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Hillary Clinton, c’est reparti !

Thierry Arnaud le 23 Avril 2008 à 07:30

La sénatrice de New York a relancé sa campagne avec une impressionnante victoire en Pennsylvanie. Elle emporte 55% des voix contre 45% pour Barack Obama. Récit de cette soirée décisive avec Thierry Arnaud, correspondant aux Etats-Unis de BFM et BFMTV.



source hillaryclinton.com
source hillaryclinton.com
20h – « Too close to call »
Les bureaux de vote viennent de fermer. Aucun des grands médias américains ne se risque à avancer le nom d’un vainqueur potentiel. « Too close too call » sur la base des sondages de sorties d’urnes.
Ce n’est – a priori – pas une bonne nouvelle pour Hillary Clinton. Les données du problème ont été ressassées depuis des jours. Barack Obama a gagné deux fois plus de primaires, il y environ 800 000 voix et 150 délégués d’avance. Il a aussi un compte en banque qui regorge de cash (Hillary est dans le rouge). Pour revenir à égalité d’ici la fin des primaires, Hillary Clinton devrait l’emporter avec au moins 65% dans toutes les primaires encore inscrites au calendrier jusqu’au 3 juin. Etant donné qu’elle n’a jamais réalisé un tel score (à l’exception de l’Arkansas, où Bill a été gouverneur), on ne voit pas comment elle pourrait y parvenir. L’enjeu, pour elle, est de commencer à se rapprocher d’Obama suffisamment à partir de ce soir pour convaincre un nombre suffisant de superdélégués de rallier sa cause. Avec 158 délégués, la Pennsylvanie est le plus gros morceau qui reste à prendre.
Il y a donc, en gros, trois scénarios ce soir. Un, Hillary perd et on ne voit pas comment elle pourrait se maintenir beaucoup plus longtemps. Deux, Hillary l’emporte assez largement – les commentateurs ont parlé ici d’un écart à deux chiffres, d’au moins 10% ; dans cette hypothèse, elle est remise en selle et Barack Obama est le grand perdant de la soirée. Dernière possibilité : une courte victoire pour Hillary Clinton. Dans ce cas, elle ne comble que très faiblement l’écart au niveau des délégués, attribués à la proportionnelle, mais elle n’en est pas moins victorieuse. Obama se dira satisfait et ne manquera pas de rappeler qu’il y a quelques semaines, il avait une vingtaine de points de retard dans les sondages. Mais, globalement, on ne sera pas beaucoup plus avancé.
Il n’y a plus qu’à attendre les chiffres – ce qui, semble-t-il, pourrait prendre un moment. Est-ce vraiment si serré ou les sondages de sorties d’urne ont –ils failli ?

20h40 – Sondages
Pendant ce temps-là, CNN nous distrait avec des sondages. Sans surprise, Obama est plus que jamais le candidat des jeunes (62% des 18-29) et Hillary celle des seniors (60% des plus de 65 ans). Elle a reçu les suffrages de 56% de ceux pour qui l’économie est le sujet numéro un – un chiffre encourageant pour elle – tandis que ceux qui se préoccupent surtout de l’Irak ont voté à 56% pour Barack Obama. Obama est considéré comme plus honnête et Hillary Clinton comme responsable des attaques les plus injustes.
Le plus important : Hillary Clinton décroche 55% des voix des hommes blancs, les trois quarts des votes des cols bleus syndiqués qui n’ont pas fait d’études supérieures. C’est le cœur de l’électorat démocrate et un très gros argument en faveur de Hillary Clinton.

20h44 – Hillary en tête
Les premiers chiffres. Hillary Clinton : 65%, Barack Obama 35%, mais sur moins de 1% des suffrages…

20h55 – Toujours devant
Hillary 55% sur 3% des votes, mais elle semble bien placée dans le comté de Philadelphie, ce qui est un très bon signe pour elle.

21h00 – La victoire pour Hillary
C’est fait. Associated Press et les grandes chaines de la télévision américaine donne la victoire à Hillary Clinton. Déjà, une certitude : la bataille démocrate continue. Toute la question maintenant est de savoir quelle sera la marge de la victoire. Plus elle est importante, plus ses arguments seront convaincants auprès des superdélégués – qui se retrouvent plus que jamais en situation de choisir le candidat.

21h25 – « Hillary Clinton a prouvé qu’elle peut l’emporter dans les Etats que les démocrates doivent gagner en novembre »
Terry McAuliffe, vieux complice des Clinton et président de la campagne de Hillary, martèle sur CNN les arguments qui vont être répété à l’envi dans les prochains jours. La sénatrice de New York a désormais emporté tous les grands états clés, à l’exception de l’Illinois, le fief d’Obama. Elle l’emporte en Pennsylvanie bien que Barack Obama y ait dépensé deux à trois fois plus qu’elle en publicité.
C’est la joie dans le camp de Hillary. Mais, à n’en pas douter, on se frotte aussi les mains chez les Républicains et dans l’entourage de John McCain : une campagne démocrate qui repart de plus belle après une primaire dont le favori sort affaibli, il n’aurait pas pu demander mieux.

22h15 – « Le destin de cette campagne est entre vos mains »
Hillary Clinton prend la parole. Emue et radieuse à la fois. Bill est là, ce qui est plutôt rare en ce genre d’occasion, Chelsea aussi, ainsi que la mère de la candidate. Mission accomplie en Pennsylvanie (le soutien très actif du gouverneur de Pennsylvanie Ed Rendell et du maire de Philadelphie, venus ce soir chauffer la salle avant le discours de Hillary, n’y est pas pour rien). La campagne continue. « C’est un long chemin jusqu’au 1600 Pennsylvania Avenue (l’adresse de la Maison Blanche), » dit-elle. Elle reprend son refrain connu : il y a deux guerres, une économie en crise, il faut un président qui soit prêt « on day one ». « Je vous remercie d’avoir décidé que je peux être ce président ». Elle appelle les Américains à aller sur son site pour contribuer à sa campagne. Elle leur dit qu’elle ne peut pas continuer sans eux. C’est vrai. Littéralement. Elle croule sous les dettes. Elle est dans le rouge. Mais, ce soir, cela ne l’empêcher pas de sourire. Au « Yes we can » d’Obama, elle répond « Yes we will ». Au tour du perdant.

22h45 – « On a resserré l’écart »
Barack Obama joue déjà le coup d’après. Il est dès ce soir à Evansville, dans l’Indiana, le prochain état à voter avec la Caroline du Nord, le 6 mai. Comme prévu, il souligne qu’ « on a resserré l’écart ». “After 14 long months, it’s easy to forget this from time to time – to lose sight of the fierce urgency of this moment”. “It’s easy to get caught up in the distractions and the silliness and the tit-for-tat that consumes our politics; the bickering that none of us are entirely immune to, and that trivializes the profound issues – two wars, an economy in recession, a planet in peril, issues that confront our nation
Il rappelle « pourquoi nous menons cette campagne ». L’entreprise qui vient de fermer son usine dans l’Indiana pour l’installer à Taïwan. Le jeune père de famille de Caroline du Nord qui paie dans la hantise de perdre sa maison parce que tous ses revenus passent dans les factures médicales de ses enfants, qui souffrent tous les trois de mucoviscidose. Il attaque John McCain sur l’Irak et l’économie, dit que la politique économique de Bush « offense ma conscience ». Lui aussi reprend son refrain sur le changement, la lutte contre le cynisme. « Et maintenant au travail ».

23h05 – Dix points d’avance
85% des suffrages dépouillés, Hillary affiche dix points d’avance, 55% contre 45%. Impressionnant - si ça tient.

23h10 – Un millions de dollars en deux heures
Hillary Clinton a bien fait de demander des sous. Le site Internet du New York Times rapporte qu’elle vient de récolter un million de dollars en deux heures.

23h45 – Le dilemme des superdélégués
93% des suffrages dépouillés, toujours dix points d’avance sur Hillary. La parole est aux superdélégués, qui vont sans aucun doute décider… de ne rien décider en attendant les prochaines primaires. Ils espèrent – en vain, probablement – échapper à un dilemme redoutable : choisir Obama, certainement toujours en tête une fois les primaires finies mais clairement vulnérable, mais qui n’a pas convaincu les cols bleus ni été capable de gagner l’un des grands Etats en jeu, Illinois excepté ? Ou bien Hillary, la plus soutenue par la base, la plus convaincante sur les questions économiques, vainqueur dans tous les Etats clés mais qu’une majorité d’Américains juge malhonnête et qui vient d’enregistrer à l’échelle nationale sa plus mauvaise cote de popularité depuis… 1992…? Mais comment aller à l’encontre du vote populaire ? On voit d’ici le sourire de John McCain.



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1.Posté par Laurent le 23/04/2008 09:29
Bonjour,
Je ne comprends pas cette interprétation, largement divulguée, comme quoi le vote en Pa un big win pour Hillary. C'est une grande avancée défensive, mais certainement pas de quoi changer l'équilibre général.
N'oubliez pas que cet état, par ses caractéristiques démographiques, est un état promis à Clinton. Donc 10% c'est un minimum... qui devraient fondre rapidement dès le 3 mai prochain en Caroline du Nord, où Obama est attendu avec une victoire de plus de 10%.
En outre, durant la campagne en Pennsylvanie, Obama a perdu son image de candidat idéal. Et paradoxalement, je pense que c'est une bonne chose. Il est aujourd'hui perçu à sa juste valeur.
L'image d'Hillary, par contre, a été plus profondément touchée. On la voit clairement prête à tout (sa pub basée sur la peur le jour de l'éléection lui a rapporté 3% d'indécis mais à quel prix?), et bien ancrée dans le vieux Washinton: lobbys, pouvoir avant tout.

2.Posté par smoby le 23/04/2008 09:33
Il y a 5 mois, 40% des americains voulaient un president democrat et 28% un president republicain. Il y a une semaine, les choses avaient radicalement change: 38% des americains veulent un president republicain, 36% un president democrat.

Il y a 3 mois, la presque totalite des caciques democrats se felicitaient d'avoir 2 candidats tres performants. Ils pariaient sur le fait (positif) que la campagne democrate va attirer l'attention beaucoup plus que celle des republicains. Il y a 2 semaines plusieurs leaders democrates inquiets ont affirme en public "il est temps que le massacre cesse" :). J'avais dit la meme chose devant une analyse un peu hative publiee par ilovepolitics.

Obama est fatigue, sa femme aussi, il n'arrive pas a convaincre la base "prolo" du parti democrate, les femmes, les retraites, les blancs pauvres, c'est a dire des categories d'electeurs decisives pour la bataille de la presidence US.

Hillary est mordante, battante et une sacree guerriere, beaucoup auraient deja abandonne a sa place :). Et il est tres probable qu'elle va gagner d'autre primaires et reduire l'ecart avec Obama.

Les democrates seront obliges a faire la plus mauvaise affaire pour leur image de "parti de gauche": prendre une decision d'appareil, loin des electeurs, dans les coulisses des "bureaucrates" du parti. Et il y aura forcement des degats, des mecontents, des desillusions qui vont se transformer en abstentions ou meme en voix pour McCain !

3.Posté par rico le 24/04/2008 02:05
Tout est dit dans le dernier paragraphe.
Hillary est la meilleure candidate, mais elle qui était immensément favorite à l'origine est fragilisée par un candidat marketing séduisant mais superficiel, porté à ce niveau par l'imbécilité du processus de sélection démocrate.

Si les démocrates avaient choisi le système Winner Take All comme les républicains, Clinton serait depuis longtemps en campagne contre MacCain, et en position très favorable.
Seulement voilà, il n'y a pas de WTA: les états qui se sont déterminés par caucus, typiquement petits et républicains, ont muselés les gros (voir mon blog360: l'avance d'Obama repose intégralement sur les caucus) , 2 états ont été exclus et l'indécision règne.
Je suis assez sceptique sur les chances du démocrate nomminé pour Novembre. Obama n'a aucune chance, ce n'est pas nouveau, mais même Hillary ne me paraît plus favorite à moins d'accorder le poste de VP à Obama.

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