Ilovepolitics.info - la communication politique américaine vue de France
Analyses & Interviews

Ce que Biden peut apporter à Obama

Barthélémy Courmont le 26 Août 2008 à 09:55

Par Barthélémy Courmont, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), en partenariat avec contre-feux.com. Alors que débute la convention démocrate de Denver, on connaît enfin le nom du colistier de Barack Obama, en attendant celui de John McCain, qui sera sans doute rendu public dans le courant de la semaine. Un choix tardif du candidat démocrate en faveur de Joseph Biden : pourquoi lui plutôt qu’un autre, et s’agit-il d’un bon choix pour Barack Obama ?



Flickr, compte Barackobamadotcom
Flickr, compte Barackobamadotcom
Ce choix tardif du candidat démocrate en faveur de Joseph Biden s’explique par l’importance de l’enjeu et la difficulté à désigner le meilleur colistier parmi de nombreux prétendants présentant à la fois des avantages et des inconvénients. Dans ces conditions, Barack Obama a-t-il fait le bon choix ?

L’expérience comme atout
Le choix de Joseph Biden, c’est incontestablement celui de l’expérience. Sénateur du Delaware depuis sa première élection en novembre 1972, candidat aux Primaires démocrates en 1988 et 2008, et annoncé un temps en 2004 avant de décliner les sollicitations de son camp, il est l’un des piliers du Parti de l’âne au Congrès, et l’une des personnalités les plus célèbres de la vie politique américaine.

Capable d’aider Obama à unifier le parti démocrate, apprécié du clan Clinton et accepté par les plus progressistes (ses lois contre la violence domestique sont souvent citées en exemple), son expérience au plus au niveau est un atout. Agé de 65 ans, catholique (comme John Kerry et JFK, par exemple), il apporte l’assise qui pouvait faire défaut à Obama au sein de son propre parti. Il est par ailleurs considéré comme proche d’Obama, qui le cite fréquemment comme son "ami", et s’il s’agit d’un choix politique, on ne sent donc pas apparaître de divergences de personnalités entre les deux colistiers, comme ce fut par exemple le cas en 2004 entre Kerry et Edwards, alliés de circonstance plus que réels partenaires. Cela s’explique en partie par leur parcours similaire. Biden fut sénateur très jeune (29 ans), et s’imposa progressivement dans la vie politique américaine, jusqu’à tenter l’expérience présidentielle.

Plus expert que McCain des questions internationales
Plus que son expérience, c’est l’expertise des questions de politique étrangère de Joe Biden qui apporte beaucoup à Barack Obama. Le sénateur du Delaware est, en sa qualité de président de la Commission sénatoriale des affaires internationales, l’un des parlementaires les plus qualifiés sur ces questions. Plus encore que John McCain. Quand on sait que le camp républicain a bâti une partie de sa rhétorique électorale sur l’inexpérience d’Obama dans ce domaine, il s’agit d’un choix judicieux. Il va falloir désormais trouver un autre angle d’attaque pour le parti républicain, Biden, qui était déjà sénateur quand McCain était prisonnier au Vietnam, étant à même de contrer l’expérience du candidat républicain sur pratiquement tous les sujets internationaux, y-compris les questions de défense, qui étaient jusqu’à présent le point fort du sénateur de l’Arizona.

Un bon choix ?
Reste à savoir s’il s’agit d’un bon choix, sachant que si on ne perd pas une campagne présidentielle par le choix d’un colistier, celui-ci peut en revanche faciliter une victoire. On peut ainsi reprocher à Joe Biden de ne pas être un expert reconnu sur l’économie et les questions sociales. Or, la victoire pourrait se jouer sur ces questions. Indiscutablement, en favorisant Biden au détriment d’Evan Bayh, Kathleen Sebelius, Tim Kaine, Bill Richardson ou même Hillary Clinton, Obama a choisi de laisser à son colistier le soin de s’exprimer sur les questions internationales, tandis qu’il prendra en main, comme il l’a fait depuis plusieurs mois, les questions intérieures. Reste à s’interroger sur la stratégie des Républicains pour réagir à ce choix. Existe-t-il un "plan anti-Biden" ? Joe Biden a soutenu, comme ses confrères au Sénat, l’administration Bush sur la mise en place du Patriot Act, et la guerre en Irak, avant d’en devenir l’un des plus vifs critiques, notamment sur la gestion de l’après-Saddam Hussein. Ces positions pourraient être récupérées par les Républicains, qui mettront en avant les éventuels points de désaccord entre les colistiers démocrates.

La campagne entre dans une nouvelle phase
C’est en tout cas une nouvelle phase qui commence dans la course à la Maison-Blanche, après un été qui a vu la campagne se durcir et se désagréger de manière inquiétante, mais aussi les écarts se resserrer de manière sensible entre les deux candidats, après un départ tonitruant d’Obama. Une période au cours de laquelle le candidat démocrate a semblé à la peine.

A deux mois de l’échéance électorale, les compteurs sont remis à zéro, et l’apport de Joe Biden, son éloquence et son expertise pourraient être un atout. Notons au passage un point intéressant. Les deux candidats démocrates sont sénateurs, de même que McCain, en attendant le profil de son colistier. Cette élection marque indiscutablement la montée en puissance du Congrès dans la vie politique américaine, sorte de "réponse" à ce qui fut qualifié de présidence impériale pendant l’administration Bush 1, à savoir la mise entre parenthèse des prérogatives du Congrès. Dès lors, et quel que soit le résultat, il faudra s’attendre à un futur président plus proche des parlementaires que son prédécesseur.

En partenariat avec contre-feux.com. com



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter




L'équipe Ilovepolitics






Les Dossiers d'Ilovepolitics



Les Archives d'anciennes campagnes
Sites et ressources sur les précédentes campagnes présidentielles américaines



La Présidence Obama

Les Sondages en temps réel
Les sites des instituts de sondage les plus importants aux Etats-Unis

Les Institutions et partis américains



Les Grands médias américains
Les plus grands journaux et networks américains