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« Attention, chiens dangereux » ? La réelle influence des Blue Dogs sur la politique de Barack Obama

Raphaël Lefèvre le 26 Août 2009 à 17:13

Par Raphaël Lefèvre, assistant de recherche à l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS). Fortement médiatisés au cours de l’été en raison des récentes pressions qu’ils ont exercées sur l’administration américaine lors du passage de réformes clefs, le groupe des « Blue Dogs » – des démocrates centristes prônant la rigueur budgétaire – semble avoir gagné une influence cruciale sur la majorité dont dispose le Président Obama au Congrès. A moins que l’importance que l’on prête à cette coalition ne soit surestimée…



Fortement médiatisés au cours de l’été en raison des récentes pressions qu’ils ont exercées sur l’administration américaine lors du passage de réformes clefs, le groupe des Blue Dogs – des démocrates centristes prônant la rigueur budgétaire – semble avoir gagné une influence cruciale sur la majorité dont dispose le Président Obama au Congrès. A moins que l’importance que l’on prête à cette coalition ne soit surestimée…

Fin juillet, Mike Ross, député démocrate d’une circonscription conservatrice de l’Arkansas et leader de la coalition dite des Blue Dogs à la Chambre des Représentants, se vantait d’avoir obtenu une réduction de plus de $ 100 milliards dans le budget destiné à la réforme de l’assurance santé américaine. Il expliquait alors que le groupe politique informel dont il fait parti et qui réunit des démocrates « fiscalement conservateurs » (1) – c’est-à-dire prônant la rigueur budgétaire – avait joué un rôle de premier plan dans les négociations concernant la réforme phare souhaitée par la Maison Blanche, et que son influence s’étendait également à des secteurs autres que la santé, tels l’énergie et le climat (2). De son côté, l’organe en charge de recueillir les financements privés versés à la Blue Dog Coalition enregistrait une hausse de 90 % dans le montant des donations faites au courant politique par rapport à 2005, le total atteignant les $1,1 million. Charlie Stenholm, le co-fondateur de la Blue Dog Coalition, alla même jusqu’à annoncer que 2009 serait la première véritable année au cours de laquelle les votes des Blue Dogs pourraient faire une réelle différence (3).

Etablie après les élections législatives de 1994, la coalition des Blue Dogs réunit à ce jour 52 élus démocrates de la Chambre des Représentants, issus de circonscriptions à tendance conservatrice (sur ces 52 circonscriptions, 32 avaient votées en majorité pour le candidat McCain lors des présidentielles de 2008). Fondé dans le but d’influencer la doctrine du parti démocrate vers une ligne plus centriste, notamment sur les questions économiques et fiscales, l’influence de ce groupe s’est renforcée au fil des années pour atteindre son apogée cet été avec le compromis obtenu sur la réforme de l’assurance maladie ainsi qu’avec l’introduction de législations visant à réduire le déficit de l’Etat américain. Ainsi, le 22 juillet dernier, les Blue Dogs ont introduit PAYGO, une loi qui obligera le Congrès à compenser toute nouvelle dépense soit par une augmentation d’impôts soit par une diminution proportionnelle des dépenses publiques (4).

Malgré leur importance croissante comme courant centriste influant la ligne du parti démocrate sur certaines questions, il se pourrait que la réelle influence des Blue Dogs sur la politique générale du Président Obama ait été surestimée.

Tout d’abord, malgré leur image de chiens de garde du dogme de la rigueur budgétaire, il apparaît que les membres de la Blue Dog Coalition votent de façon quasi-identique aux autres démocrates de la Chambre des Représentants. Une étude menée par Burdett Loomis de l’Université du Kansas révèle en effet que pour une ligne de vote officielle donnée par la direction du parti démocrate, celle-ci sera suivie à 92 % par un député démocrate quelconque et à 88 % par un élu démocrate membre de la Blue Dog Coalition. Un blue dog democrat peut donc avoir une tendance centriste, mais il reste avant tout un élu démocrate loyal à son parti.

De plus, malgré leur attachement – en public – à une politique de rigueur budgétaire et de responsabilité fiscale, les élus membres de la Blue Dog Coalition semblent bien moins réceptifs à leurs propres principes dès lors qu’il advient de voter sur des lois affectant leurs circonscriptions. Ainsi, ce paradoxe a mené les Blue Dogs à voter pour le financement d’avions de combat F-22 supplémentaires alors même que le Pentagone qualifiait ces dépenses « d’inutiles », et d’autres membres de ce courant ont voté en faveur de l’attribution de plus importantes subventions aux agriculteurs du Midwest. Les Blue Dogs paraissent ainsi bien sélectifs dans le choix des combats qu’ils mènent ; ceci entachant leur crédibilité et donc, dans une certaine mesure, leur influence.

Enfin, si les Blue Dogs ont exercé une certaine influence centriste lors du passage de législations à caractère économique et fiscal, leur champ d’action se limite à ces domaines. En effet, ils se refusent à voter en bloc au Congrès sur des questions de société ou de politique internationale ; ainsi autolimitant leur influence afin de ne pas s’éloigner de la ligne officielle du parti démocrate (5).

La forte médiatisation estivale de cette image d’une meute de chiens pleins de fougue attaquant à pleines dents les réformes du Président Obama ne serait donc pas le reflet de leur réelle capacité à faire bouger la ligne politique de l’administration américaine. Pour Burdett Loomis, « quand on leur en a donné l’occasion, les Blue Dogs n’ont pas toujours aboyé » (6) : ils ont voté sans grogner le plan de relance américain qui creusait pourtant le déficit fédéral de $800 milliards supplémentaires, ont soutenus les sauvetages couteux des banques et de l’industrie automobile. L’énergie qu’ils ont déployé récemment afin de parvenir à une réduction du coût de la réforme de l’assurance santé ne serait alors qu’un moyen de satisfaire un électorat issu de circonscriptions à tendance conservatrices et majoritairement opposés à cette réforme.

S’ils constituent un groupe influent et médiatique qui contribue dans une certaine mesure à recentrer certaines politiques économiques du parti démocrate au Congrès, les Blue Dogs ne sont pas les seuls à pouvoir prétendre influencer l’administration Obama. La coalition des 52 démocrates centristes est en effet concurrencée au sein du parti démocrate par les Progressistes, un groupe de 81 députés réputés de gauche idéologiquement (7). C’est donc plus le résultat du rapport de force entre ces deux courants politiques qui pourrait déterminer le degré d’influence exercé par le Congrès sur la politique générale souhaitée par le Président Obama.

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(1) La page d’accueil du site web des Blue Dogs affiche symboliquement le niveau du déficit du gouvernement fédéral américain, qui s’élevait à $11,226,807,380,955 le 23/08/2009.
(2) "A Blue Dog with time and clout on his side", Washington Post, 30/07/2009
(3) "Blue Dog days" in Lexington, The Economist, 30/07/2009
(4) http://www.house.gov/melancon/BlueDogs/Press%20Releases/2009%20-%20House%20Passage%20of%20Stat%20PAYGO.pdf
(5) "Blue Dogs or corporate shills ?", The Wall Street Journal, 5/08/2009
(6) Burdett Loomis, “Blue Dog” House democrats : lead dogs or mythical beasts ?(University of Kansas, spring 2009) Voir : http://www.ou.edu/carlalbertcenter/extensions/spring2009/Loomis.pdf
(7) "The Blue Dogs and the bloc party", Washington Post, 6/08/2009

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