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Les séquelles des primaires démocrates

Barthélémy Courmont et Alaric Moubouyi-Boyer le 5 Février 2008 à 12:45

par Barthélémy Courmont, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et Alaric Moubouyi-Boyer. La focalisation des efforts de campagne sur des éléments relatifs à l'image (et non sur les idées et programmes) implique le risque de banalisation du discours démocrate dans la période du scrutin final et ce, auprès des indécis.



Les séquelles des primaires démocrates
Au départ encourageante, la lutte à l’investiture démocrate a pris une tournure particulière après les premiers résultats. Logiquement, le bilan discutable de l’administration Bush devrait inciter les candidats de l’opposition à multiplier les pôles thématiques en vue de mobiliser les populations subissant les conséquences de ses échecs. En effet, les résultats peu enviables en matière de politiques sociales (baisse du pouvoir d’achat en terme d’accès aux soins de santé, de logement et d’éducation), les crises financières et politiques remettant en cause la justesse de son mode de gouvernance et son incapacité d’atténuer substantiellement les craintes des Américains face aux enjeux sécuritaires, en référence aux gestions des crises irakienne, iranienne et afghane, constituent des champs de critique décisifs, susceptibles de catalyser l’intérêt et la sympathie des électeurs à l’égard du camp démocrate. Or, force est de constater la prégnance d’une asymétrie dans l’organisation thématique du débat des primaires démocrates. L’intérêt croissant pour l’image, au détriment des thèmes électoraux classiques (social, économie, politique étrangère…) devient donc un point d’ancrage autour duquel s’articulent les stratégies d’attaque et de défense des candidats Obama et Clinton. L’absence de fond dans les discours des deux prétendants à l’investiture au cours du débat télévisé de Los Angeles illustre indubitablement une orientation de leurs efforts vers la préservation de leurs images respectives.

L’opposition entre Hillary Clinton et Barack Obama marque une première dans l’histoire des primaires américaines. Les symboles forts de la féminité et du métissage caractérisant chacun des candidats prédisposent indéniablement les médias à surexploiter ces éléments afin d’attiser les émotions de l’opinion publique. Toutefois, la portée de la féminité et de la couleur de peau des candidats aurait dû se limiter à la promotion de l’originalité du parti démocrate. Cette originalité étant inhérente au changement. Néanmoins, au cours des dernières semaines, elles ont dépassé cette originalité pour constituer de nouveaux angles d’attaque pour chaque camp. Il s’agit là d’un point névralgique susceptible d’affecter la crédibilité des deux clans. D’une part, l’ampleur et la récurrence des attaques à l’égard de Hillary visant à lui coller cette représentation de femme soumise à son époux et ex-président remet en question l’image de femme indépendante et ambitieuse que tente de véhiculer la principale intéressée. D’autre part, les initiatives du camp Clinton visant à opposer les communautés hispanique et noire tendent à isoler le candidat Obama en lui attribuant la qualité de candidat communautariste qu’il fustige. Si non conjoncturelle, l’extrême popularité d’Obama et de Clinton auprès de noirs et femmes vient consacrer le phénomène de communautarisation des voies et le désir de chaque candidat de discréditer l’adversaire sur le terrain de l’image ; ceci participant sans nul doute à la carence de contenu dans le débat démocrate. En outre, les références incessantes aux anciennes figures du parti (Johnson et Kennedy entre autres) s’inscrit dans le cadre d’une stratégie certes offensive, mais aussi défensive tant elles ambitionnent une immunité des candidats face aux critiques portant à la fois sur la forme et le fond des campagnes de chacun. L’intérêt prononcé pour l’image chez les démocrates implique inéluctablement une absence de débat de fond devant se baser sur une stricte opposition d’idées. Cependant, en concentrant ses références sur les symboles d’un passé glorieux, les perspectives démocrates d’un avenir meilleur tributaire du sacro-saint changement s’avèrent caduques.

Dans des primaires où la division fait loi, l’adversité régnant au sein du parti démocrate repose sur une logique caricaturale. A cet effet, le degré d’intensité des hostilités opposant les clans démocrates pourrait engager de graves conséquences au vue de la prépotence de visions passionnées, s’inscrivant dans le cadre du culte de l’image. L’importance des ressentiments qu’implique ce niveau d’adversité pourrait à bien des égards initier une division profonde et persistante dans la grande famille démocrate, au point de se pérenniser au moment du scrutin final. Le phénomène d’endorsement ou ralliement prédominant à l’heure actuelle se distingue des appuis de personnalités non politiques dans la mesure où il participe activement de la division au sein du parti. En effet, au regard de la tournure des hostilités entre les deux candidats en lutte, les prises de positions de l’un pourraient attiser les ressentiments dans le camp adverse, au risque de rendre irréalisable une unité démocrate pourtant nécessaire au dernier scrutin. Le ralliement d’une bonne partie des membres de l’establishment du parti (dont Ted Kennedy, Tom Daschle et John Kerry) au candidat Obama tend indirectement à isoler le camp de Clinton. L’ampleur des ressentiments intrinsèques au combat farouche que se livrent les démocrates rend incertaine l’issue des primaires et du scrutin final. Ainsi, les échanges de politesse observés au cours du dernier débat avant le Super Tuesday étaient bel et bien calculés au regard de la nécessité de conserver une image saine. La victoire, comme la défaite, des démocrates, se prépare déjà.

La focalisation des efforts de campagne sur des éléments relatifs à l’image impliquerait également le risque de banalisation du discours démocrate dans la période du scrutin final et ce, auprès des indécis. Cette éventualité s’explique, d’une part, par le fait que le nombre d’indécis représente une partie importante des électeurs dans la période du scrutin final. En 2004, ils étaient au nombre de 17 millions. D’autre part, la part d’indécis (4%) à l’heure des primaires au sein du camp démocrate pourrait tendre vers le haut en guise de mécontentement des électeurs de chaque camp. Ainsi, Obama et Clinton auraient-ils réellement consolidé leurs bases électorales dans les Etats où les primaires auront lieu suite à l’étape de la Floride ? Sans quoi le taux d’abstention tendrait logiquement à augmenter au point de pénaliser le parti au scrutin final. Par ailleurs, en plus de l’hypothèse abstentionniste, la réticence d’une partie des indécis à reconduire les républicains au pouvoir et la banalisation du discours démocrate seraient susceptibles d’initier un transfert des voix des indécis vers un parti indépendant. Le désir de changement dans cette optique ne motiverait plus le vote de cette part importante de l’électorat américain. Parallèlement, l’incapacité des démocrates de proposer une nouvelle ligne de gouvernance pourrait accroître la popularité des candidats républicains en tête (McCain et Romney) davantage enclins, au vue de leur démarcation vis-à-vis de l’administration Bush sur la base des idées, à initier le changement tant attendu. Au regard des faits esquissés, sans assurer la promotion d’un changement réel par le biais de débats concrets dans les idées, l’hypothèse d’une défaite démocrate aux élections présidentielles est davantage envisageable. Se pose ainsi la question des conséquences de ces luttes internes, ainsi que celle de la capacité de recadrage du débat démocrate sur les enjeux préoccupant les électeurs.

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Article reproduit dans le cadre du partenariat entre l'IRIS et Ilovepolitics.info - Tous droits réservés


VOIR AUSSI : démocrates, iris, primaires


1.Posté par Baptiste le 05/02/2008 15:57
Aujourd'hui se déroule le "Super Tuesday", le tournant de la campagne: les électeurs de 24 états américains se rendent aux urnes pour choisir leur candidat à la présidentielle. Les républicains pourraient couronner John McCain, mais Mitt Romney, bénéficiant d'un fort soutien dans le sud de l'Etat, se maintient à 40% en Californie, contre 33% à McCain.

A New York et dans le New Jersey, c'est McCain qui arrive en tête avec respectivement 26 et 29 points d'avance sur Mitt Romney. John McCain est aussi en première position dans le Missouri, avec 34% contre 27% à l'ancien gouverneur de l'Arkansas Mike Huckabee et 25% à Romney. Les démocrates craignent, eux, que le duel entre Hillary Clinton et Barack Obama ne s'enlise jusqu'à la Convention de Denver. A suivre ...

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2.Posté par khoury jean le 06/02/2008 11:18
la politique etrangere est absente....je trouve que c dommage.....moi en tant que francais d^origine libanaise chretienne....je ressent de facon tres desagreable l^agression de l^amerique de mr bush contre l^irak ...contre le peuple aphgan....contre les peuples arabes en general....le pire c que quelque soitle vaiqueur.......des prochaines elections....le mal va continuer....car les interrets des usa sont tels qu^ils n^ont pas trop le choix....et ainsi les guerres vont continuer....juqqu^^a la fin des fins...en sachant que des soldats americains vont mourir....mais aussi des gens innocents...et ainsi les usa seront toujours consideres comme des eternels agresseurs....et hais a travers toute la planete...c vraiment dommage....alors que ce pays peut etre l^exemple meme de la democratie ..de la liberte...par leur comportement sauvage les usa ont pietine ces valeurs universelles...et voila que la cia reconnait avoir torture des prisonniers...et ainsi les usa seront au meme niveau que les pays totalitaires....bravo....et merci mr bush.

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