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Par Charlotte Lepri, chercheuse à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Depuis plusieurs jours aux Etats-Unis, une question est omniprésente : quand Hillary Clinton va-t-elle enfin admettre sa défaite et mettre fin à ces interminables primaires démocrates ?
Depuis plusieurs semaines déjà, le vent semble plus favorable à son concurrent Barack Obama, qui a réellement su créer la surprise en devenant rapidement un candidat crédible à la présidence des Etats-Unis face à une Hillary Clinton qui s’y préparait depuis plusieurs années et qui partait largement favorite. Aujourd’hui, peu nombreux sont ceux qui imaginent encore qu’Hillary puisse s’imposer dans la course à l’investiture démocrate.
Retour sur l’occasion manquée. Accéder à la présidence des Etats-Unis est une ambition de longue date chez Hillary Clinton. Lorsque son mari devint Président, elle voulut s’investir activement au point de faire de l’ombre au Vice-Président, Al Gore. Toutefois, son échec de réforme du système de santé l’a conduite à plus de mesure dans son rôle de Première Dame. Sa candidature pour le Sénat dans l’Etat de New York fut une première étape pour s’imposer personnellement et se faire un « prénom » en politique. Ses deux mandats de sénatrice de l’Etat de New York, sa présence sur de nombreux dossiers importants (santé, éducation, puis plus tard, lorsque ses ambitions se feront de plus en plus présentes, environnement, défense et sécurité nationale), et son investissement personnel lui ont permis de devenir une personnalité incontournable du parti Démocrate ces dernières années. La méthode d’Hillary est la même depuis des années : faire en sorte que sa candidature à la présidence des Etats-Unis, comme celle au Sénat auparavant, apparaisse comme une évidence aux yeux du parti, et des Américains. Forte de son charisme, de son expérience, de sa capacité à lever des fonds et de son travail acharné, elle a su séduire les membres les plus influents du parti démocrate et se forger un réseau indispensable pour mener campagne. De fait, lorsqu’elle se lança dans la course à l’investiture, Hillary considérait comme pratiquement acquise sa nomination comme candidate du parti démocrate. Elle avait d’ailleurs un nombre incroyable d’avantages dans cette course : elle était déjà connue du grand public, avait occupé des fonctions importantes, avait la machine du parti démocrate derrière elle pour la soutenir et était très préparée. Mais ces avantages se sont peu à peu évanouis, avec la percée d’un Barack Obama peu connu du grand public mais terriblement efficace. Il a en effet réussi à soulever une véritable dynamique populaire autour de sa candidature. Hillary a certes commis des erreurs durant sa campagne, mais elle s’est surtout trouvée face à un adversaire remarquable. Jeune, métis, éloquent, charismatique, atypique, Barack Obama s’est immiscé dans une partie qui semblait jouée d’avance. Dès lors, Hillary a dû changer de tactique, revoir son plan de campagne, gauchisant son discours et se préparant à une campagne plus dure et plus agressive que prévue. Parmi les erreurs commises, Hillary Clinton a tout d’abord mal jaugé l’atmosphère de la campagne des Primaires. Selon un article du Time (1) , le thème majeur de la campagne a porté sur le changement, alors qu’Hillary Clinton a tout misé sur son expérience, son parcours à la Maison Blanche et son nom, au point d’apparaître comme une candidate « sortante » qui défendait un bilan. Ainsi, elle a dès le début de la campagne orienté son discours vers le centre, se positionnant pour l’élection générale de novembre. En outre, Hillary a mal géré son staff de campagne, favorisant des conseillers loyaux et fidèles, tels que Mark Penn ou Patti Solis Doyle, plutôt que de vrais stratèges. Les démissions successives dans l’équipe de campagne d’Hillary Clinton a mis en lumière une certaine fébrilité au fur et à mesure que Barack Obama gagnait du terrain. La percée de Barack Obama a elle-même était largement sous-estimée. Depuis le début, les membres de l’équipe de Clinton ont refusé de voir chez Obama autre chose qu’un engouement momentané. L’année 2008 devait être l’année d’Hillary. Elle s’y préparait depuis si longtemps que les victoires successives d’Obama ont été attribuées non pas à son mérite mais à son métissage (2) ou à la bienveillance des médias à son égard. C’est pourquoi Hillary n’a pris en considération la possible longueur de la campagne que très (trop ?) tardivement : elle pensait mettre très vite Obama hors jeu. Face à la persistance du phénomène Obama, l’équipe de Clinton s’est montrée plus agressive, cherchant à lancer de nombreuses polémiques sur le sénateur de l’Illinois telles que la question raciale, la polémique autour du Pasteur Wright, les dénonciations de plagiat, ainsi que les critiques répétées sur le manque expérience et l’élitisme d’Obama. Au final, Barack Obama a plutôt bien résisté aux nombreuses charges contre lui, ce qui mit en valeur sa capacité à dépasser les polémiques. Au niveau financier, Hillary Clinton s’est largement appuyée sur la vieille méthode de collecte de fonds. L’argent étant le nerf de la guerre, Hillary a depuis au moins deux ans démarré son opération de collecte de fonds, organisant de nombreux dîners restreints avec les contributeurs les plus généreux du parti démocrate. Elle a favorisé les gros contributeurs (limités à 2300$) mais a oublié de financer sa campagne par le biais d’Internet, comme l’a fait Barack Obama, qui s’est retrouvé avec un véritable trésor de guerre grâce aux nombreuses petites donations de la part de particuliers. En outre, sa stratégie de collecte de fonds a été en parfait décalage avec l’atmosphère de la campagne, puisque Hillary, n’ayant pas anticipé la lutte acharnée avec son concurrent, avait choisi de privilégier des collectes de fonds pour l’élection générale. Enfin, la personnalité même d’Hillary Clinton est devenu un obstacle dans la campagne : ce qu’Hillary redoute par dessus tout, c’est d’être perçue comme une « girouette ». « Elle ne veut rien faire ou dire qui puisse aller à l’encontre de l’idée qu’elle est sans faiblesse, et qu’elle agit toujours par conviction » (3) . Refusant de reconnaître ses erreurs pour ne pas donner une impression de faiblesse et de manque de détermination dont pourraient rapidement se servir ses adversaires, elle est passée maître dans la réécriture de sa propre histoire, comme en témoignent la justification de son vote pour la Guerre en Irak en 2002 ou de sa visite dans les Balkans lorsqu’elle était Première Dame. Une page reste encore à écrire dans ces fascinantes élections primaires : dans quelles conditions Hillary va-t-elle négocier son retrait de la course à l’investiture ? Plusieurs scénarios semblent aujourd’hui envisageables. Le plus souhaitable pour le camp démocrate serait qu’elle renonce rapidement à prolonger la campagne et se range derrière Barack Obama. Un tel scénario pourrait avoir lieu après les Primaires en Virginie occidentale, Etat dans lequel Hillary Clinton est en tête dans les sondages et a toutes les chances de l’emporter, ce qui lui permettrait de se retirer honorablement après une victoire. Un scénario plus problématique serait de voir Hillary continuer sa campagne tant qu’elle n’est pas sûre d’avoir perdu. Cela conduirait le camp démocrate à poursuivre la campagne jusqu’à la Convention nationale du parti en août prochain à Denver. Dans cette optique, Hillary pourrait continuer à faire pression pour que les primaires en Floride et au Michigan, Etats où elle a l’avantage, soit comptabilisées, et à mettre en avant le fait qu’elle est la meilleure chance pour le parti démocrate de battre John McCain en novembre. Un troisième scénario serait l’abandon d’Hillary faute d’argent. Elle est déjà en train de s’endetter personnellement pour continuer sa campagne. Un dernier scénario serait une fin de campagne programmée pour juin (échéance d’ailleurs fixée par Howard Dean, le Président du parti démocrate). Si Hillary a officiellement décidé de « rester jusqu’à ce qu’il y ait un nominé », le mouvement actuel des super-délégués vers Obama pourrait accélérer son retrait de la course. Une dernière question reste en suspens : Hillary Clinton sera-t-elle tenue comme responsable de l’échec des Démocrates si John McCain l’emporte en novembre prochain ? Notes : 1) Karen Tumulty, “The Five mistakes Clinton made”, Time, 8 mai 2008 2) Voir la polémique suite aux propos de Geraldine Ferraro, proche conseillère d’Hillary Clinton : " Si Obama était un blanc, il ne serait pas dans cette position ". 3) Interview d’un conseiller d’Hillary Clinton citée par Jeff Gerth et Don Van Natta, Hillary Clinton, Histoire d’une ambition, JC Lattès, p. 429. Retrouvez l'IRIS sur son site Internet : www.iris-france.org Article reproduit dans le cadre du partenariat entre l'IRIS et Ilovepolitics.info - Tous droits réservés |
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