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McCain sur la voie républicaine ?

Barthélémy Courmont et Alaric Moubouyi-Boyer le 11 Février 2008 à 12:47

par Barthélémy Courmont, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et Alaric Moubouyi-Boyer. Les résultats du Super Tuesday marquent inexorablement un tournant dans la campagne des primaires républicaines. Totalisant un nombre de 714 délégués, débarassé de son adversaire le plus corriace (Mitt Romney), il semble désormais fort peu probable que John McCain ne remporte pas la course à l'investiture du Grand Old Party (GOP).



McCain sur la voie républicaine ?
Ses capacités à transcender les difficultés avant et durant les primaires viennent en toute évidence consolider son statut de leader républicain, en dépit du manque d’unanimité le concernant au sein du GOP. Sa victoire au Super Tuesday, bien qu’incontestable, relève cependant d’un paradoxe sans précédent dans l’histoire du parti. La réticence des conservateurs, constituant une couche électorale traditionnellement acquise aux Républicains, vient ici illustrer ce qui apparaît comme une division au sein de l’électorat du GOP. Division entre électorats conservateur et progressiste (qu'on rerouve également chez les Démocrates) désirant chacun un changement profond dans le mode de gouvernance de Washington. Se posent ainsi les questions de l’ampleur de la division de l’électorat républicain et de la capacité du sénateur d'Arizona à mobiliser ces forces républicaines afin de composer une unité qui lui sera impérative s'il souhaite une victoire au scrutin final. John McCain a désormais une mission, et elle est de taille : rassembler les forces très dispersées du parti républicain.

A l’instar du camp démocrate, le changement apparaît comme un label cher aux candidats républicains. Il s’inscrit à la fois dans les discours des prétendants à l’investiture et à travers l’image que ceux-ci véhiculent. Cependant, en raison de la distinction entre Républicains conservateurs et progressistes, la notion du changement ne saurait être perçue de la même manière. Dans un premier temps, l’intérêt du changement chez les conservateurs est motivé par le désir de replacer les valeurs et principes conservateurs au centre des décisions de l’administration fédérale. Il s’agit d’un conservatisme religieux (s’opposant au mariage homosexuel, à l’avortement et à l’euthanasie pour ne citer que ces deux aspects), promu par l’électorat évangélique et idéologico-économique (préconisant l’orthodoxie libérale dans le dessein économique national). L’intérêt de ces conservatismes républicains à s’affirmer dans le cadre des primaires s'explique en grande partie par la déception de leurs électeurs en référence aux orientations politiques de l’administration sortante. En effet, le président Bush est accusé d’avoir trahi la conscience de ces sous-couches électorales conservatrices, en ayant fixé des orientations contraires aux principes animant leurs idéaux de société. Dans un second temps, nous notons que l’électorat républicain se voit également constitué d’une couche électorale davantage préoccupée par les enjeux conjoncturels, à l’instar d’une bonne partie des électeurs pro-démocrates. En faisant allusion aux questions de santé, d’éducation, ou d’emploi. Cette partie de l'électorat est composée en grande partie d’indécis plutôt attirés par l’idée d’ouverture que seul McCain incarne dans le camp républicain, et même s'ils n'adhèrent pas intégralement à son programme, et lui reprochent de ne pas s'inspirer de Ronald Reagan, leur référence. A cet effet, pour cet électorat, l’idéal de changement sous-tendrait l’application de politiques ad hoc en vue de répondre aux différents problèmes socio-économiques, de même qu’une ouverture sur les questions d’ordre sociétal en guise d’atténuement du conservatisme républicain.

A la lumière des faits esquissés, force est de constater que le défi du futur investi McCain sera d’incarner tant sur le plan idéologique que médiatique les principes propres à ces couches électorales républicaines, et ce sans rejeter cette qualité de progressiste le rendant populaire au-delà de l’électorat républicain. En d’autres termes, le sénateur d’expérience fait face à une situation relativement délicate du fait du dilemme faisant loi. Il apparaîtrait évidemment paradoxal de soutenir des idéaux conservateurs et progressistes dans un même discours, au risque de voir son projet électoral décrédibilisé. Mais en homme politique expérimenté, John McCain devrait pouvoir surmonter ces difficultés.

Le récent abandon de son principal adversaire à la course à l’investiture est un évènement important pour McCain, mais qui pourrait être lourd à assumer. Contrairement à l’effet bénéfique qu’on lui attribuerait a priori, cet événement tend à exposer McCain face au dilemme développé précédemment. En effet, en bon conservateur et au vu de l’importance de son électorat, l’ex candidat Mitt Romey s’efforcera de peser sur les primaires en défendant un modèle de société américaine fidèle aux valeurs religieuses. En accordant timidement son soutien à son ancien adversaire, le gouverneur du Massachusetts n’oubliera guère les sources de leurs différends et leur coriace affrontement. Il est donc envisageable qu’il exerce publiquement des pressions sur McCain afin d’orienter davantage son projet vers un dessein évangélique. Cet abandon pourrait donc intervenir trop tôt dans les primaires républicaines, au risque de pérenniser cette division de fond dans le camp des pro-républicains et ce, en raison d’absence de compromis entre McCain et Romney. Ici, une division de fond chez les Républicains serait synonyme de défaite probable au scrutin final.

Les efforts de résistance de Mike Huckabee ont quant à eux essentiellement pour effet de retarder tant bien que mal cette lutte fratricide qui s’intensifiera certainement au cours des prochaines semaines. Toutefois, il conviendrait de noter que les donnes conjoncturelles relatives au partage du pouvoir devraient en toute logique engager les Républicains à faire bloc commun. Etant minoritaire au Sénat (ô combien important en terme de pouvoir législatif), une présidence républicaine s’avère être une nécessité en vue de garder une influence dans la gestion de la nation. Sur la base de considérations strictement rationnelles, ce fait pourrait favoriser, certes suite à certaines réticences, une unité républicaine négociée autour de son candidat. Le ralliement de Giuliani à McCain, partiellement basé sur un calcul politique personnel, semble donner raison à cette hypothèse. Au regard de ces faits, le sort du parti républicain dans le cadre de l’élection présidentielle apparaît incertain. Qu’adviendra-t-il du précieux changement dans un tel contexte inextricable ? Le ralliement des anciens canditats conservateurs au grand favori engagera-t-il l’électorat conservateur à le soutenir au moment du scrutin final ? Dans quelle mesure les candidats démocrates pourront exploiter cette faille, voire ce talon d’Achille, des Républicains ? Tant de questions déterminantes dans la poursuite des primaires, et cruciales pour le scrutin décisif.

Une chose est certaine en tout cas. De nombreux observateurs s'interrogeaient, après la victoire de George W. Bush en novembre 2004, sur la posibilité des Démocrates de reprendre un jour la Maison-Blanche. Ils attiraient ainsi l'attention sur le fait que l'Amérique pouvait entrer dans une ère du conservatisme, laissant les Démocrates dans une sorte d'opposition perpétuelle. Les succès de John McCain, sa capacité à rasembler un électorat indépendant (le soutien de Joe Liebermann, ancien co-listier d'Al Gore en 2000, est sur ce point révélateur), font de lui un candidat républicain atypique, loin des clichés du conservatisme. Finalement, chez les Républicains peut-être plus encore que chez les Démocrates, cette campagne est bien historique, en ce qu'elle pourrait permettre une nouvelle redéfinition du conservatisme.

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Article reproduit dans le cadre du partenariat entre l'IRIS et Ilovepolitics.info - Tous droits réservés




1.Posté par Paola Celier le 09/03/2008 21:32
Excellent article! Bonne continuation

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