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Face à Obama : la traversée du désert des Conservateurs

Charlotte Lepri le 20 Mars 2009 à 19:43

Par Charlotte Lepri, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Les temps sont durs pour les Républicains. Les défaites successives aux élections de mid-term de 2006, puis aux élections présidentielles et du Congrès en novembre 2008 ont décimé les rangs républicains. Et comme si cela ne suffisait pas, ces derniers s’enfoncent dans le marasme avec un message incohérent et une absence criante de leadership.



Face à Obama : la traversée du désert des Conservateurs
Déjà, le tandem McCain-Palin avait mis à jour la difficulté des Républicains à définir leur ligne, hésitant entre un conservatisme modéré et un conservatisme plus traditionnel et brouillant ainsi un message auquel les électeurs ont eu du mal à s’identifier. Le parti républicain est aujourd’hui perçu comme dépassé, n’ayant pas réussi à se défaire de l’image laissée par huit ans de Bush. Les Républicains peinent ainsi à se trouver un leader et à se mettre en ordre de marche afin de proposer des alternatives à la politique menée par l’Administration Obama.

L’absence de leadership
Les récentes critiques controversées de Dick Cheney à CNN à l’égard de l’Administration Obama ont mis en exergue le problème des Républicains aujourd’hui : faute de leader pour s’opposer à Obama, le vide est comblé par des personnalités qui ne font rien pour améliorer l’image de leur parti ! Peu avant Dick Cheney, qui considère que la politique poursuivie par Obama accentue le risque d’attaques terroristes aux Etats-Unis, les propos d’une star de la radio américaine, Rush Limbaugh, dont l’émission est l’une des plus écoutées aux Etats-Unis, avaient également fait des vagues, ce dernier ayant souhaité à Obama d’échouer dans ses réformes.

Ni l’un ni l’autre ne sont représentatifs d’un courant majoritaire dans le parti républicain, mais le fait que leurs commentaires aient eu autant d’impact aux Etats-Unis est symptomatique de la crise de leadership que traverse le Grand Old Party (GOP). Et la Maison Blanche ne s’y est pas trompée : plus des personnalités comme Cheney ou Limbaugh sont mises en avant, plus cela complique la tâche du parti républicain de se reconstruire sur des bases nouvelles. Un récent sondage du Pew Research Center a bien illustré l’absence de leadership chez les conservateurs : 58% des sondés sont incapables de donner le nom d’un leader au GOP. Parmi les sondés qui ont réussi à donner un nom, 12% ont cité McCain, 5% Rush Limbaugh, 2% Michael Steele, l’actuel Chairman du National Republican Committee et 2% Newt Gringricht, ancien speaker de la Chambre des représentants.

Peut-être le renouvellement viendra-t-il des jeunes générations ? Mais là encore, faute de véritable candidat pour cela, les jeunes conservateurs se faisant rares, c’est un jeune adolescent surdoué de 14 ans, auteur d’un livre intitulé « Define Conservatism », qui crée un phénomène médiatique depuis son discours de 2 minutes lors de la Conservative Political Action Conference.

Pour certains Républicains, en l’absence de leader, le parti devrait se concentrer sur les idées et innover en la matière afin de changer la perception que les Américains ont aujourd’hui du parti républicain. Mais dans ce domaine également, les Républicains sont en difficulté.

Le laborieux renouvellement des idées
La politique d’ouverture bipartisane d’Obama, même si elle a connu quelques accrocs, n’a pas arrangé les affaires des Républicains. Les Démocrates ont ainsi neutralisé, pour un temps tout du moins, tout renouvellement idéologique dans le camp conservateur. Soit parce que certains républicains, les plus modérés, ont été associés et impliqués dans le réformes que l’Administration Obama veut mener ; soit parce que les autres se retrouvent coincés dans une posture d’opposition systématique à tout ce que proposent les Démocrates. Dans un cas comme dans l’autre, les Républicains se heurtent à une « panne idéologique », et donc, plus largement, au problème d’identité au sein du parti.

A cela s’ajoute le divorce entre la base et ses élus. La crise économique a mis à mal les nombreux dogmes conservateurs, à commencer par le non-interventionnisme étatique. La base, notamment les classes moyennes et ouvrières, est durement touchée par la crise et ne s’oppose donc plus à l’intervention de l’Etat dans l’économie. La décision d’Obama de limiter les salaires des PDG dont les entreprises ont bénéficié d’aides de l’Etat n’a rencontré que peu de résistances alors qu’il y a encore peu, on aurait pu compter sur une levée de bouclier dans le camp conservateur.

La perte d’influence des évangélistes
Un temps considéré comme les gardiens du temple conservateur, des valeurs morales de l’Amérique, les évangélistes sont aujourd’hui en perte d’influence, au point de devenir, comme le souligne un article du Christian Science Monitor, une « menace au progrès culturel ». Leur opposition constante au mariage gay ou à l’avortement pourrait devenir contre-productive, car à l’encontre des évolutions sociales. D’ailleurs, les nouvelles générations sont de moins en moins attirées par ce type de discours.

Preuve du déclin des évangélistes : peu d’entre eux ont réussi à faire entendre leurs voix dans le débat sur les cellules souche ou sur l’avortement. Et lorsque, dans son discours d’investiture, Barack Obama a déclaré : « Nous sommes un pays de chrétiens et de musulmans, de juifs et d’hindous et de non-croyants », il n’a fait que prendre acte d’une réalité de plus en plus prégnante aux Etats-Unis.
Certes, la religion n’est pas morte aux Etats-Unis, mais un des courants les plus structurants du camp conservateur a perdu de son influence depuis le départ de George W. Bush de la Maison Blanche.

Le retrait des néo-conservateurs
Courant de pensée très influent depuis les années 1990, voire même depuis Reagan, le néo-conservatisme a lourdement pesé sur les enjeux de politique étrangère et de sécurité nationale ces dernières années. Défendant les principes de liberté et de démocratie de manière absolue, quitte à les imposer par la force, privilégiant l’action unilatérale et préventive, les néo-conservateurs ont eu une influence considérable pendant les huit années de Bush et sont aujourd’hui considérés comme en partie responsables de la situation du pays, embourbé dans des guerres où les Américains sont en échec et confrontés à une perte de prestige sur la scène internationale.

Même si l’agenda de Barack Obama en matière de politique étrangère ne va pas rompre totalement avec celui de la précédente administration, notamment au niveau militaire, des gestes symboliques, tels que la renonciation à la torture, égratignent peu à peu l’héritage néo-conservateur.

Le parti républicain est aujourd’hui en friche. Dénoncé par Obama comme le parti du refus systématique, confronté à un problème idéologique et de leadership, délaissé par l’opinion publique, incapable d’anticiper les évolutions de l’électorat américain, le parti républicain va devoir exorciser ses démons s’il veut se reconstruire sur des bases nouvelles.

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Article reproduit dans le cadre du partenariat entre l'IRIS et Ilovepolitics.info - Tous droits réservés



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