que confirmer son intention de continuer à batailler sur ce terrain. Madame Clinton s’est montrée vindicative à l’encontre de Barack Obama, lui reprochant son inexpérience et l’inconstance de son programme de financement de la sécurité sociale. En réponse, elle fut vivement critiquée par John Edwards, allié de circonstance d’Obama, pour son opposition aux changements, que lui souhaite également incarner. Bref, la sénatrice de New York n’est à nouveau pas parvenue à mettre en difficulté son (ou ses) adversaire (s), ce qui pourrait inquiéter son camp à deux jours d’un scrutin qui s’annonce difficile, et qu’elle ne peut se permettre de perdre aussi nettement que l’Iowa, après avoir largement dominé les sondages jusqu’à récemment. Si elle veut garder l’espoir de remporter l’investiture démocrate, qui lui semblait pourtant acquise il y a quelques semaines, il lui faudra accepter de laisser son expérience de côté.

Retrouvez l'IRIS sur son site Internet : www.iris-france.org
Article reproduit dans le cadre du partenariat entre l'IRIS et Ilovepolitics.info - Tous droits réservés




1.Posté par Chauvet Geoffroy le 07/01/2008 12:46
Le problème d'Hillary Clinton c'est que c'est justement une sorte d'animal politique qui est en fin de compte peu crédible car trop arriviste et calculatrice. Son seul but est le pouvoir , bref elle n'est pas sincère dans ses convictions idéologiques.
Elle pourrait être comparée à une sorte de Jacque Chirac féminin et à l'américaine!
Obama parait plus crédible. Il apporte une nouveauté, un projet de société qui parait tenir la route et parait être sincère et non un simple arriviste.
Geoffroy ( www.geoffroy.blog.fr )

2.Posté par joseph le 07/01/2008 14:15
Je partage totalement votre avis. De toutes les façons, même aux USA, l'élection présidentielle est également la rencontre d'un homme avec un peuple. Côté expérience, Clinton n'en avait pas plus que Obama, en 1992; pas plus que Kennedy. Côté intelligence, Obama est sorti de harvard law school et Hillary de Yale. Concernant l'expérience, Hillary n'a pas vraiment l'expérience de l'exercice du pouvoir en tant que tel, même si elle était assez influente à la maison blanche à l'époque de son mari. En outre, elle est trop dans le système et ne peut proposer rien de neuf, ni par ses origines (d'une famille bourgeoise de Chicago), ni par son parcours. pendant les 8 années de Bush, les USA ont eu des personnes avec de l'expérience à washington, cela n'est pas un signe de probité morale. ils ont menti à l'amérique pour entrer en guerre, ils ont même dénoncé un agent de la CIA, sans parler de la corruption...Expérience ne veut pas non plus dire crédibilité. Cet establisment n'est plus crédible. face à cela, Oui, Obama est plus crédible.

3.Posté par Fred le 07/01/2008 14:32
Chere Marjorie,

Merci pour ces analyses, anecdotes, commentaires et autres traductions passionnantes. Votre blog ne risque pas de quitter mes favoris avant le mois de novembre ;-)

Je vous invite à lire ma propre petite analyse de ce qui est en train de se jouer côté démocrate : http://etmaintenant.over-blog.com/article-15402000.html

Encore bravo,

Frédéric

4.Posté par jugurta le 07/01/2008 20:13
Au risque de décevoir ou de me faire l'avocat du diable, je ne crois pas à la victoire d'un démocrate le 4 novembre prochain.

Je pense qu'Obama est brillant mais qu'il ne sera ni investi ni président. l'Amérique est profondément plus conservatrice que progressiste. Les républicains l'emporteront à la fin de l'année, le tout étant de savoir si c'est MC Cain ou Giuliani.

5.Posté par Jordan (Lyon) le 07/01/2008 23:00
Bonsoir,

Il me semble que la montée en force d'Obama depuis quelques temps déjà, et renforcer par cette éclatante victoire dans l'Iowa, traduit un fort sentiment d'espoir, mais d'un espoir comme il s'en produit rarement. Je suis un inculte total en politique intérieur américaine et pourtant, on a bien l'impression que cet homme est en train de bouger des lignes.
Par ailleurs, cette situation est de mon point de vue la traduction des maux que connaissent les sociétés occidentales en général, et que l'on commence à sentir les effets de ces sociétés qui ne semblent reposer que sur une compétition perpétuelle et une concurence entre les individus. Après tout, les citoyens américains voudraient peut-être tendre vers une société plus "saine" humainement, même si les américains sont ce qu'ils sont, c'est-à-dire qu'un grande part de la population reste éminement conservatrice (je note d'ailleurs qu'il n'est toujours pas question de la remise en cause de la peine de mort par exemple).

Continuez,
Jordan

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