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Etats-Unis : le retour de l'arrogance ?

B. Courmont le 6 Août 2009 à 15:53

Par Barthélémy Courmont, chercheur à l'IRIS, en partenariat avec contre-feux.com.
Alors que la Maison Blanche ne cesse de prôner la prudence, des voix s'élèvent outre-Atlantique pour annoncer que la crise est terminée, et que les Etats-Unis sont de nouveau la locomotive de l'économie mondiale. Que peut bien signifier le retour d'une certaine suffisance ?



Barack Obama est à la Maison-Blanche depuis six mois. Six mois d’attitude humble et ouverte au dialogue des Etats-Unis. Six mois de volonté de changer, et de montrer un meilleur visage de Washington. Six mois d’activités intenses destinées à gommer les erreurs de ces dernières années, et à repartir sur de nouvelles bases.

Mais également six mois de crise économique et sociale, et de mauvaises nouvelles s’accumulant pour une administration pleine de bonne volonté, mais souvent dépassée par l’ampleur du désastre. Et pourtant, de manière presque incongrue, certains annoncent aujourd’hui outre-Atlantique que la crise est terminée, et que les Etats-Unis sont à nouveau la locomotive de l’économie mondiale. De quoi s’interroger sur le retour d’une inquiétante arrogance américaine dont l’administration Obama avait donné l’illusion de la disparition.

Main Street peut bien souffrir, Wall Street s’en moque et ne changera rien
Les Etats-Unis traversent l’une des plus profondes crises économiques et sociales de leur histoire. C’est un fait qu’on ne saurait nier. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, et le vice-président Joe Biden confessait fin juin que lors de la campagne présidentielle, les candidats n’avaient pas réalisé l’ampleur de la tâche. Le chômage continue de monter en flèche, le secteur automobile est dans l’attente de sa prochaine et quasi inéluctable crise, la pauvreté s’installe dans un pays dont la protection sociale n’est pas le point fort, et au milieu de ce climat morose, Wall Street s’enorgueillit de rebondir, et les banques annoncent la reprise du bon vieux système des primes !

En d’autres termes, la crise n’a servi à rien, sinon à affaiblir les plus faibles, mais sans changer quoi que ce soit à un système dont les dirigeants politiques reconnaissent pourtant de manière unanime les excès et la responsabilité dans la faillite de l’économie. Pourquoi ne pas libérer Maddoff tant qu’on y est, pourrait-on presque demander. Mais à qui ? Comme Wall Street semble visiblement se désintéresser des problèmes persistants de Main Street – qui se poursuivront malheureusement encore longtemps, à en juger par tous les indicateurs –, et comme l’économie américaine reste totalement dérégulée, il n’y a rien qui pourra empêcher les marchés financiers de s’emballer à nouveau, comme si rien n’était arrivé. Un coup dur pour le "changement" d’Obama.

Le retour de la suffisance
Mais le retour de l’arrogance américaine ne se limite malheureusement pas aux marchés financiers. Fin juillet, l’hebdomadaire Newsweek publiait un numéro avec, en couverture, l’annonce sans complexe que les Etats-Unis sortiront renforcés de la crise, tandis que les autres puissances resteront à la traîne, avec un article élaborant cette idée. Les raisons ? Des actions soutenues de l’administration Obama, tandis que les autres dirigeants ne sont pas à la hauteur (sic) ; le dynamisme de l’économie américaine ; et bien entendu l’esprit d’entreprise américain, qui va permettre de sortir de la crise et faire taire ceux qui fustigent un modèle capitaliste de type anglo-saxon.

On croirait presque rêver si on en oubliait que l’auteur de cet article étonnement optimiste est un ancien membre de l’administration Clinton, ancien sous-secrétaire au commerce, pour être plus précis. Certes, l’auteur nous explique que tout cela ne sera pas facile, mais devant l’absence de dirigeants capables de rivaliser avec Obama, et devant la volonté de la Chine de refuser le leadership, Washington retrouvera rapidement des couleurs. Tout cela sonne très bien, si ce n’est qu’on n’y trouve aucune mention de l’état de l’économie américaine, des problèmes dans la relation avec Pékin (Washington en est à supplier la Chine de lui faire confiance sur la solidité de son économie).

Quant aux Européens, ils ne sont mentionnés que pour la faiblesse de leurs dirigeants. Un argument qui rappellerait presque les sorties de Kagan sur la puissance américaine face à la faiblesse européenne. En termes de changement, on pouvait espérer mieux. Les analystes du reste du monde semblent d’ailleurs peu réceptifs à cet optimisme excessif. Ironie du sort, un éditorial de l’hebdomadaire britannique The Economist publié simultanément s’en prend avec moquerie à ceux qui vouent un culte presque aveugle en Obama et ses capacités à sauver l’Amérique. L’autosatisfaction a fait beaucoup de mal aux Etats-Unis ces dernières années, il ne faudrait pas qu’elle devienne une maladie chronique !

L’administration Obama ne sombre pas dans l’autosatisfaction
Une fois n’est pas coutume, le sentiment d’arrogance qui semble ressurgir aux Etats-Unis n’est pas le fait de l’administration. A l’inverse, l’équipe présidentielle ne cesse d’envoyer des appels à la retenue face à l’enthousiasme retrouvé des marchés financiers, et des personnalités comme le président de la Fed Ben Bernanke, se disent même écœurées de la manière avec laquelle certains semblent avoir soudain oublié les sacrifices que la nation a dû consentir pour réparer les excès d’un système devenu incontrôlable, par le biais d’historiques plans de sauvetage de l’économie. Rappelons ici qu’ils furent adoptés sous l’administration Obama. Pas encore de l’histoire donc, et pourtant…

Toujours est-il que, plus que les crises internationales ou les joutes politiques (le parti républicain étant moribond), c’est sur sa capacité à ne pas répéter les erreurs du passé que l’administration Obama va être jugée. Les Américains ont voté pour un retour du Big Government, pour une meilleure protection sociale, et pour la fin d’une arrogance qui a conduit Washington à sa perte. Ils ne pardonneront pas à leur président de ne pas être capable d’exhaucer leurs vœux, quelles que soient ses intentions.

En partenariat avec contre-feux.com




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1.Posté par Manyann le 06/08/2009 14:14
Je placerait quand même d'un côté ce qu'Obama voudra faire et ce qu'il pourra faire.
Mais aussi je comprend que plus que jamais les américains ont besoins d'un grand vent d'optimisme, de tendre les muscles du genre : t'as vu comme je suis costaud hein?
C'est humain; Par contre les banquiers il faudrait selon moi les placer tous sous tutelles parce-que ce sont vraiment tous des cancres immoraux.

2.Posté par supersonic le 06/08/2009 23:25
Les Etats-Unis, le grand retour ?

On ne peut pas ignorer que les USA reste une puissance majeure, certainement la première pour encore quelques années. Cependant, il faut tenir compte du fait que les courbes sont en train de se croiser entre les USA et le reste du monde, notamment avec le continent asiatique !

La Chine, en prenant une place vraiment dominante sur le plan économique, deviendra la première économie du monde. Mais cela suffira t-il néanmoins à contrebalancer avec les Etats-Unis, la puissance complète ? Pas sûr. Mais remarquons que l'Europe s'affirme de plus en plus sur la scène internationale sur les questions de politiques étrangères et économiques notamment du fait de la personnalité hors-norme (aimée ou pas) du président français, Nicolas Sarkozy. Rappelons-nous le rôle joué par l'UE lors du conflit Géorgien de 2008, et des mesures du G20 de Londres imposés par le "couple" Sarkozy-Merkel.

Rivalisée sur le plan économique par l'Asie (et l'Europe le jour ou elle sera obligé de se reformer parce qu'elle sera au pied du mur) pour l'économie, et l'Europe sur la politique internationale, quel sera l'arrogance post-crise de l'Amérique ? D'autant plus à l'heure où de grands symboles américains tels General Motors sont en faillites.

Les américains ont cependant une force : le goût d'entreprendre, le goût du risque. Avant la crise, la mondialisation était surtout américaine (les marques américaines telles Coca-Cola, Microsoft, McDonald... étaient emblématique de la mondialisation, même si les Etats-Unis étaient loin derrière l'UE en terme de part dans les échanges mondiaux). La mondialisation post-crise sera plus diversifiée en terme de symboles. Elle sera caractérisée par l'arrivé de marques asiatiques telles les voitures chinoises qui devraient bientôt débarquer et par une économie américaine contrainte à moins de protectionnisme du fait de contrepoids plus importants (G20) : c'est ainsi que l'Italien Fiat va pouvoir racheter Chrysler par pallier dans les dix prochaines années. C'était ça, ou la disparition de Chrysler...

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