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McCain - Obama : deux styles présidentiels opposés

B. Courmont le 2 Novembre 2008 à 11:56

Par Barthélémy Courmont, chercheur à l'IRIS, en partenariat avec contre-feux.com. Au-delà des programmes, l’enjeu de l’élection américaine est aussi le choix entre deux styles de présidence : un fort leadership d’un côté, et une gestion plus collégiale de l’autre.



Aaron Landry, flickr, licence CC
Aaron Landry, flickr, licence CC
La personnalité de "l’homme le plus puissant de la planète", qu’elle soit ou non à l’origine de décisions importantes en matière de politique étrangère, est l’objet de multiples observations, études et interprétations, dans le monde entier. Aux Etats-Unis plus que dans les autres grandes démocraties occidentales, le président est analysé dans sa façon de prendre les décisions plus que dans les décisions elles-mêmes et leurs effets.

Avec McCain et Obama, les Américains n’ont pas uniquement à choisir entre deux programmes politiques très différents. Ils sont également invités à s’interroger sur le style qu’ils souhaitent voir à la Maison Blanche dans les quatre prochaines années. Deux styles radicalement opposés, qui pèsent de tout leur poids, à moins de deux semaines du scrutin.

Un style présidentiel, c’est quoi ?
Les qualités personnelles du président conduisent généralement à l’adoption d’un style de gestion, qui influence la formulation de la politique de l’ensemble de son administration, mais également les relations avec le Congrès, l’opposition, et les alliés de Washington.

En fonction de sa personnalité, le président opte pour un mode de gestion qui lui convient et qui lui assure un certain contrôle, notamment sur les questions de politique étrangère. Mais on retrouve également ces caractéristiques dans la formulation d’une politique économique et sociale. Ce style peut être collégial, compétitif ou formel. C’est-à-dire que, selon les choix du chef de l’exécutif, le président peut décider seul, en accord avec un entourage de conseillers, en tranchant avec les alliés, en ouvrant les débats au Congrès, en invitant des experts extérieurs ou se repliant au contraire sur le National Security Council et ses collaborateurs les plus proches…

McCain : un leadership fort hérité de son passé militaire
John McCain, fils de militaire et militaire lui-même, est représentatif des dirigeants souhaitant imprimer un style fort, en se mettant en première ligne sur tous les dossiers, et réduisant les collaborateurs et conseillers à de simples hommes de l’ombre.

S’inscrivant dans la tradition des anciens militaires reconvertis avec succès dans la politique, et soucieux d’un leadership important, le sénateur de l’Arizona croit fermement en la nécessité d’un président fort, capable de prendre des décisions importantes seul, et de jouer un rôle de premier plan dans toutes les orientations politiques.

Son attitude à l’occasion de la crise économique (et son souhait de mettre sa campagne entre parenthèses) est révélatrice de l’importance qu’il accorde au symbole présidentiel, et aux positionnements du chef de l’exécutif.

Par ailleurs, en nommant la très inexpérimentée Sarah Palin comme colistière, John McCain a choisi de se mettre au centre de sa campagne, l’influence de la gouverneure d’Alaska étant très faible sur le candidat républicain. De même, ses conseillers sont délibérément relégués au second plan. Voter pour McCain, c’est choisir un président qui n’hésitera pas à s’isoler pour prendre des décisions importantes, dont il assumera les conséquences.

Obama : l’expérience des communautés
Le style de Barack Obama est en tous points opposé à celui de McCain, et lui vient également de son passé. Le sénateur de l’Illinois s’est forgé une expérience politique dans les communautés, notamment dans la banlieue sud de Chicago, travaillant en groupe, n’hésitant pas à mettre en avant certains collaborateurs, et présentant des programmes au nom d’une équipe plus que revendiquant la pérennité de toutes ses orientations.

Obama serait ainsi, de l’avis de ceux qui l’ont approché, plus à l’écoute de son entourage, et plus enclin à déléguer, que son adversaire. En choisissant comme colistier Joe Biden, incontestablement nettement plus expérimenté que lui sur les questions internationales, le candidat démocrate a d’ailleurs apporté une preuve supplémentaire de sa volonté de s’entourer des meilleurs experts, et de prendre en considération leur jugement. Voter pour Obama, c’est privilégier une armada de conseillers, et une présidence collégiale, axée sur le programme et les réformes plus que sur l’image du président.

Un contexte favorable au style d’Obama
En règle générale, le style trop "cérébral" d’Obama est difficilement accepté par les électeurs, et de nombreux analystes estimaient ainsi, il y a quelques mois, qu’il partait avec un handicap certain. John Kerry en avait par exemple fait les frais face à George W. Bush en 2004.

Mais en période de crise économique, les Américains sont plus sensibles à des démonstrations convaincantes qu’à des slogans, et sur ce point, l’expérience d’Obama lui offre un avantage décisif. Il parvient ainsi à rassurer en ce qu’il serait à l’écoute de ses conseillers, des parlementaires et même de l’opposition, plus que McCain. En d’autres termes, le style présidentiel qui semble s’imposer est celui d’un chef de l’exécutif capable d’inspirer les orientations politiques de Washington, mais sachant dans le même temps s’appuyer sur des experts pour combler ses lacunes sur les sujets qu’il maîtrise moins.

En partenariat avec contre-feux.com.




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