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Le fait marquant

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Rédigé par Thierry Arnaud le 22 Février 2008 à 08:37

Il aura fallu attendre les toutes dernières minutes. Mais enfin, les mots ont sonné juste et l'émotion aussi. Ce fut le grand moment du débat entre candidats démocrates hier sur CNN, et il appartient à Hillary. Mais il ne lui donne pas la victoire dont elle avait besoin. Pour la première fois sans doute, Hillary Clinton a laissé entrevoir qu'elle n'était pas prête à tout pour gagner et qu'elle saurait, le cas échéant, se retirer avec grâce. Un article de Thierry Arnaud, le correspondant de BFM Radio et BFM TV à New York.

19h30 – L'enjeu du débat de ce soir est simple : Hillary Clinton est au pied du mur. Elle doit absolument enrayer la dynamique qui est entrain de porter Barack Obama vers l'investiture démocrate.
Comment ? Pas facile. Ses conseillers eux-mêmes ont abordé l'échéance divisés en deux camps, racontait jeudi matin le New York Times. D'un coté, les partisans d'une ligne dure, d'une stratégie très offensive ; de l'autre ceux qui redoutent l'effet boomerang d'une telle agressivité. Un autre papier m'a frappé ce matin : une tribune d'un professeur de Brown University dans le Financial Times qui appelle Hillary Clinton à se retirer pour le bien de son parti. L'appel n'a bien sûr aucune chance d'être entendu. Mais il donne assez bonne une idée du climat dans lequel le débat va s'ouvrir et de la pression sur les épaules de Hillary.

19h45 – Hillary arrive, accompagnée de Chelsea. En toute logique, la ligne dure devrait l'emporter. La candidate n'a plus grand-chose à perdre et de moins en moins de temps devant elle. A moins d'une large victoire dans le Texas et l'Ohio le 4 mars, c'est fini pour elle.
Sur le fond, on sait à quoi s'attendre de sa part. Obama n'a pas la carrure d'un président. Au-delà d'un incontestable talent d'orateur, c'est un candidat inexpérimenté et naïf qui porte un projet tout à la fois creux et flou. Cet angle d'attaque présente deux inconvénients. Un, c'est le même depuis le début, il n'a pas fait la différence jusqu'ici, on ne voit pas vraiment pourquoi il la ferait davantage ce soir. Deux, il est tout ce qu'il y a de plus prévisible. Barack Obama aura eu tout loisir de préparer sa réplique – et sa contre-attaque.
Va-t-elle remettre sur le tapis l'affaire du « plagiat » - les quelques lignes empruntées par Barack Obama au gouverneur du Massachussetts Deval Patrick sur le thème « just words » ? Son refus de confirmer son engagement à se contenter d'un financement public si c'est lui le candidat démocrate ? Possible.

19h57 – Barack arrive tranquillement trois minutes avant l'heure H. A priori, c'est moins compliqué pour lui. Pas de gaffe. Pas de dérapage. Un match nul lui suffirait. Elle a besoin d'une victoire, décisive si possible.

20h – C'est parti ! Quelques photos, on s'installe. Hillary démarre son offensive de séduction du Texas, raconte ses débuts il y a 36 ans, ses rencontres avec des grandes figures politiques de l'Etat. Première salve : « for me, politics is about making real differences in people's lives ». Des vraies différences. Suivez son regards vers son voisin de droite…

20h09 – Obama démarre sur une note galante. Il est « honoré » d'être là avec Hillary. Il répète comme au débat précédent : « nous étions amis avant, nous serons amis après ». Il joue l'unité. C'est malin. C'est elle qui risque d'apparaître comme celle qui divise. Il raconte ses rencontres avec des gens qui souffrent. Message : oui, il est au contact de la réalité.

20h13 – Première question : après le départ de Fidel, sont-ils prêt à discuter avec Raul Castro ? Hillary est prête à travailler avec un gouvernement cubain « qui démontre vraiment qu'il est prêt à changer de direction ». Pas de rencontre sans des preuves concrètes de démocratisation. Obama : pas de précondition, « Il est important pour les Etats-Unis de ne pas parler seulement avec ses amis, mais aussi avec ses ennemis. » Mais il faut que la rencontre soit "préparée". Il nuance sa position et la rapproche de Hillary.
Ils sont d'accord sur l'essentiel : la nécessité de rompre avec la diplomatie des années Bush. Hillary Clinton évoque l'arrogance du président actuel. Obama estime que les dégâts sont tels que son successeur devra faire un effort particulier pour tendre la main.

20h22 – Quelles sont leurs différences en matières d'économie ? Barack Obama : « Nous sommes d'accord sur de nombreux sujets ». Elle acquiesce. Manifestement, la ligne dure n'est pas celle qu'elle a choisie.

20h30 – On passe à l'immigration, un sujet particulièrement important au Texas. La discussion demeure consensuelle et extrêmement courtoise. Obama « La sénatrice Clinton et moi… » Elle opine de nouveau. Il apparait de plus en plus clairement qu'elle ne va pas chercher la bagarre. Mais cela ne revient-il pas implicitement à concéder la défaite?

20h50 – John King, le journaliste de CNN, met enfin les pieds dans le plat. Obama, rien que des discours, demande-t-il à Hillary Clinton. « Le sénateur Obama et moi avons beaucoup en commun… ». On en est presque à se pincer pour y croire.

20h52 - Ca y est, le ton change. Hillary raconte avoir vu un débat télévisé dans lequel on demandait à un supporter de Barack Obama de citer l'une de ses réussites. « Il n'a rien trouvé ! » Pour faire bonne mesure: « L'action parle plus fort que les mots. » Obama répond. Il rappelle la petite phrase que Hillary a repris souvent ces derniers jours à propos de sa campagne « Let's get real ». Ce qui implique, dit-il en souriant, que les millions de gens qui me soutiennent sont des illuminés (« delusional »). Et les journaux qui le soutiennent, y compris tous les grands journaux du Texas ? Un point pour lui.

20h57 – La question sur l'affaire du plagiat. Barack Obama reconnait avoir emprunté à la rhétorique du gouverneur du Massachussetts. « C'est l'un des co-présidents de ma campagne. Il m'y a encouragé ». Où est le problème ? « This is where we start getting into silly season in politics, and I think people are discouraged”. Réponse de Hillary : “I think that if your candidacy is going to be about words, then they should be your own words. Lifting whole passages from someone else's speeches is not change you can believe in; it's change you can Xerox.” Pas un changement auquel on peut croire, un changement que l'on peut photocopier. Cela sent sa petite phrase laborieusement préparée à l'avance que Hillary ne semble d'ailleurs pas particulièrement fière de sortir. Huées dans la salle. Pas un grand moment pour la sénatrice de New York.

21h00 – Mais Hillary Clinton bifurque sur un sujet crucial, la réforme de la santé. Ils sont d'accord sur l'essentiel, mais diffèrent sur quelques modalités. Hillary veut imposer une assurance obligatoire pour tous. Barack Obama veut laisser le choix aux adultes. Elle affirme que 15 millions d'Américains seraient exclus de son plan. Il réfute. Le débat est intense et dure une dizaine de minutes. Personne n'a vraiment le dernier mot. Hillary Clinton n'a pas omis de faire référence à une « excellente proposition de John Edwards », dont les deux candidats recherchent toujours très activement le soutien.

21h15 - Une question clé pour Hillary: Barack Obama n'est-il pas prêt à être « commander in chief », patron de la plus puissante armée au monde ? Elle se garde bien d'y répondre directement. Elle invoque son expérience, les événement de la semaine (Pakistan, Kosovo, Cuba) pour démontrer l'ampleur de la tâche qui attend le successeur de George Bush.

21h18 - « Je ne serai pas candidat si je ne pensais pas que je suis prêt à être commandant en chef ». C'est clair, direct, et Obama est amplement applaudi. Il enchaîne sur l'Irak : « J'ai montré que j'avais le jugement d'un commandant en chef. La sénatrice Clinton (qui a voté en faveur de la guerre) a eu tort ». Il n'a jamais semblé aussi en confiance sur ces sujets délicats pour lui. L'Amérique dépense tellement en Irak qu'elle passe à côté du reste du monde, explique-t-il. 2,7 milliards de dollars d'aide par an pour l'Amérique latine ? « Ce qu'on dépense en Irak chaque semaine ». Résultat ? L'émergence d'un Hugo Chavez ou un boulevard ouvert à la Chine sur ce continent stratégique pour les Etats-Unis.

21h35 – La cuisine du parti démocrate : les superdélégués vont-ils choisir le candidats ? « Pas un sujet qui me préoccupe, » dit Hillary. « Le parti sera uni et nous irons à la victoire ». Pour Barack Obama, c'est celui qui a le plus grand nombre de votes qui doit gagner.

21h38 – Dernière question : Quel est le moment de leur vie qui les a le plus mis à l'épreuve ? Barack Obama évoque « la trajectoire de sa vie ». Elevé par une mère célibataire puis ses grands parents, les rues de Chicago où il a travaillé pour une ONG au service des plus défavorisés. « C'est pour cela que je peux rassembler les gens et c'est pour cela que je suis déterminé à donner au peuple américain un gouvernement à la hauteur de leur intégrité et de leur générosité ». Très applaudi, pas facile à suivre.

Hillary: “Eh bien, tout le monde sait que j'ai traversé des crises et des moments… difficiles”. Bill et Monica. La salle rit de l'euphémisme et applaudi le courage. Elle raconte sa visite récente dans un hôpital militaire du Texas, pour son inauguration. Le défilé des blessés. “And the speaker representing these wounded warriors had had most of his face disfigured by the results of fire from a roadside bomb.” Ce qu'elle a vécu, dit-elle, n'est rien par rapport à la souffrance qu'elle rencontre quotidiennement. « That's what gets me up in the morning. That's what motivates me in this campaign.” Elle se tourne vers Barack Obama. “Je suis honorée, honorée d'être ici avec Barack Obama. Absolument honorée.” Elle lui tend la main. Il la prend chaleureusement. “Quoiqu'il arrive, nous nous en tirerons très bien. J'espère simplement que l'on pourra en dire autant du people américain, c'est cela qui compte dans cette élection.”

Les mots ont sonné juste et l'émotion aussi. C'est le grand moment du débat, et il appartient à Hillary. Mais il ne lui donne pas la victoire dont elle avait besoin. Pour la première fois, Hillary Clinton a laissé entrevoir qu'elle n'était pas prête à tout pour gagner et qu'elle saurait, le cas échéant, se retirer avec grâce.





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