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La relance économique selon Obama

Sylvie Matelly le 13 Janvier 2009 à 20:08

Par Sylvie Matelly, directrice de recherche à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS). Barack Obama l’a annoncé hier sans surprise : il va dès sa prise de fonction s’attacher à relancer l’économie américaine. Il demande d’ailleurs au Congrès de lui présenter très rapidement un plan de relance qui pourrait dépasser les 700 milliards de dollars. Que penser de cette démarche ? De ce plan ?



La relance économique selon Obama
La démarche est intéressante, elle confirme le volontarisme du nouveau président et l’activisme de son équipe depuis l’élection et avant la prise de fonction. Les priorités annoncées correspondent assez bien aux promesses de campagne : amélioration de l’assurance maladie, baisse des impôts pour les classes moyennes ou populaires et investissements dans les énergies renouvelables et l’environnement. De ce point de vue, les électeurs de monsieur Obama ne devraient pas être déçus.

Plusieurs questions sont néanmoins posées par ce plan économique. La première d’entre elles concerne le déficit public. Il pourrait en effet, si ce plan est mis en œuvre, dépasser le chiffre symbolique des 10% du déficit public. Sans jouer les rabats-joie, un tel déficit constitue en tant que tel un vrai pari sur l’avenir (rappelons que le plan de relance de Reagan au début des années 1980 prévoyait un déficit de 6% du PIB américain et que le Président avait payé politiquement assez cher une telle audace à mi-parcours, même si les résultats économiques furent finalement considérés comme plutôt positifs, l’économie américaine renouant avec la croissance économique). Dans le cas présent, un tel choix pourrait durablement pénaliser une économie américaine, déjà malade de son surendettement généralisé, surtout si ce plan ne parvenait pas à accroître notablement le taux de croissance du pays.

La deuxième question concerne donc, en toute logique, son efficacité. La réponse est délicate. On voudrait y croire et penser que les investissements qui seront consentis pour moderniser les infrastructures, améliorer l’efficacité énergétique de l’économie américaine (ouf ! Il était temps) ou les services publics, auront un impact comparable sur la croissance économique que les politiques menées en leur temps, soit par Ronald Reagan, soit par Bill Clinton. On peut en douter car dans les deux cas précédents, il s’agissait pour une grande part, d’investissements dans de nouvelles technologies, en particulier de l’information et de la communication, qui visaient de nouvelles productions et donc, de nouvelles consommations… Est-ce que ce sera le cas des investissements annoncés par le nouveau président ? Parallèlement, les dépenses de ce plan (réduction d’impôts par exemple) entraîneront-elles une relance de la consommation ? On peut également en douter. Les classes moyennes sont en effet aujourd’hui confrontées à un endettement galopant. Nul doute donc qu’une partie des baisses d’impôts soit de facto déjà dépensée et n’offrira qu’un peu de répit à ces consommateurs durement touchés par la crise de l’immobilier et la crise économique…

Une autre question enfin concerne le financement d’un tel plan. Il devient de plus en plus difficile pour les Etats de trouver aujourd’hui des financements à cause de la crise financière certes, mais aussi parce que les politiques économiques, tant monétaires que financières, ne parviennent plus à convaincre de leur efficacité pour juguler la crise et certains commencent à douter de l’intérêt de ces déficits croissants, voire à s’inquiéter des risques qu’ils présentent…

Et pourtant, nul doute que Barack Obama n’a pas le choix et qu’il ne pouvait ni agir autrement, ni, eu égard à ses promesses de campagne, proposer un autre plan. Les dix dernières années ont fortement accru les inégalités aux Etats-Unis et, au-delà de la crise économique, la question sociale est devenue un enjeu majeur et probablement le challenge des « années Obama ». Sur un plan plus économique toutefois, un tel constat d’impuissance est inquiétant. Il signifie que les politiques économiques sont aujourd’hui dans une impasse et qu’il est donc indispensable d’inventer de nouveaux instruments d’intervention publique. Une nouvelle révolution keynésienne est donc nécessaire mais dans un monde aujourd’hui global, elle devra être plus internationale, mieux coordonnée qu’elle ne l’était dans les années 30… Espérons que les Européens, qui semblent être les seuls à avoir pris la mesure de cela, sauront convaincre le nouveau président et leurs autres partenaires. Déjà en 1944, le plan « international » à Bretton Woods était européen puisque défendu par un certain John Maynard Keynes. Il ne fut pas retenu!

Retrouvez l'IRIS sur son site Internet : www.iris-france.org
Article reproduit dans le cadre du partenariat entre l'IRIS et Ilovepolitics.info - Tous droits réservés



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