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McCain et l'Europe : le dialogue est-il possible ?

Catherine Durandin le 30 Mai 2008 à 10:35

Par Catherine Durandin, directrice de recherche à l'IRIS, en partenariat avec Contre-feux.com. John McCain, possible prochain président américain, ne parle jamais d'Europe ni d'Union européenne lors de sa campagne. Il emploie les termes "Occident" ou "alliés démocratiques". En serait-il resté à une vision datant de la guerre froide ou à une conception de l'hégémonie occidentale universelle ? Ses intentions sont bien plus complexes. Décryptage.



twinkletoez, flickr, licence CC
twinkletoez, flickr, licence CC
A suivre les propos de campagne électorale du candidat McCain, concernant sa vision du monde et la politique extérieure qu’il entendrait mener en cas de victoire aux présidentielles de novembre 2008, l’Europe/UE n’existe pas. Et pourtant, McCain a jugé utile de faire une tournée européenne à la mi mars 2008, il s’est exprimé à Paris. Il avait accordé en février un long entretien au journal allemand "Spiegel". Le candidat républicain ne parle pas d’Europe, il dit "l’Occident", ou évoque les alliés, les grands pays démocratiques. En serait-il resté à une vision de guerre froide ? Est-il accroché à une représentation de l’hégémonie universelle occidentale ? Faut-il voir en lui un épiphénomène de l’idéalisme des néo conservateurs qui se sont rallié à Bush et l’ont inspiré ? Il n’est pas exclu que le candidat républicain l’emporte contre Obama. Ses intentions méritent d’être décryptées.


Un héritier américain de la guerre froide…

McCain appartient à la génération des jeunes des années 1960, totalement éduqués et impliqués dans une histoire de guerre froide. Il a connu l’engagement au Vietnam, en cette logique de guerre anti communiste, il a été capturé par les Viets en 1967. Il fut libéré en mai 1973, accueilli à Washington par le président Nixon. De ces années de guerre, McCain conserve des séquelles physiques, une mémoire de guerre qu’il partage avec des démocrates comme Kerry, une singularité du fait de ses années de captivité. Il a, à partir de cette épreuve, médité sur les relations Guerre et Politique, sur le rapport des Etats-Unis au monde en termes de mission, de puissance et de sécurité. Il est resté attaché à une relation difficile avec la Russie, ex URSS qui soutenait Hanoi, aujourd’hui post communiste, une foi dans l’outil militaire pour assurer la sécurité de son pays et affirmer sa mission de porteur des valeurs fondamentales de la démocratie.

Ses positions sont paradoxalement à la fois schématiques et fluides. Schématique, la vision d’une Russie hostile qui bloque le fonctionnement du Conseil de Sécurité à l’ONU. Pour contourner l’ONU, le candidat républicain évoque une alliance des grandes puissances démocratiques, pour l’avenir. Cette vision est floue : quel mode de fonctionnement, quelle hiérarchie de décideurs pour cette alliance ? Parallèlement, la posture de McCain demeure ouverte : d'un côté, il a introduit dans ses équipes de conseillers des néo conservateurs très radicaux, méprisants à l’adresse des Européens, ces alliés démocrates, jugés décadents depuis Munich en 1938, tel que William Kristol. Mais, de l’autre côté, il se démarque de ce groupe des Faucons qui entouraient D. Rumsfeld au Pentagone pour se définir comme "idéaliste réaliste"

McCain appartient au groupe de ceux qui poussèrent depuis 1998 au renversement de Saddam Hussein et plaide pour la poursuite des objectifs de guerre en Irak. Son fils de 19 ans a servi dans les Marines en Irak. Le 15 mai dernier, McCain a brossé une vision idéaliste de fin de guerre en Irak, au cours d’un discours prononcé dans l’état d’Ohio : "En janvier 2013, la guerre d’Irak sera gagnée. L’Irak fonctionne comme une démocratie". Cela suppose un effort de recrutement, de prendre position contre les membres du Congrès qui souhaitent garantir trop d’avantages aux engagés dans l’armée sur un court terme. Qui abandonneront le combat une fois le contrat rempli, au lieu de rempiler…L’Amérique a abandonné la conscription en 1973…


McCain et les alliés de l’OTAN…

Sur l’avenir de l’Irak, McCain se sépare de l’opinion majoritaire de l’opinion publique de son pays qui veut un retrait et des alliés de l’OTAN qui envisagent ce retrait : Polonais, Bulgares et Roumains, nouveaux partenaires très atlantistes de l’OTAN, soucieux de satisfaire des opinions pacifistes, veulent se désengager. La France n’est pas et ne sera pas engagée en Irak. Les candidats démocrates eux sont en phase avec la majorité des citoyens américains.


Un objectif commun entre le républicain et l’UE : le réchauffement climatique

Très éloigné des positions de l’UE quant à l’analyse de la situation irakienne, McCain rejoint les pays de l’UE lorsqu’il s’exprime - régulièrement - sur les questions de sécurité énergétique et de réchauffement climatique. Ces deux dossiers sont vus avec soin à Paris dans les semaines qui précèdent la présidence française de l’UE. Il est impossible dans l’ambiance actuelle - inquiétude des Etats-Unis face à la chute du dollar et de la flambée du prix de l’essence - d’ignorer le problème de l’approvisionnement et du coût de l’énergie. McCain s’est engagé le 12 mai à Portland dans l’Oregon, notant que la "dépendance énergétique" confère du pouvoir à des pays qui ne portent pas les Américains dans leur cœur"… Ce même 12 mai, il a répété que "le réchauffement climatique est une question de sécurité pour la planète". Ces propos marquent sans doute une ouverture mais sont accompagnés d’attaques contre la Chine et l’Inde, nouveaux grands pays pollueurs.

Entouré de néoconservateurs, faisant appel dans le même temps aux réalistes et aux pragmatiques, McCain tente des ouvertures vers un électorat centriste aux Etats-Unis. Ses déclarations au cours de son voyage en Europe, au printemps, ont témoigné d’un esprit de détente. La Vieille Europe n’a pas été stigmatisée. Mais l’objectif de victoire en Irak de cet homme blessé par la défaite au Vietnam sépare profondément le candidat républicain des décideurs européens.

En partenariat avec contre-feux.com



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1.Posté par smoby le 30/05/2008 14:08
L'article commence bien mais fini vraiment sur une fausse note: l'objectif de la victoire en Irak est partage par tous les pays alliés, il n'y a pas un seul qui souhaiteraient une "victoire" des terroristes d'Al Qaeda !
Sarkozy l'a reaffirme, Brown egalement, Berlusconi aussi, Merkel a fait un bon discours la dessus et Roumanie, Pologne, Bulgarie ont deja annonce que la retraite de leurs forces se fera seulement en accord avec le gouvernement irakien et celui americain!
Et en Suede, l'ONU et les participants a la conference sur Irak, aujourd'hui meme, ont reconnu les avancees "impressionantes" obtenues en Irak.

La vision de McCain est honnete et pragmatique, ce n'est pas un ideologue neo-conservateur, ce n'est pas un marchand de reves liberal.

Il constate que les democraties sont confrontees a une menace clairement definie et assumee par ses partisans fanatiques: la destruction de l'Occident "infidele" et "decadent" (en fait Western World) et l'instauration d'une societe islamique globale, un "califat mondial" (le terme utilise plusieurs fois par Zawahiri).
La menace a ete mise en pratique a Paris, New York, Londres, Madrid, Casablanca, Istanbul, Alger, Beirut, Islambad, Kabul, etc..

La guerre froide et la maniere dont Ronald Reagan a mis l'URSS a terre (Bush Sr. l'a achevee) a ete une excellente ecole pour McCain, une lecon de politique geo-strategique qui a permis l'effondrement du bloc communiste.
G.W. Bush a commence une guerre contre le terrorisme islamique, il a affaibli fortement la nebuleuse djihadiste, McCain se propose de finir le travail. Ce n'est pas "idealiste", il y a 6 ans, un tas d'experts explique avec une assurance toute faite, sur les plateaux tele, que "jamais les marines ne pourront entrer en Bagdad" et encore moins finir avec le regime saddamite! Les memes qui n'avez pas vu venir la chute de l'URSS :))

Pour le reste, on observe que McCain n'est pas un republicain typique, il a des positions proches des democrates sur des nombreux dossiers (energie, environnement, homosexualite, reduction d'impots limitee, etc.) et sans exception les sondages montrent qu'il attirent plus les centristes que les deux adversaires democrates.

Oui, vous avez raison, je vous cite, "Il n'est pas exclu que le candidat républicain l'emporte contre Obama". A mon avis c'est meme tres probable !

2.Posté par Babar le 31/05/2008 10:25
Merci pour l'article, c'est un sujet dont on devrait vraiment plus parler chez nous !

J'aurais aimé que vous citiez à ce sujet la francophobie de John Mac Cain, qualifiée par Matt Welch (auteur d'une biographie) "d'irrationnelle". Voilà comment il présente la France à la presse, 1 mois avant la guerre d'Irak, en 2003 : Une actrice vieillissante des années 1940 qui pensait qu’elle pouvait toujours se faire inviter à dîner sans réaliser qu’elle n’avait plus le visage adéquat.

Une question : bien des journalistes adoptent la terminologie de Donald Rumsfeld qui a mis au gout du jour l'expression "Vieille Europe", par opposition à une hypothétique Nouvelle Europe, alliée des américains dans la guerre en Irak. L'Europe n'est-elle pas aussi vieille que n'importe quel autre continent ? Question ouverte...


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