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Les défis diplomatiques de Barack Obama

Pascal Boniface le 6 Novembre 2008 à 14:24

Par Pascal Boniface, directeur de l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS). Le mardi 4 novembre 2008 fait désormais partie de l’histoire des Etats-Unis. L’accession à la Maison Blanche d’un candidat metis, plébiscité par le monde entier, suscite de nombreux espoirs. Mais Obama parviendra-t-il à modifier en profondeur la politique étrangère américaine ? Et d’ailleurs, le veut-il vraiment ? Tour d’horizon des grands dossiers diplomatiques qui attendent le nouveau président.



Les défis diplomatiques de Barack Obama
Le monde entier en rêvait, les électeurs Américains l’ont fait. Avec un taux de participation record de 66%, une mobilisation sans précédent, ils ont envoyé Barack Obama à la Maison Blanche.

Depuis plus d’un an, la terre entière, et pas seulement la nation américaine, suit avec la plus grande attention le long processus électoral qui a abouti à l’élection du 44ème Président américain. Cela montre la place à nulle autre pareil des Etats-Unis dans le système international. Chaque peuple a conscience que l’élection du Président américain peut avoir de fortes conséquences le concernant. Aucune autre désignation d’un chef d’Etat dans un pays n’a un tel impact mondial. Cela prouve également l’immense soif de changement après deux mandats catastrophiques de George W. Bush. C’est bien largement sur le rejet de ce dernier dans le monde et aux Etats-Unis que Barack Obama a construit son succès. Les Américains avaient soif de changement, ils ne voulaient plus se voir dans le reflet de leur société et de leur pays que George W. Bush donnait à l’extérieur. On peut donc être redevable d’une chose à George W. Bush : il a permis fut-ce par réaction négative à son égard, l’élection d’Obama.

La crise financière a parachevé le succès de Barack Obama. C’est après qu’elle se soit déclenchée que les sondages l’ont tous donné gagnant (et largement) face à Mc Cain. Celui-ci a par ailleurs commis une erreur de jugement en nommant Sarah Palin comme colistière. Elle a certes consolidé la base républicaine dure, mais elle a effrayé tous les électeurs modérés.

Par rapport aux immenses défis à relever, dix millions de chômeurs, de nombreux travailleurs pauvres, des dizaines de milliers de personnes chassées de leur maison, des déficits commerciaux et budgétaires gigantesques, deux guerres difficiles à gérer en Irak et en Afghanistan, le dossier du Proche-Orient, la lutte contre Al Qaïda, la fragilité du Pakistan et le renouveau russe, la tâche d’Obama semble gigantesque, titanesque même.

Il pourra compter sur son charisme, son énergie et l’immense enthousiasme qu’il a suscité aux Etats-Unis et dans le monde. Il pourra également compter sur sa clairvoyance et son courage et il fallait avoir les deux pour s’opposer à la guerre d’Irak aux Etats-Unis en 2002-2003.

Une véritable « Obamania » déferle sur la planète. C’est une lune de miel entre un homme et le monde à laquelle on assiste. Il est aujourd’hui l’homme le plus populaire du monde, alors qu’il y a encore quelques jours, les Etats-Unis étaient le pays le moins aimé du monde. Son élection va rejaillir sur l’image des Etats-Unis et d’ores et déjà de nombreux Américains se disent de nouveau fiers de l’être.

Car au-delà de la question raciale qu’Obama veut dépasser, il faut se souvenir, il y a encore deux générations, les Noirs ne pouvaient s’asseoir dans le bus à côté des Blancs. Or, le fait que ce pays puisse aujourd’hui élire un Président noir en dit long sur ses capacités de réaction et de mouvement. Ce qui compte avant tout, c’est l’image de tolérance et d’ouverture qui s’en dégage, non seulement en parole, mais aussi dans les faits Ce sont les Etats-Unis qu’on aime dynamiques sans préjugés. La grande distinction avec l’ère de George W. Bush où on célébrait les valeurs américaines dans les discours pour les fouler au pied dans la politique concrète tant sur le plan intérieur qu’international.

Il y a cependant deux illusions qui doivent être dissipées. La première est que Obama pour brillant qu’il soit n’est pas magicien. Il ne pourra pas résoudre comme par enchantement et rapidement les multiples problèmes nationaux et internationaux qui se posent. Il ne faudrait pas que les immenses attentes, parce qu’elle ne pourront pas être satisfaites immédiatement, produisent un désenchantement majeur. Seconde illusion à ne pas avoir, Barack Obama n’est pas le Président du monde, mais celui des Etats-Unis. Son agenda est dicté par l’intérêt national américain, pas le bonheur de tous. Il ne faut pas douter de son patriotisme. Son objectif est justement de restaurer le prestige et partant de là, la suprématie américaine mise à mal par George W. Bush. Simplement, sa conception de l’intérêt national est moins incompatible avec les intérêts des autres Nations que ne l’était celle de George W. Bush, sa conception des valeurs américaines n’est pas agressive à l’égard des autres Nations.

Le monde ne va pas devenir parfait, mais il est déjà plus vivable.

Voir l'intégralité du dossier sur le nouveau site de l'IRIS : www.affaires-strategiques.info:
-Quelles marges de manœuvre financières pour Barack Obama ?
-Obama Président, quels changements pour la relation transatlantique ?
-Cartes des élections présidentielles américaines depuis 1992
-Election d’Obama : le retour du soft power ?
-Barack et le Moyen-Orient : vers un vent de la continuité ?
-La relation Afrique / Etats-Unis après la victoire d’Obama
-Pour un renouveau du leadership américain (alangui) en Asie ?

Article reproduit dans le cadre du partenariat entre l'IRIS et Ilovepolitics.info - Tous droits réservés




1.Posté par vincent le 07/11/2008 00:05
Selon l'AFP, Obama sera militairement offensif en Afghanistan et va demander des renforts européens! Logiquement Sarko est content car la popularité d'Obama en France valide certains de ses choix (source: lemonde.fr) Obama 86% d'opinions favorables en France. Guerre en Afghanistan 36% d'opinions favorables en août 2008. Cherchez l'erreur. Le passage sur le Pakistan est épatant également. Enfin j'ai déjà trouvé le produit tendance en 2009: la vaseline!

AFP: "M. Obama, pour lequel "le front central de la +guerre contre le terrorisme+ se trouve en Afghanistan et au Pakistan", est favorable à l'envoi de plus de 10.000 hommes en renfort, conformément aux demandes des commandants sur place.

"La question d'envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan va devoir être tranchée tout de suite. Il n'y a pas beaucoup de marge pour un long examen de la politique à mener. C'est une crise immédiate", estime Bruce Riedel, ancien responsable de la CIA spécialiste de la région.

M. Obama cherchera aussi à obtenir un engagement militaire accrû des Européens.

Mais au-delà de l'augmentation des troupes étrangères, fortes actuellement de 70.000 soldats, le défi afghan inclut la corruption, le manque d'autorité du gouvernement, une économie vétuste et dépendante d'un trafic de drogue florissant, et l'instabilité du Pakistan voisin, qui a permis aux insurgés d'ancrer des bases à la frontière.

Le président élu s'est dit prêt à des frappes militaires ciblées au Pakistan contre les talibans et Al-Qaïda avec ou sans l'autorisation d'Islamabad, que les Etats-Unis accusent de ne pas être assez ferme dans sa lutte contre les terroristes réfugiés à sa frontière avec l'Afghanistan. "Il sera fondamental pour la prochaine administration d'établir une politique claire vis-à-vis d'Islamabad", affirme l'ancien diplomate Richard Holbrooke dans la revue Foreign Affairs."

2.Posté par patrick le 07/11/2008 09:32
Si Obama valide cette politique alors certains thèmes néo-conservateurs de Bush (guerre contre le terrorisme, frappes préventives, etc.) sont ancrés y compris dans les rangs démocrates. Ouahhh!! Si en plus Obama insiste pour que les soldats français y participent encore plus, j en connais qui vont tirer la gueule... Il faudra être cohérents les obamaniaques l année prochaine sous peine de remplacer Sarah Palin dans les blagues de fin de repas ;-)

Je ne suis plus sûr que la vaseline suffise, on est plus très loin de l hospitalisation pour douleurs rectales. Attendons les premières décisions d Obama mais il y a peut-être moyen de bien rigoler en 2009.

3.Posté par Edouard le 07/11/2008 16:01
Vincent et Patrick, vous avez probablement raison. (du moins l'avenir nous le dira) Obama n'est pas le président "peace and love" tel qu'il a pu être souvent décrit. C'est avant tout le président des Etats Unis qui comme la plupart des autres dirigeants s'intéresse aux intérêts de son pays et de la population américaine.

Comment peut on concevoir son action en politique étrangère?

D'abord en Iran, je pense que l'on peut oublier à moyen terme toute attaque américaine. Obama est partisan de la négociation voire d'une rencontre avec Ahmadinejad. En outre le vice président Biden tient un double discours depuis quelques années sur l'Iran. Il aurait été soutenu financièrement par les Mollahs. La présidence démocrate voit l'Iran comme un partenaire qui doit à tout pris s'éloigner de la Chine et de la Russie - les vrais adversaires de l'Amérique - quitte à laisser l'Iran se fabriquer sa bombe. Pour conclure sur l'Iran, les Israëliens feront "cavalier seul" s'ils souhaitent empêcher l'Iran d'obtenir la bombe.

Sur l'Irak, je pense qu'Obama n'est pas complètement fixé. Il a promis de retirer les troupes d'ici seize mois; ça devrait être jouable à moins que la situation, bien meilleure depuis 2007, se dégrade à nouveau. On peut raisonnablement penser que les Etats-Unis ne sont pas prêts de renoncer à certaines bases là-bas. Quand à dissoudre le pays en trois Etats, ça me semble pour l'instant peu probable.

Sur l'Afghanistan, comme cela a été dit dans les messages précédents, de nouvelles troupes vont aller faire la guerre là-bas; des incursions au Pakistan sont prévisibles surtout depuis que Benazir Bhutto est morte, que Musharaf n'est plus au pouvoir, que le gouvernement est jugé laxiste et que les Talibans et les Imams endoctrinent une jeunesse souvent misérable et perdue.

En Palestine, je ne vois pas de changement en perspective. De toutes façons, Israël doit constituer un nouveau gouvernement auparavant et la guerre civile entre les partisans du Fatah d'Abbas et du Hamas n'est pas prête de s'arrêter.

Maintenant le Liban. je me demande s'il existe quelqu'un qui comprend quelque chose à leurs problèmes même là-bas. C'est un pays génial avec des gens formidables et la solution se trouve surement en interne si bien sûr la Syrie ne se mêle pas de la situation. Quant à Bachar Al Hassad, les Américains ont d'autres chats à fouetter.

Passons à ce qui pourrait vraiment nous inquiéter en France vis à vis de la politique d'Obama: son attitude face à la Russie et la Chine.

Je suppose que les relations avec la Chine devraient s'améiorer malgré les Droits de l'Homme, le Tibet, le Soudan et bien d'autres sujets délicats. A moins d'un événement majeur, les Etats Unis joueront sur le plan économique afin de limiter l'expansion de la Chine. Et Taïwan, est ce vraiment une préoccupation? Ils rejoindront le continent à moyen terme. De même, pour rester en Asie, le régime Nord Coréen tombera bien un jour, peut être pas à la mort de Kim Jong Il. Y aura-t-il une réunifiaction? Je ne suis pas certain que les Etats-Unis la favoriseraient. Imaginez la force d'uine Corée Unie à la fois militairement et économiquement.

Revenons à la Russie: Obama souhaite l'entrée de l'Ukraine et de la Géorgie dans l'Otan. La Russie voit ça d'un mauvais oeil et on peut affirmer que ni Poutine ni Medvedev ne voient de bonne augure l'arrivée d'Obama à la présidence même s'il est plus conciliant sur le bouclier anti-missile. La logique de la guerre froide n'a jamais disparue. Dans les conseillers d'Obama, on retrouve ceux qui hier pronostiquaient l'encerclement de l'URSS quitte à armer des mouvements comme Al Quaida. De l'autre côté, les quadras ont été éduqués à la sauce anti américaine dans les jeunesses communistes. Et ils voient toujours d'un mauvais oeil la présence des Etats Unis dans les anciens satellites.

Finissons maintenant sur l'Afrique et l'Amérique du Sud. Qu'est ce que va faire Obama? Avant lui les Etats Unis ne s'y intéressainent peu à part pour les nombreuses ressources. Je ne sais pas si le fait d'avoir des origines Kenyanes va inciter Obama à être beaucoup plus présent là bas.

En Amérique du Sud, les relations seront meilleures qu'avec Bush. Uribe se fait peut être du souci mais c'est peu probable que les Etats Unis renoncent à la lutte anti-drogue et donc abandonnent leur soutien au gouvernement Colombien. A Cuba, attendons la mort de Castro pour y voir un peu plus clair.

J'allais oublier l'Europe. Est ce que ça change vraiment quelque chose que Obama succède à Bush pour les Européens?

Edouard


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