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McCain l’Irakien contre Obama l’Afghan

Barthélémy Courmont le 15 Juillet 2008 à 13:55

Par Barthélémy Courmont, chercheur à l'IRIS, en partenariat avec contre-feux.com. En matière de politique étrangère, les deux candidats à la fonction suprême américaine semblent souvent se rejoindre autour d'un certain pragmatisme. Il y a pourtant deux sujets sur lesquels ils divergent profondément : l’Irak et l’Afghanistan.



soldiersmediacenter, flickr, licence CC
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Les rivalités entre les deux candidats à l’élection présidentielle américaine entrent dans une phase partisane, avec deux projets de société qui s’affrontent, notamment sur l’économie et le social. A l’inverse, sur la politique étrangère, les propositions des deux candidats se rejoignent souvent autour d’un pragmatisme qui qualifiera les orientations de la future administration. Reste cependant deux sujets sur lesquels John McCain et Barack Obama font encore état de divergences profondes : l’Irak et l’Afghanistan. A quelques jours d’une visite de Barack Obama et de plusieurs membres du Congrès (dont la date est tenue secrète pour raison de sécurité) dans les deux pays, ces divergences se cristallisent.

Deux fronts dans la guerre contre le terrorisme pour deux visions des priorités de la politique étrangère américaine
L’Irak et l’Afghanistan sont les deux théâtres d’opérations sur lesquels près de 180.000 soldats américains au total sont actuellement engagés. Les deux fronts sont ceux de la lutte que Washington mène contre le terrorisme. Deux guerres souvent associées, notamment dans les votes au Congrès sur leurs budgets respectifs, mais aussi dans la rhétorique de l’administration Bush. Mais qui ne sont pas considérées au même niveau dans les priorités en matière de politique étrangère par les deux candidats, ni par l’opinion publique. A l’obsession irakienne des dernières années est ainsi venu s’ajouter le difficile terrain afghan, quelque peu ignoré, mais qui s’invite désormais dans la campagne, notamment en raison des risques sécuritaires grandissant. Le chef d’état-major interarmées américain, l’amiral Michael Mullen, se dit ainsi "profondément inquiet de la montée des violences" en Afghanistan, tout en estimant que l’Irak l’empêche pour l’heure d’y envoyer plus de soldats.

La situation s’améliore en Irak : McCain avait-il raison ?
Un pari risqué que celui que tenta John McCain quand il se présenta, au début des Primaires républicaines, comme le candidat favorable à un maintien des forces américaines en Irak, face à des adversaires soucieux d’éviter cette question sensible et impopulaire. Un slogan presque à contre-courant d’une opinion publique hostile à une guerre trop longue et coûteuse, mais avec un objectif clair : la guerre peut encore être gagnée, et un retrait anticipé ne ferait que précipiter le chaos de l’Irak. 18 mois plus tard, les faits confirment que les positions risquées du sénateur de l’Arizona s’avérèrent payantes. Il s’imposa facilement dans les Primaires, et la situation sécuritaire s’améliore effectivement en Irak, à tel point qu’une victoire reste possible, à condition toutefois de ne pas anticiper un retrait, et d’assurer un transfert des responsabilités en suivant un calendrier progressif.

Même Barack Obama, au départ favorable à un retrait presque immédiat en cas d’élection, reconnaît aujourd’hui qu’il lui faudra consulter les militaires pour définir un calendrier de retrait progressif, qui donne ainsi implicitement raison à son adversaire républicain. Si la guerre en Irak a permis à Obama de se faire connaître du grand public, elle constitue paradoxalement aujourd’hui un handicap pour lui. En d’autres termes, si l’Irak reste lors de cette campagne le principal sujet en matière de politique étrangère, c’est McCain qui devrait en tirer les bénéfices.

L’Afghanistan et l’inquiétante prophétie de Barack Obama
Avant même d’être candidat à l’élection présidentielle, Barack Obama estimait que la guerre en Afghanistan est le véritable front contre le terrorisme, et que de son avenir dépendra le succès de la lutte contre Al-Qaïda. Le sénateur de l’Illinois, qui s’était prononcé contre la guerre en Irak avant même l’invasion de 2003, juge que ce conflit mobilisant quelque 145.000 soldats américains prive de ressources nécessaires le combat en Afghanistan, où les Etats-Unis comptent 32.000 hommes. Pas assez pour un front qui semble de jour en jour de plus en plus difficile à tenir. Les faits sont là, on comptait en juin 2008 plus de victimes des forces coalisées en Afghanistan qu’en Irak, et les perspectives sont assombries par le regain d’influence des Taliban dans de nombreuses provinces que des forces insuffisantes ne peuvent contrôler efficacement.

Le plan de Barack Obama est simple : retirer plusieurs brigades d’Irak (au rythme de une à deux par mois) pour les transférer en Afghanistan. Un plan que critique vivement John McCain, qui estime qu’un renforcement, nécessaire, de la présence en Afghanistan ne doit pas supposer dans le même temps un retrait trop anticipé d’Irak. Un moyen pour le candidat républicain de critiquer la vision naïve de la politique étrangère de son adversaire. Toujours est-il qu’en mettant l’accent sur la nécessité de renforcer la présence en Afghanistan, Obama pourrait compenser son handicap sur l’Irak, et si l’Afghanistan devient un sujet prioritaire en matière de politique étrangère, ce sera à son avantage.

En partenariat avec contre-feux.com




1.Posté par Thomas le 15/07/2008 16:10
Obama a raison. Pas de Bomb bomb bomb Iran, mais Dial Dial dial avec la belle Perse historique qui nous a bercé avec ses contes. Mc Cain déclenchera it une crise mondiale dont il ne mesure pas les conséquences néfastes.

2.Posté par Alpho T. le 15/07/2008 16:48
Question naïve:
Ces guerres sont une lutte contre le terrorisme. On n'a jamais enetendu parler de terrorisme irakien ou en Irak. A l'opposé en afganistan, les talibans représentent un front d'Al qaïda, une victoire dans ici serait l'anéantissement des talibans, ce qui n'est pas une mince affaire si ces derniers se réfugient ou ont des arrières bases au Pakistan, territoire souverain.

Une victoire en Irak serait un victoire contre qui, contre quoi?

3.Posté par Laurent le 15/07/2008 19:06
Obama utilise un très bon angle d'attaque. Non pas parce qu'il a raison mais parce que ca a plus de chance de résonner avec le public américain.

Son problème était de montrer qu'il est "strong on defense" sans donner l'impression qu'il a retourné sa veste (en particulier son vote contre la guerre en Irak).

Mais en déplacant le problème sur l'Afghanistan il fait d'une pierre deux coups. D'autant plus que la guerre en Afghanistan est nettement moins controversée que la guerre en Irak.

4.Posté par Seymour le 16/07/2008 06:56
La question qu'on se poser est de savoir si l'opinion américaine croit qu'une victoire est possible en Irak? Même si la situation s'améliore beaucoup pensent que ce n'est pas là, le noyau du terrorisme et que par ailleurs les milliards de dollars dépensés feraient mieux d'être investis sur le sol américain. Une nécessité en ces temps de récession (de la bouche du Président de la la FED)

L'avenir nous dira si BO avait raison, quoiqu'il en soit les récentes déclarations faites par McCain montrent qu'il serait lui aussi favorable à une réaffectation des forces militaires présentes en Irak.

5.Posté par Seymour le 16/07/2008 07:12
Juste une dernière petite chose, en matière de terrorisme on parle de l'Afghanistan mais il faudrait aussi rajouter son voisin, le Pakistan!

6.Posté par Avembe le 16/07/2008 09:03
@Alpha T.
Grave comment t'as raison je viens juste de me reposer la question...Mais c'est précisément parce quel'objectif la guerre en Irak n'a jamais été clair qu'elle a suscité autant de controverses...En effet enAfgha on sait contre qui le monde va s'acharner tandis qu'en Irak à part le pétrole...tiens...ne serait-ce pas pour le pétrole...naaaaaaa je suis mauvaise langue là...
Mc CAIN vient de tenter une entourloupe politique effrayante en voulant convaincre dans son dernier discours que le sort de l'Afghanistan dépend de l'issue, du succès de la guerre en Irak...Le cynisme en politique est à débecter...

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