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Obama et la réforme sur la santé : time to get tough ?

Charlotte Lepri le 10 Septembre 2009 à 12:36

Par Charlotte Lepri, chercheur à l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS). Avec la rentrée parlementaire aux Etats-Unis, les hostilités reprennent. Le président avait échoué avant les vacances parlementaires à imposer son agenda et sa politique sur la réforme de santé, rencontrant une opposition farouche de la part des Républicains et même de certains Démocrates.



Obama et la réforme sur la santé : time to get tough ?
L’été n’a pas apaisé la polémique puisque les Républicains se sont mobilisés afin de rallier l’opinion publique à leur cause en utilisant les arguments conservateurs classiques (mais qui font mouche auprès de nombreux Américains) et en instrumentalisant certaines craintes (crainte d’un Etat trop fort s’immisçant dans la vie privée des Américains, en agitant l’épouvantail du socialisme). Et sur le terrain de la défense des valeurs traditionnelles américaines, les Républicains règnent – pour l’heure – en maître.

La bataille fait rage à trois niveaux. Au niveau médiatique tout d’abord : à coup de spots publicitaires et d’éditoriaux engagés, les deux camps dépensent sans compter pour faire valoir leurs arguments. Au niveau local ensuite, notamment lors des fameux « town hall meetings » qui réunissent partisans et opposants (pas forcément plus nombreux mais plus bruyants) à la réforme dans des joutes verbales parfois savoureuses (échanges qui soit dit en passant peuvent paraître complètement incongrus aux yeux d’un Européen). Au Congrès, enfin, ce dernier étant en charge de retravailler le projet de l’Administration Obama : trois commissions planchent actuellement pour produire un texte consensuel d’ici le 15 septembre.

L’Administration Obama a beau souligner le bien fondé de cette réforme, cruciale pour un pays qui compte, faut-il le rappeler, près de 48 millions de personnes sans couverture de santé et qui consacre une part très importante de son PIB (18%) à la santé. Rien n’y fait. Chaque Américain a pourtant connu de près ou de loin une personne ayant été victime du système de santé américain, trop cher, trop inégalitaire. Mais lorsqu’il s’agit de mettre en place une réforme sur la santé, les opposants se déchaînent, quitte à confisquer le débat (souvent avec l’aide financière et logistique des lobbies et des compagnies d’assurance). Et les Républicains profitent justement de cette situation pour se reconstituer politiquement, redonner du sens à une opposition qui était encore il y a quelques mois moribonde. Si Barack Obama ne veut pas être stoppé dès le début de sa présidence (et mettre en péril sa majorité au Congrès lors des prochaines élections de mi-mandat), il va devoir sortir les dents.

Ce soir, au Congrès, il s’exprimera pour tenter de reprendre la main dans ce débat qui pour l’heure lui est défavorable et lui entame sa popularité. Partisan du consensus, adepte du travail législatif bipartisan et soucieux de travailler avec le Congrès pour avancer sur les dossiers difficiles, Barack Obama va devoir montrer ses capacités de leader. Fort d’une majorité confortable au Congrès, il va devoir discipliner son propre camp et imposer ses termes sur ce dossier qui devient la priorité absolue de la rentrée.

Il va devoir cependant lâcher du lest sur quelques points pour tenter de rallier les Républicains les plus libéraux à sa cause : garantir le financement de sa réforme, et surtout présenter sa réforme non pas comme de l’assistanat mais comme une nécessité économique. Mais sans la fameuse « option publique » tant décriée, la réforme est vidée de son sens.

Au delà de Barack Obama, c’est toute son équipe qui va devoir se remobiliser. Depuis quelques mois, le soutien populaire à l’égard de Barack Obama et à l’égard de la réforme sur la santé s’est effrité. Seulement 46% des Américains approuvent cette réforme. Pour convaincre, l’équipe d’Obama pourrait avoir recours aux recettes qui avaient fait le succès de la campagne électorale, et notamment le recours à Internet et aux milliers de bénévoles ayant soutenu le candidat.

Peu à peu, cette réforme est devenue le point névralgique et emblématique de la politique d’Obama. S’il échoue, sa présidence sera à jamais marquée par ce revers qui entachera les réformes futures : le président aura été faible et ses opposants auront un malin plaisir à le mettre en difficulté à chaque nouvelle initiative. En revanche, s’il persiste et se montre « tough », dur, combatif, il marquera (un peu plus) l’histoire en ayant réussi sur un dossier réputé difficile.

Depuis Franklin D. Roosevelt, qui a mis en place la sécurité sociale aux Etats-Unis après la crise de 1929, les différentes administrations démocrates n’ont pas réussi à reformer en profondeur le système de santé américain. Barack Obama saura-t-il conjuré le mauvais sort ?

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