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Le débat en direct: Obama serein face à une Hillary combativeThierry Arnaud le 27 Février 2008 à 08:40
"We do need a fighter in the White House". Hillary Clinton est venue au débat de Cleveland avec un message: la battante, c'est elle. Au bout de plus d'un heure et demie d'un débat très tendu, surtout au début, elle a marqué des points, mais avec une agressivité parfois un peu trop apparente. Obama n'a pas vacillé.
20h55 – Plus que cinq minutes avant un débat que Hillary Clinton n’a pas le droit de perdre – refrain connu, mais encore plus approprié ce soir que la semaine dernière.
La question sur laquelle disserte les commentateurs américains depuis une heure: quelle Hilary Clinton va apparaître ? Celle du « shame on you, Barack Obama » de samedi, très remontée ; la candidate « honorée » d’être aux cotés de son adversaire, jeudi au Texas ; ou bien une Hillary certes offensive, mais tout de même plutôt détendue et positive ? La campagne Obama a répondu à l’avance. Quand quelqu’un est acculé et jette tout ce qu’il peut à la tête de son adversaire, les Américains aiment à dire qu’il jette « l’évier de la cuisine », le « kitchen sink ». Et en début de soirée, David Plouffe, l’un de ses dirigeants de la campagne Obama a expédié un mail intitulé « here comes the kitchen sink ». Voyons s’il a vu juste. 21h05 – Cleveland est sous la neige (et New York sur la pluie). C’est parti. Un clip-montage de Hillary, qui passe du « honorée » à « shame on you ». Alors ? « Nous avons des différences, » dit-elle, et accuse Obama d’avoir eu des recours à des tactiques « très dérangeantes » en distribuant des tracts sur sa campagne qu’elle juge « false, misleading and discredited information ». Ca commence fort. Et la photo d’Obama en turban, elle vient d’où ? « Pour autant que je sache, elle ne vient pas » de ma campagne, dit-elle. Si c’est le cas, le coupable sera remercié, dit-elle. Si elle le dit, je la crois, répond Obama.
On passe à la santé (voir la vidéo ci-dessus). « Nos plans sont les mêmes à 95%, » dit Barack Obama. Le plan de Hillary est « bon ». Pour le reste, il y a des différences, et Obama dit attaquer comme il a lui-même été attaqué depuis le début de la campagne.
Hillary repart à l’attaque ; le mailing d’Obama « aurait pu être écrit pas les compagnies d’assurance ou les républicains ». Le regard est dur, le ton clairement irrité. 21h16 – La santé toujours. Le cœur du débat : peut-on mettre en place une couverture universelle sans imposer aux Américains de souscrire à une assurance ? Hillary pense que non, Obama pense que oui (mais propose toute de même une assurance santé obligatoire aux enfants). Pour Obama, le plan Clinton n’est pas financé. Pour Clinton, le plan Obama laisse au moins quinze millions d’Américains sur le carreau. On ne tranchera pas sur le fond ce soir. Au total, c’est un match nul. Mais, clairement, on ne se fait pas de cadeaux. 21h20 – Un autre sujet qui fâche : le traité de libre échange nord-américain (Alena, Nafta en anglais) mis en place sous la présidence de… Bill Clinton et accusé d’avoir favorisé les délocalisations. « Pourquoi est-ce toujours à moi de répondre en premier ? » proteste Hillary. Elle est pour une suspension de l’accord pour le réformer, elle dénonce les attaques « erronées » d’Obama. Obama : « Il n’est pas juste de dire qu’elle a toujours été contre l’Alena. » il enchaîne sur les ravages des délocalisations dans l’Illinois dont il est élu. 21h25 Tim Russert de NBC énumère les citations de Hillary où elle se déclarait… favorable à l’Alena. Il enfonce le clou. « The record is very clear, » dit-il. Hillary : « Nous dirons au Mexique et au Canada que nous sortirons de l’Alena sauf s’il est renégocié. » Pas un sourire depuis le début. 21h30 Au tour d’Obama. Il a été au mieux « ambivalent » sur l’Alena, dit Tim Russert. Pas d’ambivalence, dit-il, il est contre l’Alena. Et il veut renégocier comme Hillary. (voir la vidéo ci-dessous)
21h35 – Hillary Clinton peut-elle créer cinq millions d’emplois en dix ans comme elle l’a promis ? Elle avait promis la création de 200 000 emplois dans le nord de l’Etat de New York pendant sa campagne pour le Sénat et les emplois nets ont diminué, relève Tim Russert. « Je pensais qu’Al Gore serait président des Etats-Unis, » répond-elle. Et rappelle que 22,7 millions d’emplois ont été créées pendant les huit années de présidence Clinton. Elle s’en est bien tirée.
21h40 – Les attaques de Hillary sur l’inexpérience de Barack Obama en matière de politique étrangère ? « Elle confond l’expérience et la longévité à Washington, » juge le sénateur de l’Illinois. Il rappelle qu’il est contre la guerre en Irak depuis le début, réclame un, changement de cap vis-à-vis du Pakistan. « Sur les sujets critiques, mon jugement a été le bon ». Hillary : Certes, il a fait un discours en 2002 contre la guerre en Irak. « Mais depuis que nous sommes au Sénat tous les deux, nous votons pareil sur l’Irak ». « L’été dernier, il a proposé en gros de bombarder le Pakistan, ce qui n’était pas très sage. » Obama: Elle a soutenu Bush sur l’Irak. « Je n’ai jamais dit qu’il fallait bombarder le Pakistan, mais aller chercher les terroristes si on avait les renseignements qui le permettaient ». 21h45 Partir d’Irak ? Obama : « we will be as careful getting out as we were careless getting in. » Clinton: “Il n’y a pas de solution militaire américaine”. Elle détaille ses propositions de retrait. Une flèche pour Obama : il dirige une sous-commission parlementaire qui supervise l’Otan, il n’a pas tenu une seule audience pour voir comment l’Organisation pourrait renforcer la sécurité de l’Afghanistan dont « il parle tout le temps ». 21h50 - Hillary bataille pour reprendre la parole… mais Brian Williams parvient à placer sa pause de pub. « Dehors, il neige, mais ici, c’est chaud ! » dit-il… 21h55 – Nouveau clip : Hillary se moque du message messianique de Barack Obama. « Elle a fait preuve d’humour, » sourit-il. « Je comprends bien, » dit-il, « les discours contre les solutions, les paroles contre les actions ». Il énumère ce qu’il a fait : « Parlez aux blessés de (l’hôpital militaire) de Walter Reed qui ne paient plus leurs communications téléphoniques ou leurs repas parce que j’ai changé la loi ». « Les paroles, les discours, ça ne m’intéresse pas. » Si c’était seulement pour cela, « je ne serai pas candidat ». Hillary : il ne suffit pas d’espérer le changement. Il faut être un « fighter ». Au passage, elle glisse qu’Obama a voté en faveur de la loi Cheney pour l’énergie.. 22h00 – Clip d’Obama : si Hillary Clinton se présente comme la « co-présidente » de son mari, elle doit répondre de tout son bilan, y compris ... l’Alena. Quand Hillary Clinton a voulu réformer la santé en 93, « elle s’est battue avec tout le monde, y compris son propre parti ». C’est pour cela qu’elle a échoué, dit-elle. « On ne peut pas dire qu’on se bat contre les lobbies et prendre des millions de dollars de contribution. » Une petit pique au passage : il rappelle que dans un débat précédent, elle avait voté pour une loi sur les faillites, mais s'était dite "heureuse qu'elle ne soit pas passée". 22h05 – Question sensible pour Obama : renie-t-il sa promesse de se contenter d’un financement public s’il est le candidat démocrate ? Il rencontrera John McCain pour s’assurer que les règles sont « justes », qui « marche pour tout le monde ». Au tour de Hillary : pourquoi ne publie-t-elle pas sa feuille d’impôts ? « Je la publierai, quand je serai la candidate (du parti démocrate) ou même avant ». D’ici les élections de mardi ? « Je ne suis pas sure d’y arriver ». Pourquoi ne publie-t-elle pas son agenda de first lady si cela fait partie de son expérience ? « J’ai demandé que ce soit aussi rapide que possible ». 22h10 – Obama accepte-t-il le soutien de Louis Farrakhan et la Nation de l’Islam ? « J’ai été très clair dans ma dénonciation de son antisémitisme ». Et son pasteur, celui qui a inspiré le titre de son livre « the Audacity of Hope », et pour qui Farrakhan est l’ « épitome de la grandeur » ? Comment peut-il revendiquer le soutien de la communauté juive ? Obama répète la fermeté de sa dénonciation de l’anti-sémitisme. « J’ai été un ami fidèle d’Israël. Sa sécurité est sacrosainte ». Hillary reprend la parole : « Il faut aller encore plus loin, pas seulement dénoncer mais rejeter ». Obama sourit : « Je ne suis sûr pas de voir la différence, mais si le sénateur Clinton juge que le mot rejet est plus fort que le mot dénonciation, je rejette et je dénonce. » Quelques rires dans l’assistance. Les premiers. Pub. (voir la vidéo ci-dessous)
22h20 – Le « voting record ». Au Congrès, Barack Obama a voté plus à gauche que Ted Kennedy. Peut-il être élu avec un bilan pareil ? Obama se moque de la méthodologie : on catalogue comme « de gauche » son appel à la mise en place d’un « bureau de l’éthique » pour surveiller les enquêtes du Sénat. Oublions les vieilles étiquettes, attaquons nous au problème des gens.
22h25 – La succession en Russie. « Une façon maline mais transparente pour Poutine de s’accrocher au pouvoir, » dit Hillary, qui dénonce au passage l’incohérence de la diplomatie Bush. « En tant que président, je n’aurai aucun doute que les décisions seront prises par Poutine ». Solide, mais malheureusement, Tim Russert la piège : elle ne se rappelle plus du nom de Medvedev. 22h27 – Dernière question : y a-t-il un vote, une position qu’ils regrettent ? Hillary regrette d’avoir autorisé la guerre en Irak. « C’était un vote sincère mais je ne le referais pas" ; "en tant que présidente, je ne nous aurais jamais emmené en Irak. " Obama regrette de ne pas s'être opposé à une interruption de séance, lors de sa première année au Sénat, qui a ouvert la voie à l'intervention du Congrès dans une affaire d'euthanasie, celle de Terry Schiavo.
22h35 – Ooops… Voilà la vraie dernière question. A quelle question fondamentale l’autre doit-il répondre ? (voir la vidéo ci-dessus)
Obama se contente de complimenter Hillary. « She would be a worthy nominee, but I would be better » ; Elle serait un meilleur président que John McCain. « elle a fait une campagne magnifique, » dit-il. « Elle est un serviteur exceptionnel du public et je suis fier d’avoir fait campagne avec elle. » Clinton : « Cela a été un honneur » de faire campagne contre Obama, mais la chaleur et la poignée de mains du dernier débat sont oubliées. « J’entends faire tout ce que je peux pour gagner, » dit-elle. « Une première femme président soulèverait un énorme espoir». Elle conclut : « La question que je pose, c’est qui peut vraiment changer le pays ». Et le petit refrain sur « mon expérience de 35 ans. » Dernier argument: “ We do need a fighter in the White House. » C’est ça qu’elle a voulu montré ce soir, qu’elle était une battante; très rugueuse au début, moins à la fin. Assez pour combler son retard ?
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