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John McCain est-il le candidat de la politique étrangère ?

Par Barthélémy Courmont, chercheur à l'IRIS, en partenariat avec contre-feux.com. Si Barack Obama est souvent perçu comme bénéficiant d’un avantage sur le terrain de l’économie, John McCain est présenté comme un meilleur candidat en matière de politique étrangère. A tort ou à raison ? Eléments de réponse.



johnmccain.com
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Les deux candidats à l’élection présidentielle américaine sont atypiques, et l’un comme l’autre ne manquent pas d’arguments de poids. Mais souvent sur des questions distinctes. Si Barack Obama est ainsi souvent perçu comme bénéficiant d’un avantage sur le terrain de l’économie, John McCain est présenté comme un meilleur candidat en matière de politique étrangère. A tort ou à raison, seul l’avenir le dira. McCain a en tout cas compris que c’est sur la politique étrangère qu’il bénéficie d’un avantage sur Obama, et qu’il a tout intérêt à mettre l’accent sur les différences entre les deux candidats. Ses critiques sur l’isolationnisme de son adversaire, dans un discours prononcé au Canada, et ses piques sur la naïveté d’Obama sur l’Irak ou la relation avec les Etats voyous, à l’instar d’Hillary Clinton lors des Primaires démocrates, sont révélatrices de sa confiance sur ce terrain.

Le poids de l’expérience et du prestige
Plus que son âge (qui pourrait être un handicap), c’est l’expérience qui distingue John McCain de son adversaire. Ses actions au sénat, un engagement politique de trente ans et des soutiens de figures importantes de la politique étrangère américaine sont des avantages de poids. A cela vient s’ajouter une reconnaissance à l’extérieur. Il fait par ailleurs preuve d’un pragmatisme en matière de politique étrangère (au risque de s’aliéner le soutien des néoconservateurs) qui n’est plus à démontrer, et que sa campagne ne fait pour le moment que confirmer. Il se distingue en cela nettement de l’administration sortante, et ce n’est pas un hasard. Il sait en effet que le bilan de politique étrangère des années Bush est globalement négatif, et plutôt que de chercher à ignorer ces questions, il a choisi de les aborder de front, se démarquant du président sortant, mais réaffirmant dans le même temps son désir de voir les Etats-Unis continuer à jouer un rôle de premier plan sur la scène internationale. John McCain bénéficie par ailleurs d’un important prestige dû à son profil de héros militaire. Sans doute l’un des plus grands héros américains des dernières décennies. Son expérience au Vietnam et son engagement politique jouent ainsi en sa faveur.

Le premier président expert en politique étrangère depuis George Bush père ?
George Bush père pouvait se targuer, lors de sa prise de fonction, d’une expérience hors du commun en matière de politique étrangère (vice-président pendant huit ans, ancien directeur de la CIA, ancien ambassadeur à l’ONU, en poste à Pékin…). A l’inverse, ses deux successeurs, Bill Clinton et George W. Bush n’avaient aucune expérience des dossiers de politique étrangère lorsqu’ils accédèrent à la fonction suprême. Ce n’est qu’une fois installés dans le Bureau Ovale qu’ils ont endossé le costume de commandant en chef de la première puissance mondiale, et imposé leur vision de la politique étrangère. John McCain n’a pas l’expérience de George H. Bush, mais il serait, en cas de succès, le président américain le mieux affûté lors de sa prise de fonction sur ces questions sensibles depuis Bush père ce qui, dans une période particulièrement difficile pour Washington à l’extérieur, avec des dossiers sensibles en nombre, pourrait s’avérer être un avantage de poids, qu’il mettra certainement en avant lors des débats télévisés avec son adversaire à l’automne prochain. Avec, souhaitons-lui, plus de succès que Bush face à Clinton en 1992 ! En d’autres termes, John McCain a tout intérêt à faire de la politique étrangère une question centrale pour cette élection. Un pari risqué, quand on sait que les Américains sont traditionnellement plus préoccupés par les questions internes, mais un pari qui a fait mouche lors des primaires.

Le pari irakien
McCain doit aussi son avantage sur son adversaire en matière de politique étrangère au pari presque insensé qu’il a fait sur l’Irak, dès le début des Primaires républicaines. A contre-courant de l’opinion publique, et de manière plus courageuse que ses adversaires républicains, il fit de la guerre en Irak l’un des principaux points de sa campagne, en promettant une victoire au cas où il accèderait à la Maison-Blanche. Le sénateur de l’Arizona a compris que si les Américains souhaitent un retrait rapide d’Irak, ils craignent la défaite, et à l’inverse de ses adversaires, force est de constater que McCain dispose d’un véritable plan : un retrait progressif, mais pas précipité, et une intensification de la lutte contre les rebelles afin de favoriser un transfert de responsabilités en direction des Irakiens. Force est de constater que son pari s’est avéré payant, et que l’amélioration, certes encore précaire, de la situation en Irak lui est pour le moment favorable. Obama l’a compris, et après avoir fustigé McCain sur sa politique irakienne, se montre désormais plus mesuré, et admet qu’un retrait top rapide ne serait pas forcément la meilleure option.

Les atouts de Barack Obama
Face à McCain, il serait erroné de voir en Barack Obama un mauvais candidat sur les questions de politique étrangère. En réponse à l’expérience de son adversaire, Obama oppose une vision de la place de l’Amérique dans le monde, autour de la nécessité d’améliorer l’image de Washington à l’extérieur. Un objectif que ne renie pas McCain, mais sur lequel le jeune sénateur de l’Illinois se montre mieux placé. En témoigne son immense popularité hors des Etats-Unis. Et sur des dossiers sensibles comme l’Iran, le Moyen-Orient ou la relation avec Cuba, Obama se montre lui-aussi pragmatique. La stratégie du candidat démocrate semble finalement assez simple : ne pas trop se distancer de McCain sur la politique étrangère, afin de pouvoir porter l’attention sur les divergences en matière de politique économique.

En partenariat avec contre-feux.com



Rédigé par Barthélémy Courmont le Vendredi 27 Juin 2008

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