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Analyses & Interviews

Hillary Clinton en démocrate sans faille

Catherine Durandin le 10 Juin 2008 à 09:30

Par Catherine Durandin, directrice de recherche à l'IRIS, en partenariat avec Contre-feux.com. Le 7 juin à Washington, Hillary Clinton s'est rallié à Obama lors d'un discours émouvant et magistral. Ce fut incontestablement un grand moment de la campagne. L'union du Parti démocrate ne fait plus aucun doute pour la dernière ligne droite. Des questions majeures restent malgré tout en suspens...



hillary rodham clinton, licence cc, flickr
hillary rodham clinton, licence cc, flickr
C’est à Washington dans la vaste et superbe salle du National Building Museum, le samedi 7 juin, qu’Hillary Clinton a déclaré avec une conviction militante son soutien à Barack Obama. Souvenirs, souvenirs : en 1992 et 1996, c’est dans cette salle d’Hillary avait valsé avec Bill pour célébrer ses deux élections. Elle s’est fait attendre dans une atmosphère survoltée. Elle a parlé 28 minutes, debout, vêtue de noir avec une touche lumineuse de vert turquoise, ovationnée à plusieurs reprises par la foule de ses supporters. Aucun trébuchement, une voix forte. Un discours construit en trois temps énoncé de manière à la fois émouvante et magistrale. Le parti démocrate a connu un grand moment. Il n’y a plus l’ombre d’un doute quant au message d’union de ses forces avec celles de son rival.

Hillary affirme en militante son plein soutien à Obama
Revenant sur son parcours à elle, dans un premier temps, Hillary pose le bilan de sa campagne et, longuement applaudie, reprend point par point, les objectifs de son programme : santé, éducation, service public, soins accordés aux vétérans, retrait d’Irak. Elle évoque quelques rencontres émouvantes avec des électeurs. Puis vient le nom de Obama : et là, l’appel à le rejoindre pour que l’Amérique se donne un président démocrate - il y en eut deux en 40 ans d’histoire - se fait convaincu et convaincant. Le parti démocrate, déclare-t-elle, est une famille, les chemins ont divergé mais la route est une. Il n’y a pas à regarder en arrière, à égrener des regrets, des "et si… ». Elle interroge : "Un africain-américain pourrait-il être notre président ? Avec le sénateur Obama, c’est oui". Cette déclaration est fortement applaudie. Hillary s’adresse enfin en dernier lieu à l’électorat féministe : "c’est remarquable qu’une femme ait été proche de la victoire dans la course à la présidence" … Elle affirme sa foi dans le progrès dont témoigne son propre parcours.

Un moment décisif de la campagne
Avec ce geste d’Hillary, le parti démocrate peut se trouver assuré de son unité pour les mois de campagne à venir jusqu’au 4 novembre prochain. Il unit, comme Hillary l’a démontré, les forces nouvelles du pays, et incarne tout naturellement le changement avec la promotion des femmes et celle des citoyens de couleur. Le message des "sixties" est entré dans le projet politique, au plus haut niveau.
La réconciliation entre Hillary et Barack est passée par une rencontre dans un espace privé, au logis de la sénateur démocrate Dianne Feinstein, vendredi 5 juin. A eux deux, les candidats démocrates ont remporté 36 millions de voix dans les Primaires. Certes, les démocrates ont été divisés durant ces derniers mois et les clivages de race, classe, sexe et génération se sont fait jour. Selon un sondage du 5 juin pour CNN, 60% des électeurs de Clinton voteraient pour Obama, 22% ne voteraient pas et 17% rejoindraient McCain. Il est probable que le discours du 7 juin va entraîner une évolution de la tendance, en faveur de Obama.

Les questions en suspens
Les analystes se sont largement penchés sur le catalogue des erreurs de campagne de Clinton : mensonge flagrant concernant des risques qu’elle aurait courus lors d’une visite en Bosnie en mars 1996, dérapage lorsqu’elle déclare prendre en compte dans ses calculs le risque d’assassinat d’Obama, rappelant le destin de Bob Kennedy en 1968, mégalomanie que certains journalistes se sont plus à caricaturer. Sans doute. Mais la prestation du 7 juin conduit à nuancer ce portrait : cette femme, rationnelle et froide, est capable de passion. C’est avant tout comme militante qu’elle s’est présentée, avançant ses quarante ans d’engagement politique, sans aucune coquetterie.

Reste un handicap : la présence de Bill Clinton. Debout dans la salle lors du discours du 7 juin, avec leur fille Chelsea, Bill incarnait l’image de la famille unie. Mais au-delà de cette image là à laquelle tient beaucoup Hillary, la figure forte mais très controversée de Bill Clinton pèse sur la carrière future de sa femme. Comment, par exemple, imaginer une vice présidence pour Hillary flanquée de Bill ? On pourrait avancer que la plus grave erreur d’Hillary a été de ne pas préciser clairement le rôle futur de Bill en cas de victoire ? Et lorsqu’elle mentait, se posant comme héroïne en Bosnie, tous se souvenaient du mensonge de Bill Clinton dans l’affaire Monica.

Au niveau électoral, Hillary a su s’attacher, lors des Primaires, les voix des états à majorité blanche, pauvre et peu éduquée. Tout comme le vote majoritaire des femmes et des hispaniques. Ce sont ces électeurs qu’Obama doit gagner : beaucoup va dépendre du choix du ou de la vice présidente. Et Hillary, en évoquant à haute voix ce risque d’attentat contre Obama que nombre d’américains redoutent en silence, a surligné la terrible importance du choix de vice présidence.

En partenariat avec contre-feux.com



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