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Gaza, révélateur de la difficile transition Bush-Obama

B. Courmont et C.Lepri le 16 Janvier 2009 à 08:15

Par Barthélémy Courmont et Charlotte Lepri, Chercheurs à l’IRIS. Barack Obama n’a pas encore prêté serment qu’il est déjà confronté à un dossier de politique étrangère majeur : les affrontements dans la bande de Gaza. Il n’y était pas préparé, et doit conjuguer avec la présence pour encore quelques jours de George W. Bush à la Maison-Blanche. Une situation délicate qui traduit tout autant les difficultés de la transition de pouvoir dans un pays aussi omniprésent sur la scène internationale que les difficultés à traiter un dossier aussi sensible.



Gaza, révélateur de la difficile transition Bush-Obama
La période de transition du pouvoir, qui prendra fin le 20 janvier prochain, offre le spectacle inquiétant d’une certaine vacuité du pouvoir sur les dossiers importants en cours, en particulier en matière de politique étrangère. L’administration Bush a tacitement approuvé l’intervention militaire israélienne dans la bande de Gaza, légitimant le droit d’Israël à se défendre et s’abstenant lors du vote de la résolution de l’ONU exigeant un cessez le feu dans la Bande de Gaza. Cette attitude n’est pas directement liée à un manque de marge de manœuvre en pleine période de transition mais plutôt à une position constante de l’administration Bush en faveur d’Israël. De fait, cela place Barack Obama face à un dilemme : celui de se positionner ou d’attendre d’entrer en fonction, laissant ainsi à son prédécesseur le soin de commenter la reprise de la violence au Moyen-orient. C’est cette deuxième option qui a été suivie, et Barack Obama a même annoncé ne pas vouloir offrir le spectacle d’une Amérique à deux têtes, tout en s’inquiétant de la situation pour les populations civiles. Ainsi, en l’attente du 20 janvier, la coexistence de deux présidents américains se traduit par un flottement remarqué sur un dossier qui constitue pourtant l’une des priorités de la politique étrangère des Etats-Unis. Le New York Times a même suggéré dans un article qu’Israël avait choisi d’attaquer le Hamas avant qu’Obama n’entre officiellement en fonction, craignant par la suite que la nouvelle administration soit moins complaisante à son égard.

Cette situation impose trois constats. D’une part, la période de transition, de plus en plus souvent critiquée, reste nécessaire aux Etats-Unis, au moins pour permettre à la nouvelle administration de se mettre en place. Bien plus qu’en France, le changement d’administration aux Etats-Unis entraîne un mouvement de chaises musicales considérable aussi bien dans le monde politique que dans la société civile (notamment dans les think tanks). Plus que le principe de la transition du pouvoir, c’est donc la manière dont les deux présidents s’accordent sur son fonctionnement qui doit être revue, afin d’éviter une vacuité du pouvoir dont le nouveau président fera les frais dès son entrée en fonction.

D’autre part, le conflit de Gaza révèle l’impréparation de Barack Obama sur ce type de sujet. Alors qu’il comptait se concentrer sur l’économie et l’adoption de son plan de relance dans les premiers mois de son mandat, le nouveau président est rattrapé par la réalité de la politique étrangère. La recrudescence du conflit israélo-palestinien le contraint à traiter en priorité un dossier pour lequel il aurait préféré prendre plus de temps. Il avait déjà prédéfini un agenda international ; il dit maintenant vouloir revoir son programme et ses priorités, en s’adaptant aux réalités.

Enfin, il est peu probable que le changement tant promis par Obama et tant attendu dans le reste du monde concerne la politique étrangère américaine, et notamment le conflit israélo-palestinien. Barack Obama a déclaré le 7 janvier qu’il s’impliquerait immédiatement sur ce dossier dès qu’il serait officiellement Président. Il est ainsi fort probable que le nouveau Président demande à sa Secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, de rapidement engager les négociations avec les Israéliens et les Palestiniens et d’envoyer une délégation dans la région peu après le 20 janvier. Barack Obama et Hillary Clinton avait durant la campagne électorale tous deux sévèrement critiqué l’administration Bush de ne pas avoir assez œuvré en faveur d’un processus de paix au Proche-Orient et d’avoir compartimenté les enjeux dans la région – séparant le conflit israélo-palestinien de la situation en Irak ou en Iran. Il y a toutefois peu de chances pour que la politique étrangère américaine change de manière significative, puisque la nouvelle administration partage la même vision du Hamas et le même attachement à la sécurité d’Israël que l’administration sortante. S’il reste difficile de prédire de quelle manière Obama gèrera ce dossier, certaines nominations officielles, telles que celles de Rahm Emanuel, Dennis Ross ou David Shapiro, laissent ainsi à penser qu’il n’y aura pas de changement majeur sur la question israélo-palestinienne. L’administration Obama valorisera certes l’option diplomatique, mais il y a certaines constantes qu’aucune administration américaine ne modifiera pour l’instant.

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Barthélémy Courmont publie dans quelques jours Un nouveau leadership ? Les défis de Barack Obama, aux éditions Le félin.
Charlotte Lepri vient de publier avec Pascal Boniface 50 Idées reçues sur les Etats-Unis, aux éditions Hachette Littératures

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Article reproduit dans le cadre du partenariat entre l'IRIS et Ilovepolitics.info - Tous droits réservés



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