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Obama et le libéralisme de mouvement

B. Courmont le 7 Mai 2009 à 12:19

Par Barthélémy Courmont, chercheur à l'IRIS, en partenariat avec contre-feux.com. La présidence de Barack Obama est ambitieuse, avec des enjeux de taille, comme inverser les tendances de la crise économique et sociale, réparer les erreurs de l’administration Bush et restaurer l’image de Washington sur la scène internationale.



whitehouse.gov, flickr, pete souza
whitehouse.gov, flickr, pete souza
Mais derrière ces objectifs se cache la volonté de mettre en place un libéralisme (au sens américain du terme, à savoir la politique des Démocrates) de mouvement, en réponse au conservatisme de mouvement qui a profondément marqué la vie politique américaine depuis vingt-cinq ans. Ou comment le retour à la Maison-Blanche des Démocrates pourrait augurer d’une nouvelle ère dans l’histoire politique américaine, à condition de tenir compte des erreurs du passé.

Dépasser les réponses à la crise économique

Au cours des dernières décennies, les Démocrates se sont le plus souvent positionnés sur la scène politique américaine comme des contre-pouvoirs aux idées républicaines, et leurs victoires électorales ont généralement été marquées avant tout par le rejet du bilan de politiques conservatrices par l’opinion publique.

L’élection de Barack Obama en novembre dernier n’a pas fait exception, le bilan désastreux de l’administration Bush assurant une marge de manœuvre confortable au parti de l’âne. Mais avec un mandat clair : réparer les erreurs, et répondre à la crise dans laquelle la politique des Républicains a plongé l’Amérique ! Un mandat que le nouveau président s’efforcera de respecter, mais qu’il souhaite également dépasser. Pour cela, il s’appuie à la fois sur une large majorité démocrate au Congrès, mais aussi et surtout sur sa capacité à dépasser les clivages politiques.

Le New Deal de Roosevelt en héritage

Dès la campagne présidentielle, Obama a souvent été comparé à Roosevelt. En fait, c’est surtout le contexte au moment de son élection qui rappelle l’Amérique de 1932, face à une crise profonde et imposant des modifications drastiques et l’incursion d’un big government dans la vie économique et sociale.

Obama a conscience de la nécessité d’un nouveau "new deal", qui pourrait être qualifié de "nouvelle révolution américaine", mais il sait également que les nécessaires réformes auxquelles son administration fait face doivent s’inscrire sur le long terme, et ouvrir une nouvelle ère dans l’histoire des Etats-Unis.

Dans les années 30, Roosevelt ne se contenta pas de répondre à la crise, mais il fit des Etats-Unis la première puissance mondiale, et imposa des transformations dans la société permettant de réduire les inégalités sociales. Mais il fut également en permanence raillé par les Républicains, qui s’acharnèrent ensuite sur son héritage par vengeance. Obama doit donc saisir l’opportunité de sa capacité à rassembler pour ne pas cristalliser autour de son projet de société les rancœurs d’une partie de l’Amérique, et réussir ce que Roosevelt n’est pas parvenu à faire : assurer le prolongement des idées libérales au-delà de son mandat.

L’exemple du conservatisme de mouvement

Obama regarde surtout du côté des conservateurs pour mettre en place son libéralisme de mouvement. La capacité des Républicains à produire de nouvelles idées, et à proposer des visions de l’Amérique sur le long terme ont ainsi contrasté avec l’atrophie trop souvent relevée chez les Démocrates.

En s’inspirant de Reagan, le nouveau président voit ainsi dans l’ancien président républicain un modèle dans sa faculté à imposer de nouvelles lignes de débats politiques et à faire du conservatisme un élément incontournable de la société américaine. Mais Obama doit également tenir compte des erreurs du conservatisme de mouvement, qui à force de vouloir en permanence créer de nouvelles idées, s’est coupé des réalités de l’Amérique en générant des inégalités sans précédent, et s’est dans le même temps engagé dans des voies inquiétantes, qualifiées de néoconservatisme. Là encore, le libéralisme de mouvement ne doit pas être une réponse à son alter-ego conservateur, mais une véritable nouvelle tendance du parti démocrate.

100 jours d’une rare intensité sur la scène internationale

Chose intéressante, et qui confirme ce souhait de mettre en place un libéralisme de mouvement et de grandes ambitions, les efforts de l’administration Obama ne se sont pas exclusivement portés sur les questions intérieures, là où de nombreux experts craignaient un repli sur soi de Washington, voire même une forme d’isolationnisme.

Au contraire, à peine arrivé à la Maison-Blanche, le nouveau président a totalement bouleversé la politique étrangère de la première puissance mondiale. Dialogue avec l’Iran, main tendue à Cuba, mea culpa sur les pratiques de l’administration Bush… autant de véritables révolutions, en trois mois de présidence, qui contrastent avec une ligne conservatrice que l’administration Clinton n’était pas parvenue à modifier. Ou comment le libéralisme de mouvement s’impose comme un nouveau style en politique étrangère, et se sert habilement des attentes de changement pour proposer un libéralisme moins réactif, et plus entreprenant.

En partenariat avec contre-feux.com




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