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Et si des primaires interminables profitaient aux Démocrates ?

Barthélémy Courmont le 30 Mars 2008 à 18:03

par Barthélémy Courmont, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Depuis la victoire assurée de John McCain dans les Primaires républicaines, de nombreuses analyses « pro démocrates » s’inquiètent de voir des primaires trop longues et trop agressives dans le parti de l’âne profiter au candidat républicain, qui a déjà les yeux tournés vers le 4 novembre.



Et si des primaires interminables profitaient aux Démocrates ?
Il est vrai que John McCain, débarrassé de toute concurrence, peut désormais s’atteler à recomposer son parti, qui n’est pas sorti particulièrement divisé de primaires somme toute faciles. Il est vrai aussi qu’à trop se déchirer, les deux candidats démocrates encore en course pourraient diviser de manière inquiétante leur électorat, et certains sondages se sont risqués à mesurer dans quelle proportion les voix d’Hillary Clinton se reporteraient sur Barack Obama en cas de victoire de ce dernier, et vice-versa. Et les résultats indiquent qu’une partie des électeurs déçus du résultat des primaires de leur parti pourraient se jeter dans les bras de McCain. De quoi effrayer ceux qui pensent, du côté démocrate, que cette élection leur est acquise, après huit ans de présidence républicaine. Les médias sont branchés sur la même écoute, et pour tous c’est un fait acquis : plus les primaires démocrates seront longues et engagées, plus McCain en bénéficiera.

Les responsables politiques démocrates se montrent désormais eux-aussi inquiets de ces luttes fratricides qui selon eux n’ont que trop duré. Ainsi, le très influent sénateur Patrick Leahy invitait récemment Hillary Clinton à jeter l’éponge, partant du principe que ses chances sont minces, et qu’elle risque de faire perdre son parti à vouloir ainsi s’acharner à rester en course. Ce à quoi la candidate a répondu que se retirer serait manquer de respect aux électeurs des Etats qui ne se sont pas encore exprimés. Et de rappeler dans le même temps que malgré le blocage actuel, il faudra trouver tôt ou tard trouver une solution pour la Floride et le Michigan, comme pour sous-entendre qu’elle sera bien présente à la convention nationale de Denver en août prochain, et qu’elle n’a pas l’intention de se retirer entre-temps, à moins bien sûr qu’Obama n’enchaîne des victoires qui la prive de toute chance. Mais comme les sondages restent très serrés, l’ancienne first-lady estime, à tort ou à raison, qu’elle conserve toutes ses chances. Toujours est-il que de plus en plus de voix s’élèvent pour se plaindre de ces primaires interminables, et pour réclamer que le moins bien placé des deux candidats, en l’occurrence Madame Clinton, admette sa défaite. Ironie du sort, c’est Barack Obama lui-même qui est venu au secours de son adversaire, pour rappeler qu’elle peut toujours rester en course, et que la victoire n’est pas encore acquise.

Mais pourquoi considérer que des primaires trop longues pour les Démocrates seraient immanquablement bénéfiques aux Républicains ? Le soutien d’Obama à Clinton ne relèverait-il pas finalement d’une habile stratégie visant à poursuivre les primaires pour mieux focaliser l‘attention, et mettre ainsi le candidat républicain au deuxième plan ? John McCain fut d’ailleurs le premier à s’inquiéter, au lendemain de la proclamation de sa victoire, de s’effacer derrière Obama et Clinton, et de ne plus mobiliser l’attention des médias. Malgré une tournée à l’étranger remarquée (en France notamment), et qui lui permit s’affiner sa stature de chef d’Etat, le candidat républicain va rapidement se retrouver, à l’approche des prochaines primaires, dans le rôle du spectateur d’une élection à laquelle il dispose de l’avantage d’être déjà « qualifié » pour le tour décisif, mais dans laquelle il convient de rester en permanence sous les feux des projecteurs, au risque de ne « plus exister ». Certains candidats que l’on pensait bien placés ont fait les frais de cette mise à l’écart, parfois malgré eux. On pense notamment à Rudolf Giuliani, qui à force de se voir dans le fauteuil du candidat républicain, à « oublié » de faire campagne dans les premiers Etats s’exprimant, et a ainsi disparu de la campagne un temps suffisamment long pour voir les électeurs se détourner de lui, et lui préférer des candidats plus visibles, comme McCain ou l’étonnant Huckabee. John McCain sait désormais que si l’écueil des primaires est passé, le plus grand risque pour lui est de perdre l’attention des médias, et donc des Américains et des bailleurs de fonds, dont il aura besoin pour s’assurer une campagne réussie. Le sénateur d’Arizona ne peut se permettre d’attendre son adversaire tandis que celui-ci (ou celle-là) continue de monopoliser les médias, et donc de prendre un avantage en vue du scrutin de novembre. Il n’a ainsi de cesse de critiquer ses adversaires, en particulier le mieux placé, Barack Obama, comme pour rappeler qu’il est toujours bien là, et que cette élection présidentielle américaine ne se résume pas à un affrontement entre Démocrates. Certes, le candidat républicain dispose de solides chances de remporter l’élection en novembre, et il serait erroné de le voir hors course trop rapidement. Mais s’il ne se montre pas lui aussi omniprésent dans les prochains mois, ses chances n’en seront qu’amoindries. Il le sait, et c’est la raison pour laquelle il cherche à tout prix à se mêler aux joutes que se livrent Barack Obama et Hillary Clinton, faisant de cette campagne un étonnant ménage à trois mélangeant primaires et lutte plus traditionnelle Républicains-Démocrates. Décidément, cette campagne n’est vraiment pas comme les autres !

Comme pour confirmer le constat que les Démocrates ne sont pas si inquiets de ces primaires interminables, Obama se montre visiblement confiant sur la capacité des Démocrates à se retrouver au lendemain de la désignation officielle de l’un d’entre eux pour affronter McCain en novembre. Et il pourrait faire preuve sur ce point de clairvoyance. La mobilisation exceptionnelle de l’électorat dans les primaires et caucus démocrates semble indiquer que les Démocrates se passionnent pour le duel Obama-Clinton, et que ces longues primaires, loin de diviser les forces, pourraient au contraire en s’éternisant capter l’attention, et favoriser les Démocrates en novembre. Si un vainqueur était désigné trop rapidement, la tension retomberait d’un cran, et il faudrait tout recommencer après les conventions.

Quant aux sondages, rien n’indique que des électeurs encore enthousiastes derrière leur champion, et aujourd’hui prêts par dépit à rejeter son principal adversaire par vengeance, réagiront de la même manière le jour où on leur demandera de choisir entre quatre ans de présidence démocrate ou une nouvelle administration républicaine ! En d’autres termes, ces sondages n’ont absolument aucune valeur, et sont aussi déplacés que ceux qui donnaient, en décembre 2007, Hillary Clinton et Rudolf Giuliani larges vainqueurs de leurs primaires respectives. En d’autres termes aussi, rien n’est décidément acquis d’avance dans cette élection présidentielle, et penser en mars que des primaires trop longues pour les Démocrates profiteront immanquablement aux Républicains revient soit à lire dans les astres, soit à tirer des conclusions trop hâtives. Au choix !

Retrouvez l'IRIS sur son site Internet : www.iris-france.org
Article reproduit dans le cadre du partenariat entre l'IRIS et Ilovepolitics.info - Tous droits réservés




1.Posté par Jean Narcisse EYETE ELA le 30/03/2008 18:43
Je trouve cette analyse pertinente. D'autant plus que cette longue primaire permet également aux candidats républicain d'affininer leur programme en le calant au plus près des attentes du peuple américain. Cf la polémique suscité par l'ancienPasteur d'Obama.

Par ailleurs, malgré l'appreté des débats , on constate une certaine capacité des deux candidats à se mettre au dessus de la melée. Les electeurs apprécierot certainement un président qui aura su surmonter ses épreuves.

2.Posté par hadya le 30/03/2008 18:52
Mes félicitations...
Très très intéressant ce commentaire, très enrichissant et tellement vrai!

Le pauvre Mc Cain, déjà inexistant par son manque d'enthousiasme est complètement oublié depuis plusieurs semaines....

Et il est vrai que le jour où le candidat sera nominé au parti Démocrate, il sera tout "chaud" médiatiquement parlant contrairement à Mc Cain....

Ici-même, vous aviez relaté le peu d'intérêt qu'il suscitait en prenant pour exemple sa visite dans une certaine indifférence en France.......Imagiez un instant que Barack soit le nominé et qu'il vienne en France, la folie qu'il suciterait!

Bref, je partage cette opinion, sans oublier le fait que Barack sortira très solide car Hillary ne l'aura pas épargné et par sa volonté d'unifier, notamment grâce a sa déclaration d'hier, il sera plus fort que jamais......

3.Posté par Alexandre Thomas le 30/03/2008 20:28
Analyse presque "scientifique" que je partage totalement. J'ai toujours cru à cette hypothèse d'un Mac Cain peu audible dans une campagane dont le centre de gravité se trouve désormais dans le parti démocrate (grâce ou à cause du charisme d'Obama, n'oublions pas, qui a des fans dans le monde entier, ce qui n'est pas le cas de Clinton ni de Mac Cain, c'est important même si le monde ne vote pas à la place des américains). Il ne faut pas négliger Obama. Clonton l'a fait à ses frais.

4.Posté par olkainflex le 30/03/2008 22:15
comment peut on naivement penser que Obama soutient Hillary? sa déclaration d'hier ? mais vous imaginez si Obama avez dit "hillary retire toi"? le retour de baton aurai été t elle qu'il aurai peut-etre du se retirer lui même! c'était la seule chose qu'il pouvait dire compte tenu du style de campagne pour paraitre unificateur et respectueux du vote venat de la base...

5.Posté par bowthan le 30/03/2008 22:18
Reste à voir dans quel état le parti démocrate sera après sa convention et si sa convention se passe relativement bien ou si au contraire de gros blocages et autres opposions internes ne mine pas ce parti. Ca va faire un mois maintenant que je suis de plus en plus convaincu que McCain réussira à gagner et peut être même faire un quasi grand chelem. (car je pense vraiment que le parti démocrate ne réussi pas assez bien a définir des règles, qu'il y a trop de flou et qu'ils risque de payer l'addition à la convention).

Et puis McCain, ça n'est pas W.Bush ni même "un héritier" ou un successeur naturel. Il a réussi à séduire autant d'électeurs indépendants que les démocrates. Et il n'a pas eu trop de scandales sauf l'histoire de la lobbyiste mais elle semble avoir fait long feu.

De plus l'exposition médiatique surtout aussi longue ça lasse à force. Et je ne sais pas si c'est la même chose aux USA mais les chroniques de victoires annoncées sont assez souvent déjouées en France. Les primaires semblent être dans le même sens, le favoris de départ est soit crashé soit bien mal parti.

6.Posté par Norbert le 30/03/2008 23:02
Qui a prétendu qu’Obama était inexpérimenté? À la vérité, c’est un fin politique qui sait exploiter le train du monde, i.e. les situations événementielles. Lui qui sait pertinemment que sa rivale se targue de rester en course par pure honte, il l’encourage pourtant de continuer désespérément de se jeter à bras le corps dans cette arène afin de laisser focaliser les regards de l’Amérique et du monde sur l’étage de quoi il est, lui, capable ! Obama a vraiment du flair d’esprit sagace, de la clairvoyance.

Un Docteur d'Église du nom de William Marrion Branham (1909-1965), Américain lui aussi, évoque le plus souvent dans ses sermons une expression qu’il détient de sa mère, expression qui vient à propos ici, car sa mère lui disait : « Donner à une chèvre assez de cordes, elle va immanquablement se pendre ! » Au fait, si par sagacité Mr Obama conseille que le duel des primaires démocrates perdure malgré les déboires de sa rivale, il sait plutôt que cela ferait assurément échouer la partie adverse puisqu’en ce dernier temps elle s’illustre par une cargaison d’autodestructions et autres pataquès qui lui sont bénéfiques. En effet, il sait que les autodestructions de sa rivale lui ont entre autres servi jusqu’ici de matière première à ses speechs. En tout cas, si c’était moi à la place de sa partie adverse, je sortirais, plus tôt, honorablement couronné en échafaudant admirablement un discours pompeux sur l’unité du Parti démocrate à l’endroit de mes électeurs, et ce, sans qu’il ne soit nécessaire que le monde s’aperçoive que mon rival est fort. …et surtout, je ne me laisserais pas pendre par mes proprement cordes auto-destructives afin de respecter mes électeurs.

Pour conclure je dirais ce mot tout sincère à Mr Barthélémy Courmont: « Votre analyse est une dextérité/justesse appréciable. » Merci !

7.Posté par Phil le 31/03/2008 07:41
On se rassure comme on peut...

8.Posté par Moby le 31/03/2008 09:35
"ces sondages n'ont absolument aucune valeur". Et tout ca pour ca :))). Quelle manip. :)). Et avec arrogance et mepris (pour les milliers des sociologues et sondeurs qui les ont fait:)). Les obamistes sont aux anges, les sondages, c'est du vent. Ah, il y a aussi des sondages qui disent qu'Obama est mieux que Hillary contre McCain?! Eh ben, ca c'est les "vrais" sondages, elles ont de la valeur, elles :))). A bon sondeur, salut !

9.Posté par hadya le 31/03/2008 12:23
@olkainflex
Je cois qu'on est tous d'accord avec toi....Voilà pourquoi Obama est un génie, intelligent et fin stratège......


10.Posté par Moby le 31/03/2008 16:55
Chere Hadya,

Est-ce que t'as deja vu l'episode de South Park ou Cartman recoit par erreur une poupee gonflable "Antonio Banderas"?

Aucun lien avec toi ou Obama, evidemment !


11.Posté par Moby le 31/03/2008 16:58
Oui "olkainflex", on est tous d'accord avec toi ici! Il y avait 2-3 qui avaient des opinions deviantes mais on a regle le probleme, maintenat c'est bon, c'est nickel, tous pour Obama! La petition, on signe ou?

12.Posté par Ratafee le 31/03/2008 17:18
Vous avez raison de souligner qu'on va un peu vite en besogne sur les dommages collatéraux de cette primaire. Pour novembre, Obama avait besoin de gagner de l'épaisseur, merci les Clintons.
Triompher d'une "Cruella" qui chaque jour montre son vrai visage et revendique d'être "a fighter" pourrait réhausser la côte d'Obama. Tout ça est vrai pour les indépendants et les républicains modérés.

Par contre côté Démocrate, il faudra mesurer les dégâts et la mobilisation du parti. La capacité de réunification est essentielle...on l'a vu en France en 2007.
Le jour J, il s'agit parfois de simplement mobiliser "son" électorat (cf France mars 2008) sans se soucier de convaincre un "swing voter".

13.Posté par Moby le 01/04/2008 09:25
C'est tres republicain, bien fait, rassurant, patrie, famille, valeurs morales, rien a redire sur ca (au moins aux USA). Il ne faut jamais sous-estimer le patriotisme des americains.

Le citoyen lambda, le "non inscrit" qui regarde un peu de loin cette course a la Maison Blanche, sera plus inclin a preferer un type comme McCain, eleve avec une education patriotique et qui a souffert dans sa chair pour les USA, qu'un Obama entre a l'ecole en Indonesie et dont le guide spirituel etait le sinistre pasteur raciste Wright.

Le staff d'Obama a compris le danger et vous avez remarque que derniers jours le senateur d'Illinois s'efforce de sortir de la confrontation avec Hillary pour se positionner face a McCain. Surtout en lui associant le nom avec celui de Bush dans un maximum de phrases possible :). Pour l'instant sans beaucoup de succes, le republicain continue d'etre en tete des sondages.

Pas mal cette idee de revenir sur le parcours de toute une vie, y compris par la geographie :). Steve Rosenthal, un des chefs de la campagne democrate, avait raison d'exprimer ses craintes sur la difficulte de battre McCain.

14.Posté par Barthélémy Courmont le 02/04/2008 06:21
Merci pour ces nombreux commentaires que j'ai toujours plaisir à lire. Pour poursuivre les débats sur ces questions, je vous invite à jeter un oeil sur un autre site sur lequel je signe d'autres articles. Le dernier en date:
http://www.contre-feux.com/politique/pourquoi-hillary-clinton-ne-sera-pas-presidente.html

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